Critique scènes: Dressing Room effeuille le témoignage d’un viol

Dressing Room, de François Emmanuel © Antoine Neufmars
Nicolas Naizy Journaliste

Seul en scène brûlant et déchirant, Dressing Room laisse sa narratrice raconter une partie de strip-poker qui tourne mal. Une Marie Bos époustouflante sur un texte fort de François Emmanuel.

Dans Dressing Room, Lol a beau changer de tenue à plusieurs reprises, le mal est fait et la douleur persiste. Elle fait état de ses mensurations. « Pas canon, canon, mais ça va. » La narratrice qui s’avance sur ses talons avec lenteur sur la scène du Petit Varia a bien l’intention de nous ouvrir sa garde-robe, habillée d’une bâche blanche comme pour préserver une scène de crime. Elle se souvient parfaitement de ce qu’elle portait le soir où ça s’est passé. Ce soir d’une partie de strip-poker qui a dégénéré, où son ex, Jérémy, n’a jamais moufté. Les cartes dans ses mains défilent aussi vite que tombent les vêtements de Lol, un à un, mauvaise main après mauvaise main. Les brelans ne suffisent pas. Les copains, ça les excite. La bonne copine, elle pionce dans le canapé et assure n’avoir rien vu. Quand ne reste que la petite culotte, il ne fait plus de doute que le pire est encore à venir. « C’est les règles, bébé!« 

Dressing Room, de François Emmanuel
Dressing Room, de François Emmanuel© Antoine Neufmars

Frêle sur ses jambes, forte dans ses mots

Lol, voilà déjà un prénom qui prête à sourire. Après tout, il a été créé pour ça, non? Le symbole d’une légèreté à l’ère numérique, ici étiquette collée à cette jeune femme qui aime les fringues et les délires avec sa copine. Légère! Et alors? Et puis, l’est-elle vraiment? François Emmanuel a pesé tous les détails de son texte charnel et intime, jouant avec le vocabulaire du jeu de cartes et du prêt-à-porter. Avec son personnage qui déconstruit les a priori, il évite un sulfureux voyeurisme pour appuyer davantage l’intensité du crime commis. L’auteur belge nous avait déjà proposé un magnifique solo au féminin avec Joyo ne chante plus, interprété avec force par Gwen Berrou.

Incarnation de Lol, Marie Bos montre toute la gamme de son talent, dans un rôle qu’elle ménage dans son ton à la confidence faussement mutine, au diapason de sa douleur innommable. Frêle parfois sur ses jambes, forte dans les mots, de sa voix si particulière. La partition s’avère parfaite dans les moments qui comptent, ceux d’une explosion toute en juste mesure. Sous la direction de Guillemette Laurent, elle défile -comme sur le catwalk de son secret dévoilé?- semblant à chaque instant vouloir reprendre possession d’un corps qu’on lui a volé. Dans le regard de personnes qu’elle croyait de confiance, elle est devenue objet d’un désir criminel. Au fil d’un final poétique, reprenant contact avec son reflet dans les miroirs qui entourent le plateau, Lol cherche à retrouver une flamme éteinte, un souffle étouffé. À se demander quelle robe, quelle perruque, quel trench pourraient dissimuler la blessure. Le peut-on d’ailleurs?

Dressing Room, de François Emmanuel, mis en scène par Guillemette Laurent. Jusqu’au 5 février au Petit Varia. www.varia.be

Dressing Room, de François Emmanuel
Dressing Room, de François Emmanuel© Antoine Neufmars

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