Critique scènes: Un hippocampe dans les abysses de la mémoire

L'Errance de l'hippocampe © Véronique Vercheval
Nicolas Naizy Journaliste

Après des spectacles documentaires mémorables (Gunfactory, L’Herbe de l’oubli), le metteur en scène Jean-Michel d’Hoop revient à la fiction avec L’Errance de l’hippocampe. Un trip aussi étrange que ne l’est son titre, une histoire qui se raconte à rebours.

Bienvenue à l’hôtel. Une réception mouvante, une chambre aux murs indéfinis, des couloirs interminables. On y retrouve Vincent, jeune homme, semblant connaître l’endroit. Il y retrouve de deux jeunes femmes, amies errant dans les couloirs de l’établissement. Et un drôle de magicien vient compléter le quatuor. Ils ne sont pas étrangers, ils ont fêté l’amour et l’amitié. Et puis…

L’Errance de l’hippocampe joue d’entrée la carte de l’étrangeté. L’intrigue s’y dénoue au fil de tableaux oniriques, par touches tantôt impressionnistes, tantôt plus explicites… Comme une mémoire qui se reconstruit après un lourd traumatisme. Cela tombe bien parce que l’hippocampe dont il est question ici n’est pas le petit poisson surnommé le cheval des mers, mais la région du cerveau où siègent nos souvenirs.

L'Errance de l'hippocampe
L’Errance de l’hippocampe© Véronique Vercheval

Ambiance flottante

S’écartant des spectacles documentaires de ces deux précédents spectacles (Gunfactory sur le commerce international des armes et L’Herbe de l’oubli sur les cicatrices laissées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl), Jean-Michel d’Hoop nous offre une fiction qu’il construit comme une énigme que le spectateur est invité à résoudre, défiant la rationalité. On y reconnaît la patte technique de la compagnie Point Zéro: sa maîtrise de la marionnette avec notamment ce charmant robot, compagnon des âmes en errance de cet hôtel quatre étoiles dans la catégorie rêverie; son travail de la vidéo, outil scénographique et dramaturgique parfaitement intégré. Dans des couloirs de cet hôtel émergent des créatures abyssales aux mouvements flottants, reprenant la métaphore océanique. Une ambiance jazzy et vintage enrobe cette Errance à l’inspiration lynchéenne (Blue Velvet, Mulholland Drive) jouant sur les doubles, quand les personnages semblent se confondre dans une temporalité élastique, malléable.

Le metteur en scène peut compter sur une excellente distribution -quatre jeunes de talents: Colline Libon, Taïla Onraedt, François Regout, Léopold Terlinden- pour ce ballet entre la vie et la mort, la réalité et l’impression du souvenir. Un travail sur le cerveau, une nage en eaux troubles, qui remue les méninges autant que les émotions.

L’Errance de l’hippocampe, de Jean-Michel d’Hoop (compagnie Point Zéro). Du 9 au 13 novembre au Centre culturel d’Ottignies, www.atjv.be; du 16 au 27 novembre au Théâtre National, Bruxelles, www.theatrenational.be; et le 3 décembre au Centre culturel d’Uccle, www.ccu.be.

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