Critique | Apple TV

[la série de la semaine] Pachinko, sur Apple TV+: l’Histoire en héritage

Nicolas Bogaerts Journaliste

Dans les sillons tragiques de l’Histoire coloniale asiatique, Pachinko, superproduction Apple TV+, est une fresque familiale poignante.

Publié en 2017, le roman Pachinko de Min Jin Lee est rapidement devenu un best-seller. Cette saga familiale et historique questionnait les représentations d’un âge d’or du sud-est asiatique, celui des années 1900-1950, et leur maintien dans l’ère capitaliste et post-moderne. Par le prisme du destin romanesque et tragique de Sunja, de ses parents et descendants, s’y lisaient les tragédies de son pays, la Corée: la colonisation européenne puis japonaise, la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée, l’avènement d’une société de consommation où se maintient la domination. L’adaptation signée Soo Hugh s’éloigne quelque peu des rivages sombres du roman initial et se dirige vers des horizons plus mélodramatiques, semblables aux grandes épopées télévisuelles, téléfilms à rallonge et au souffle épique de la fin du XXe siècle. Loin des archipels tapageurs qui ont situé la Corée du Sud sur la carte culturelle du monde (la K-Pop, Squid Game), Pachinko est une fresque transgénérationnelle dépourvue de naphtaline ou de cynisme, qui choisit l’élégance d’une mise en scène dynamique et singulièrement émouvante.

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Boulevard des générations

Dans ses allers-retours d’une géographie à l’autre et d’une époque à l’autre, Pachinko suit, entre les années 1910 et 1980, le destin de Sunja, fille de modestes pêcheurs de la côte coréenne occupée par les forces impériales japonaises, et de sa famille. Sur quatre générations s’observent les stigmates de l’oppression et du racisme, qui maintiennent la population coréenne dans une pauvreté endémique, en proie d’abord aux humiliations puis, pour ceux qui ont eu la chance de s’exiler au Japon, la ségrégation et la discrimination dans un ghetto d’Osaka. Jusqu’à ce que le petit-fils de Sunja, Solomon, sorte de cette condition pour devenir trader, entre Tokyo et New York, non sans en payer le prix. Visuellement, Pachinko est une somptueuse réussite, enchaîne dans de sublimes fondus les plans contemplatifs, minimalistes, symboliques ou majestueux. Par moments, on songe à Sergio Leone, Richard Attenborough, ou Jane Campion, pour la manière si farouche et pudique d’exposer l’énergie émancipatrice. Les voyages temporels s’articulent autour des pensées et des souvenirs de Sunja, auscultent le renoncement individuel et collectif face à l’idée d’une malédiction familiale, exhibe les ramifications entre récit individuel et grande Histoire et questionne la notion de choix. Malgré quelques séquences doucereuses, Pachinko est une prodigieuse réussite cinématographique qui repousse les cadres formels de la série, pour exposer la vie, la tragédie et la résilience en plus grand.

Pachinko

Drame. Une série créée par Soo Hugh. Avec Youn Yuh-jung, Lee Min-ho, Minha Kim. Disponible sur Apple TV+. ****

[la série de la semaine] Pachinko, sur Apple TV+: l'Histoire en héritage

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