Critique

[critique ciné] West Side Story de Steven Spielberg: la magie n’opère jamais tout à fait

© Niko Tavernise
Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Steven Spielberg orchestre une timide remise au goût du jour d’un monument qui n’en avait pas forcément besoin.

Il en rêvait, il l’a fait. Avec West Side Story, Steven Spielberg concrétise un fantasme qui remonte à l’enfance: s’emparer de la triomphale comédie musicale créée à Broadway en 1957 pour en livrer une nouvelle adaptation cinématographique. Soixante ans exactement après le chef-d’oeuvre incontournable de Robert Wise et Jerome Robbins, il rejoue donc pour le grand écran l’antienne tragique d’un amour impossible sur fond de guerre des gangs entre les Jets et les Sharks dans le New York des années 50. Avec une fidélité telle que, très vite, le film condamne le spectateur à se prêter en permanence au jeu des sept erreurs: ajout attendu d’inflexions féministes et transidentitaires, place plus importante accordée à la langue espagnole et à la culture portoricaine, rôle du Doc féminisé et confié à Rita Moreno, ponctuelles considérations plus ouvertement « politiques », chorégraphies plus ou moins revisitées en fonction des séquences, casting latino authentique n’ayant plus recours à l’autobronzant…

Plus généralement, ce nouveau West Side Story apparaît surtout davantage mièvre et bien-pensant, et en cela, au fond, bien de son temps. Porté par la très belle photographie rétro de Janusz Kaminski, il opte aussi parfois pour une dramaturgie un poil exacerbée. Étrangement, pourtant, le film manque de rythme et de peps, peu aidé il faut dire en cela par la mollesse d’Ansel Elgort et son éternelle « baby face » dans la peau de Tony, l’amoureux transi. Les transitions entre les passages parlés et chantés sont quant à elles trop souvent dénuées de fluidité. Bref, la magie n’opère jamais tout à fait, l’ensemble semblant même parfois lesté d’une lourdeur étrangère au matériau d’origine.

[critique ciné] West Side Story de Steven Spielberg: la magie n'opère jamais tout à fait

Non essentiel

Au-delà du plaisir évident que prend Spielberg à concrétiser un vieux rêve de gosse, une question rapidement s’impose: était-ce, au fond, bien nécessaire? À cette nouvelle adaptation fétichisée d’un monument incontestable de la culture populaire on préférera en tout cas largement le récent In the Heights (D’où l’on vient pour la version française) de Jon M. Chu, autre adaptation cinématographique savamment chorégraphiée d’une comédie musicale ayant fait un tabac à Broadway. Situant son action à Washington Heights, quartier du nord de l’arrondissement de Manhattan majoritairement dominicain, ce divertissement coloré, hybride et engagé, s’est tourné juste à côté et en même temps que le film de Spielberg. Mais son récit choral d’une quête identitaire plurielle à l’heure de la gentrification résonne aujourd’hui avec beaucoup plus de vie, de dynamisme et d’inventivité que ce West Side Story à la déférence très amidonnée qui tente tant bien que mal de faire du neuf avec du vieux.

West Side Story. De Steven Spielberg. Avec Ansel Elgort, Rachel Zegler, Rita Moreno. 2 h 36. Sortie: 08/12. **(*)

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