Dans sa nouvelle série animée pour adultes Long Story Short, le créateur de BoJack Horseman Raphael Bob-Waksberg raconte avec humour le quotidien pas très ordinaire d’une famille juive en Californie.
Long Story Short
Disponible sur Netflix
Une série d’animation de Raphael Bob-Waksberg. Avec les voix de Ben Feldman, Abbi Jacobson, Max Greenfield. 10 épisodes de 25 minutes.
La cote de Focus: 4/5
Dans le premier épisode décapant de Long Story Short, explosive entrée en matière, Avi Schwooper présente à sa famille sa nouvelle petite amie. Avi est rentré à la maison pour la bar-mitsva de son petit frère et la fête va se résumer à un épisode cinglé digne de South Park entre pétage de plombs, fumage de pétard et feu de joie…
Version hébraïque californienne du #1 Happy Family USA de Ramy Youssef qui racontait les tentatives d’intégration d’une famille musulmane américaine après le 11-Septembre, la nouvelle série animée de Raphael Bob-Waksberg (BoJack Horseman, Undone) retrace sur plusieurs décennies la vie de trois jeunes Juifs et de leurs parents dans la baie de San Francisco. Empreint d’humour et de tendresse, de tensions et de non-dits, rythmé par un tas de références à la pop culture et à la musique (ça se fout d’Arcade Fire, moque Pearl Jam et parle du passage de Dylan à l’électrique), Long Story Short raconte ce que signifie être juif dans l’Amérique moderne. Nuancé et savoureux.
Il y a un peu plus de dix ans, un cheval acteur, star has been de sitcom alcoolo, râleur, drogué et accro au sexe débarquait au petit trot sur Netflix et s’apprêtait à révolutionner le monde des séries d’animation. Présenté par le quotidien britannique The Guardian comme le fer de lance d’une nouvelle génération de créations animées «que Jean-Paul Sartre aurait pu aimer» (comme Archer ou Rick & Morty par exemple), BoJack Horseman démontrait que le format pouvait traiter de dépression, de détresse, de solitude, d’échec et d’addiction sans jamais sacrifier l’humour noir et l’absurde. Qu’il était un vecteur puissant pour raconter des histoires complexes et émotionnellement riches en y alliant drôlerie et créativité visuelle.
La série d’animation pour adultes s’est pendant plusieurs décennies résumée aux Simpsons et aux productions plus ou moins similaires telles que South Park, Beavis and Butthead, Daria, King of the Hill, Family Guy ou encore Futurama. Mais le canasson anthropomorphe et ses états d’âme ont déplacé le curseur et pavé la voie pour des dessins animés américains plus profonds.
BoJack Horseman a également prouvé qu’une série d’animation pouvait aborder la complexité psychologique de ses personnages avec autant de profondeur que les séries en prise de vues réelles.
BoJack Horseman a démontré à ceux qui en doutaient encore que l’on pouvait émouvoir et déranger, faire rire et réfléchir en dessin animé. Il a également prouvé qu’une série d’animation pouvait aborder la complexité psychologique de ses personnages avec autant de profondeur que les séries en prise de vues réelles. Il a aussi mené des programmes qui combinaient de véritables structures narratives dramatiques avec de l’action, de l’horreur ou encore de la science-fiction en leur permettant l’expérimentation.
BoJack Horseman est l’œuvre de Raphael Bob-Waksberg, un jeune inconnu victime de troubles de l’attention qui a trouvé une bouée de sauvetage dans la création. Un artiste qui s’est inspiré de son expérience personnelle et a également essayé de refléter la solitude qu’il avait ressentie lorsqu’il avait emménagé à Los Angeles. Au fil des saisons, des déprimes et déboires de son anti-héros, la balance entre le comique et le tragique s’est inversée. Puis, en 2019, le petit génie a frappé à nouveau un grand coup avec Undone, un ovni qui utilise la rotoscopie (des images tournées en prise de vues réelles avant d’être transcrites en animation) pour explorer la nature élastique de l’espace-temps.
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Alors que sonnent les cloches de la rentrée, Raphael Bob-Waksberg est de retour sur Netflix avec un nouveau dessin animé pour adultes. Si au printemps dernier, #1 Family USA de Ramy Youssef brossait le portrait d’une famille musulmane du New Jersey dans l’Amérique post 11-Septembre, Long Story Short raconte sur plusieurs décennies et avec énormément d’humour la vie, les joies, les triomphes et les échecs d’une famille juive californienne gentiment dysfonctionnelle.
Naomi, la matriarche, est une dure à cuire. Elle critique tout le monde tout le temps et parle comme sa bouche est faite. Sa fille Shira, lesbienne, a appelé son chien Isadora Duncan et n’a pas hésité (enfin un peu quand même) à demander du sperme à ses frangins: Avi ,qui est fan de rock indé et se cherche en tant que père, et Yoshi, le moins vif de la bande, qui a du mal à se trouver.
Le descriptif est un peu mensonger, il faut bien l’avouer. Car l’une des particularités de Long Story Short, c’est de raconter les Schwoopers (la contraction de Schwartz et de Cooper) sur une très longue période avec des allers et retours incessants dans le temps.
Segment stratégique
Long Story Short n’est pas un dessin animé autobiographique. Mais, né à San Mateo le 17 août 1984, Raphael Bob-Waksberg a grandi dans une famille juive de Palo Alto. Sa mère et sa grand-mère ont tenu pendant 26 ans une boutique judaïque de livres et de cadeaux. Tandis que son père a aidé des Juifs russes à quitter l’URSS et à émigrer aux Etats-Unis avant de devenir le boss d’une agence qui promeut l’éducation juive dans la baie de San Francisco.
