Critique | Apple TV

[la série de la semaine] The Last Days of Ptolemy Grey, du sur mesure pour Samuel L. Jackson

Nicolas Bogaerts Journaliste

Adaptée de son propre roman, la série de Walter Mosley est un thriller poétiquement chargé. Il offre à Samuel L. Jackson un rôle sur mesure.

L’écrivain Walter Mosley s’est fait un nom dans le domaine du roman criminel et mystérieux avec Le Diable en robe bleue (1990), adapté à l’écran par Carl Franklin et lui-même en 1995 (avec Denzel Washington). Très occupé par son abondante oeuvre romanesque, Mosley a toutefois trouvé le temps de collaborer à l’élaboration de la série Snowfall. The Last Days of Ptolemy Grey, basé sur son roman éponyme publié en 2010, est son premier effort en tant que showrunner. Réflexion profonde sur le pouvoir et le sens de la mémoire, la série, portée par un Samuel L. Jackson cendré et inspiré, est aussi un labyrinthe narratif qui alterne grandes émotions, contemplations visuelles et sombres révélations.

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Ptolemy Grey (Samuel L. Jackson) a 91 printemps, mais il est à l’hiver de son existence. Il souffre d’une démence dégénérative, une sorte d’Alzheimer tentaculaire qui lui fait perdre la mémoire, le sens de l’orientation et des priorités. Son appartement est une décharge, son esprit est assiégé de questions et de visions qui tournent en boucle sans que jamais aucun sens n’y trouve sa place: une torche humaine courant dans un champ de maïs, une maison en proie aux flammes, un homme mystérieux… Souvenirs de son Mississippi natal ou effets de la démence? Heureusement, il peut compter sur son petit-neveu Reggie qui noue avec lui une relation très proche, touchante. Il nettoie son appart, le conduit à ses rendez-vous chez le médecin, maintient par quelques fils un tissu relationnel en lambeaux. Surtout, il lui offre de participer à un traitement expérimental mené par le docteur Rubin, incarné par un Walton Goggins (The Righteous Gemstones, The Hateful Eight) tout en retenue cintrée, laquée et le petit doigt sur la couture du pantalon (c’est suffisamment rare pour être mentionné). Rubin assure à Ptolemy de lui ramener sa mémoire, mais seulement temporairement. L’effet est aussi immédiat que spectaculaire: les souvenirs qui reviennent au vieil homme ont tout du destin extraordinaire et de la promesse non tenue. L’homme est métamorphosé, rajeuni, ravivé. Reggie, quant à lui, ne pourra assister au miracle puisqu’il meurt dans une fusillade avant le début du traitement.

L’histoire pivote alors complètement vers un récit élégiaque qui ne quitte jamais ses notes de tendresses fanées. Un thriller qui dresse des ponts entre générations, valeurs, serments et traumas passés. Questionnant les fonctions étonnantes de la mémoire, et donc l’importance du présent, porté par un casting fringant dans lequel Samuel L. Jackson joue les patriarches cabots, The Last Days of Ptolemy Grey passe d’une ambiance à l’autre sans toujour trop se soucier de la cohérence de son propos, mais touche par sa richesse visuelle et émotionnelle.

The Last Days of Ptolemy Grey

Thriller. Une série créée par Walter Mosley. Avec Samuel L. Jackson, Dominique Fishback, Walter Goggins. Disponible sur Apple TV+. ***(*)

[la série de la semaine] The Last Days of Ptolemy Grey, du sur mesure pour Samuel L. Jackson
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