Pourtant, du point de vue du récit, rien que du déjà-vu: Le Prix du danger (Yves Boisset, 1983), The Running Man (Paul Michael Glaser, 1987), Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000) et The Hunger Games (Gary Ross, 2012) ont bien avant Squid Game joué la carte survivaliste et la dénonciation des formes modernes d'aliénation. Et sur la forme, du gore, du cliffhanger, des référe...

Pourtant, du point de vue du récit, rien que du déjà-vu: Le Prix du danger (Yves Boisset, 1983), The Running Man (Paul Michael Glaser, 1987), Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000) et The Hunger Games (Gary Ross, 2012) ont bien avant Squid Game joué la carte survivaliste et la dénonciation des formes modernes d'aliénation. Et sur la forme, du gore, du cliffhanger, des références pop et des séquences prêtes à poster sur TikTok et Instagram, qui en font un objet bien de son temps, viral et paresseusement polémique. Inspiré d'un phénomène populaire en Corée dans les années 80, Squid Game ("Le jeu du poulpe") réunit des personnes endettées dans un Koh-Lanta mortel jalonné de jeux d'enfants dont les perdants sont exécutés. L'unique rescapé récoltant au final le pactole convoité. Au-delà de l'éternel retour des débats sur la triade enfants/écrans/violence, Squid Game se veut une attaque en règle contre le capitalisme rigoriste qui a propulsé la Corée du Sud au rang de puissance économique. À l'heure d'un rayonnement culturel sud-coréen sur le monde, à l'image de la déferlante K-pop, de la Palme d'or 2019 pour Parasite de Bong Joon-ho et d'une production sérielle de qualité (Mouse, Crash Landing on You, The Guest, Iris), Netflix a sans doute trouvé son équivalent du Gangnam Style (ce titre du chanteur Psy qui a pété les compteurs de YouTube notamment). Dommage que, dans la course addictive au sensationnel, au superlatif et au quantitatif, le débat sur l'endettement, l'exploitation, la marchandisation, la mort du collectif que tente Squid Game de toutes ses forces se trouve éclaté au sol dans une relative indifférence, comme les lambeaux de cervelle de ses malheureux participants.