[Le film de la semaine] Une vie, de Stéphane Brizé

15/11/16 à 15:09 - Mise à jour à 15:10

Source: Focus Vif

DRAME | Après avoir pris le pouls de la dépression contemporaine dans l'épatant La Loi du marché, Stéphane Brizé se frotte au film d'époque dans Une vie, adaptation du premier roman de Maupassant.

[Le film de la semaine] Une vie, de Stéphane Brizé
Soit, dans les bocages normands au XIXe siècle, le destin contrarié de Jeanne Le Perthuis des Vauds (Judith Chemla), aristocrate idéaliste qui, à peine sortie du couvent où elle a fait ses études, se marie avec le vicomte Julien de Lamare (Swann Arlaud). Pour découvrir bientôt que ce dernier la trompe avec leur domestique, Rosalie (Nina Meurisse), première d'une longue série de désillusions sur lesquelles viendra se fracasser son innocence.

Ce douloureux chemin de vie, le film de Stéphane Brizé l'emprunte une trentaine d'années durant, adoptant le point de vue exclusif de son héroïne, que le format carré de l'image semble confiner encore un peu plus dans le cadre étouffant de son existence tandis qu'elle s'accroche à sa soif d'absolu. Et Une vie de suivre un cours inexorable comme le passage des saisons, privilégiant les moments creux aux climax (souvent réduits à un plan, voire purement escamotés en de fulgurantes ellipses), oeuvre à l'abord incontestablement austère, mais à la densité et au souffle exceptionnels -on songe, par moments, au Wuthering Heights d'Andrea Arnold. Il y a là au final, sondant le paysage humain, le fascinant portrait d'une femme dont rien ne saurait entamer la droiture morale (et évoquant en cela le Vincent Lindon de... La Loi du marché), portrait transcendé encore par la composition frémissante de Judith Chemla (vue notamment dans Camille redouble et la série Engrenages), jusqu'à dispenser une émotion subtile et profonde. Beau film.

DE STÉPHANE BRIZÉ. AVEC JUDITH CHEMLA, JEAN-PIERRE DARROUSSIN, YOLANDE MOREAU. 1H59. SORTIE: 23/11. ****

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