Un monde en Wandavision

Wanda (Elizabeth Olsen) et Vision (Paul Bettany) dans leur intérieur vintage: l'impression que quelque chose ne tourne pas rond...
Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Mêlant l’univers Marvel aux premières sitcoms télévisées, WandaVision parachute un couple de super-héros, Wanda Maximoff et Vision, dans une banlieue américaine modèle des 50’s. Drôle et vertigineux…

Première série tirée de l’univers Marvel à débarquer sur Disney+, WandaVision s’appuie sur un concept gonflé: parachuter un couple de super-héros bien connus emprunté à la galaxie des Avengers dans une sitcom télévisée vintage évoquant, pour ses premiers épisodes, aussi bien I Love Lucy que Ma sorcière bien-aimée. Une greffe improbable? L’illusion est en tout cas parfaite lorsque Wanda Maximoff alias la Sorcière Rouge et Vision (Elizabeth Olsen et Paul Bettany, reprenant leurs rôles des films de la franchise, et idéalement complices) arrivent, tout juste mariés, à Westview, banlieue résidentielle typique de l’Amérique des fifties. À charge pour eux, sitôt installés dans leur nouvelle demeure semblant sortie d’un catalogue d’époque, de se fondre dans le paysage aseptisé en dissimulant leurs pouvoirs, Wanda remisant ses dons de télékinésie pour se transformer en épouse et femme au foyer modèle; son androïde de mari adoptant enveloppe humaine pour se métamorphoser en parfait employé, sensiblement plus rapide que la moyenne cependant. « Je veux qu’on s’intègre », répète la première, ce qu’ils font avec une application teintée d’étonnement à mesure qu’ils découvrent les us et coutumes de leur environnement d’adoption, entre la visite de bienvenue empressée d’Agnès (Kathryn Hahn), la voisine intrusive, et la réception du patron de Vision et de sa femme pour un dîner devant décider de son avenir, circonstances où les talents de magicienne de Wanda s’avéreront bien nécessaires… Ou quand, dans le second épisode, cette dernière se doit d’amadouer la redoutable Dottie (Emma Caulfield Ford), dame patronnesse régnant avec une autorité guère contestée sur le cercle des épouses du quartier…

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Tout est trop parfait, à vrai dire, dans ce monde en noir et blanc tapissé de rires préenregistrés et de musique d’ambiance, reconstitution bluffante d’un fantasme d’Amérique au kitsch assumé, où le second degré est omniprésent au point de tutoyer parfois la parodie. Ce que ne manque du reste pas de constater le couple, subodorant que quelque chose ne tourne pas rond. À moins que les différents éléments venus parasiter insensiblement cet idéal banlieusard vintage n’accréditent l’idée d’une réalité parallèle, pour mieux raccorder avec l’univers Marvel (dans lequel Vision était d’ailleurs mort au terme de Avengers: Infinity War, avec ce que cela induit comme spéculations quant à la place qu’occupe la série dans la chronologie). Questions adressées à Wanda par une voix émergeant d’un poste de radio, fausses publicités en forme d’autocitations Marvel (les grille-pains Stark du premier épisode, les produits Hydra du troisième…), intrusions d’abord subreptices de la couleur, apparition d’un énigmatique apiculteur avant que la séquence ne rembobine: les indices abondent, venus détourner WandaVision de son cours supposé de sitcom aussi drôle qu’inoffensive, pour ouvrir vers une autre dimension. Au point, d’ailleurs, que la comparaison avec The Truman Show est tentante, au même titre que celle avec une autre perle des 90’s, Pleasantville.

Épousant, au gré des trois épisodes montrés à la presse, les esthétiques successives adoptées par les sitcoms au fil du temps (avec utilisation des techniques et objectifs d’époque), la série semble aussi devoir se rapprocher progressivement d’un schéma plus conforme au registre habituel des films de super-héros, généralement plutôt tournés -euphémisme- vers l’action que vers la comédie. À vérifier sur pièce, bien sûr. Reste que les épisodes initiaux de WandaVision apportent au genre une fraîcheur, un humour et une légèreté bienvenus, tout en démontrant qu’un univers aussi balisé que celui d’une franchise du type Avengers peut faire l’objet de déclinaisons audacieuses. De quoi, incidemment, jouer sur deux niveaux et fédérer tant les marvelophiles, qui trouveront là du grain à moudre et plus encore (en attendant de retrouver Elizabeth Olsen en Wanda Maximoff dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness, annoncé en mars 2022), que les non-initiés, attirés par le postulat insolite de la minisérie. Revisitée en Wandavision, la banlieue américaine en apparence la plus banale ne manque en effet ni d’arguments, ni de surprises…

WandaVision, minisérie en 9 épisodes, créée par Jac Schaeffer et réalisée par Matt Shakman. Avec Elizabeth Olsen, Paul Bettany, Kathryn Hahn. Diffusion sur Disney+. ***(*)

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Généalogie: Wanda et Vision

Un monde en Wandavision

Créée par Stan Lee et Jack Kirby, Wanda Maximoff, également connue sous le patronyme de Sorcière Rouge, est apparue pour la première fois dans le comic book X-Men #4, en 1964. Si elle fait partie de l’univers Marvel depuis plus de 50 ans, la fille de Magnéto devra attendre 2014 pour apparaître au cinéma sous les traits d’Elizabeth Olsen, dans la scène post-générique de Captain America: The Winter Soldier. Depuis, ses dons de magicienne ont fait fureur dans Avengers: Age of Ultron, Captain America: Civil War, Avengers: Infinity War et Avengers: Endgame.

Une première version de Vision, créée par Joe Simon et Jack Kirby, et répondant au patronyme d’Aarkus, est pour sa part apparue dès 1940 dans le comic book Marvel Mystery Comics. Imaginé par Roy Thomas et John Buscema, l’androïde Vision lui a succédé dans les comics des Avengers en 1968. Au cinéma, Paul Bettany lui prête ses traits dans Avengers: Age of Ultron, Captain America: Civil War et Avengers: Infinity War. Wanda et Vision formaient un couple emblématique de la galaxie Marvel, jusqu’à la disparition de l’androïde dans Infinity War. WandaVision scelle donc leurs retrouvailles inattendues…

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