Critique | Télé

À la télé ce soir: Antonio Banderas et Pedro Almodóvar, du désir au double

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Titre - Antonio Banderas et Pedro Almodóvar: du désir au double

Genre - Documentaire

Réalisateur-trice - Nathalie Labarthe

Quand et où - Dimanche 08/05, 22h55, Arte

Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

À eux seuls, les huit films (Attache-moi, Femmes au bord de la crise de nerfs, La Piel que habito, Douleur et gloire…, NDLR) que j’ai tournés avec Pedro Almodóvar justifient une carrière. Je n’aurais rien fait d’autre que je serais comblé, dit Antonio Banderas. “Sa mère l’a enfanté, mais moi je l’ai vu naître devant la caméra. C’est une émotion extraordinaire, affirme pour sa part le flamboyant réalisateur espagnol. L’instinct naturel de jeu de l’un a imprimé la rétine de l’autre. Cinéaste du féminin, Almodóvar a trouvé en Banderas une muse, une inspiration. Celui qui allait le mieux incarner le masculin dans ses longs métrages. Le documentaire de Nathalie Labarthe retrace une relation artistique longue de 40 ans et tire le portrait croisé de ces deux artistes d’exception.

Almodóvar naît en 1949 dans la Mancha, grandit dans une famille pauvre et rurale. Puis part à Madrid où il devient opérateur en téléphonie tout en menant une carrière underground avec les excentriques de la ville. Écriture de BD, romans-photos et courts métrages… Antonio lui se rêve joueur de football dans une famille catholique pratiquante de la classe moyenne où le père est policier. En 1973, il assiste médusé à la comédie musicale Hair. Il s’inscrira par la suite dans une école d’art dramatique de Malaga et tournera avec une troupe de théâtre amateur.

Les voisines me disaient: “Il y a beaucoup de coucheries dans les films de ton fils””, raconte la mère d’Almodóvar. À la mort de Franco en 1975, Pedro, réalisateur et chanteur, est l’un des artistes phares de la Movida. Il est le chef de file d’un nouveau cinéma espagnol libéré de la censure. Dans les années 80, Banderas devient l’acteur sur lequel il projette toutes ses obsessions. “Pedro a créé mes personnages à son image. Je pense qu’il a mis dans mes rôles sa propre personne. Ce qu’il aurait aimé vivre, cette passion irrationnelle peut-être.” Tout ça dans un pays qui n’a dépénalisé l’homosexualité qu’en 1979.

Antonio tape dans l’œil de Madonna et incarne le fantasme devenu réalité de la plus grande star de la pop. Il refuse Talons aiguilles et tente sa chance aux États-Unis avec Mambo Kings avant de devenir l’amant de Tom Hanks dans Philadelphia. Macho latino, nouveau Rudolph Valentino… Si les deux hommes se brouillent quelque temps, ils se doivent beaucoup. “Antonio m’a confié tout son talent sans condition, reconnaît Almodóvar. Il m’a laissé le pousser dans tous les abîmes sans hésitation, sans préjugés et sans parachute.” Intéressant tour de la question depuis leur première collaboration sur Le Labyrinthe des passions.

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