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L’industrie du divertissement parle beaucoup d’identité pour le moment. Se pencher sur une culture qui possède des codes très spécifiques méconnus du grand public est propice à la curiosité et au rire. Mais c’est aussi un vecteur de compréhension et d’acceptation indispensable dans un monde en transition et tension.
Seinfeld, Transparent, The Plot against America ou encore Unorthodox… De nombreuses séries occidentales ont exploré la judaïcité. «Je viens de lire un article dans le New Yorker sur l’une des premières grosses sitcoms, The Goldbergs (1949-1957), et elle parle d’une famille juive, commentait récemment Raphael Bob-Waksberg dans le magasine Variety. Je pense qu’il y en a une autre du même nom d’ailleurs… Ça dit à quel point raconter des histoires à propos des Juifs fonctionne. Mais je pense qu’on explore des recoins que toutes les séries n’explorent pas. Même d’autres séries juives. Parce que tout le monde est différent (…) Je pense qu’il existe de multiples types de Juifs et je ne veux pas prétendre que la moindre de ces représentations est à côté de la plaque. Il y a juste des personnages juifs qui ne correspondent pas à mon expérience.»
En attendant, alors que les séries en dessin animé ont longtemps été considérées comme un sous-genre un peu honteux, l’animation pour adultes est devenue un segment stratégique pour se différencier dans la jungle du streaming et les réalisateurs d’Hollywood se bousculent aujourd’hui pour avoir leur cartoon. Netflix a commandé une saison deux de Long Story Short avant même la diffusion de la première. La démarche permettant d’éviter les longues pauses souvent fatales. Si ça ce n’est pas une bonne nouvelle…
Les autres séries qui font l’actu
The Twisted Tale of Amanda Cox
Disponible sur Disney+
Une série de K.J. Steinberg. Avec Grace Van Patten, Giuseppe De Domenico, Sharon Horgan. 8 épisodes de 50 minutes.
La cote de Focus: 3/5
C’est l’une des affaires judiciaires les plus commentées et controversées de ce siècle. En novembre 2007, Meredith Kercher, une étudiante britannique de 21 ans est retrouvée morte à moitié nue dans son appartement de Pérouse, en Italie. L’autopsie de la jeune femme révèle un viol et les traces de 47 coups de couteau. Plus encore que pour son tragique destin, le monde s’était enflammé sur le sort réservé à sa colocataire. Jolie et vivante petite Américaine de 20 ans, Amanda Knox a par deux fois été condamnée pour le meurtre et a passé quatre ans derrière les barreaux avant d’être définitivement acquittée en 2015 par la cour de cassation. Ce feuilleton judiciaire avait déjà inspiré un téléfilm avec Hayden Panettiere et plus librement les films Stillwater, avec Matt Damon, et The Face of an Angel, de Michael Winterbottom. Il avait même influencé Justine Triet, de son propre aveu, dans la fabrication d’Anatomie d’une chute.
Amanda Knox avait également accepté de partager «le pire moment de sa vie» dans deux livres et un documentaire Netflix. Produit par ses soins et une autre figure médiatique polarisante, l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche Monica Lewinsky jadis très proche de Bill Clinton, The Twisted Tale of Amanda Knox raconte à nouveau sa vérité. Mais cette fois sous le prisme de la fiction. Créé par K.J. Steinberg, scénariste de This Is Us et Gossip Girl, la série cherche moins à reconstituer les faits qu’à partager l’incompréhension, la détresse et l’isolement de l’ex-suspecte. Le tout en appuyant sur la manière avec laquelle l’enquête a selon elle été menée, sur le côté Lost in Translation de ses interrogatoires (Knox était loin de maîtriser l’italien) et la façon particulièrement sensationnaliste dont la presse a couvert l’affaire. Couleurs saturées, effets stylisés… Il y a un côté Amélie Poulain (son film préféré) dans cette série en huit épisodes qui oscille entre carnet de voyage, true crime, histoire d’amour sous le déluge et film de prétoire. Cette fiction assez intense et relativement bien interprétée tient en haleine mais n’apporte rien de bien nouveau. Elle continue de matraquer une même version du drame. Etait-il bien nécessaire d’encore remuer le couteau dans la plaie?
J.B.
Plaine orientale
Disponible sur Canal+
Une série de Pierre Leccia. Avec Raphaël Acloque, Lina El Arabi, Veerle Baetens. 8 épisodes de 50 minutes. A partir du 1/9 à 20h30 sur Be1.
La cote de Focus: 3,5
Alors que le maire d’une petite ville vient d’être abattu pour s’être opposé à un projet immobilier, Inès (Lina El Arabi) débarque en tant que juge d’instruction à Bastia pour intégrer le pôle anti-mafia. Avec son demi-frère Reda (Raphaël Acloque) tout juste sorti de prison qu’elle doit apprendre à apprivoiser et malgré des relations compliquée avec sa hiérarchie (Veerle Baetens en magistrate dure à cuire), la jeune femme aussi brillante que fraichement diplômée va tenter de faire tomber un parrain du nord de la Corse. Surtout connu en tant que scénariste, Pierre Leccia est de retour sur son île de Beauté onze ans après la série Mafiosa qu’il avait en partie écrite et réalisée. Avec Plaine orientale (un vaste espace encore un peu sauvage situé au sud de Bastia), il signe un polar assez classique aux charmes lancinants marqué par les silences, les doutes et les questionnements. Une tragédie familiale au cœur de rivalités mafieuses. Une bonne surprise qui fait mieux que de se laisser regarder.
J.B.