Critique scènes: Trottola nous sonne les cloches

Campana ©
Nicolas Naizy Journaliste

Avec Campana, le Cirque Trottola pioche dans l’imagerie circassienne le meilleur de son humour et de sa poésie. Une ode à ceux qui n’ont pour seule richesse que leur imagination.

Le Cirque Trottola se mérite. Née en 2002, la compagnie française aime prendre le temps pour créer. Campana est son quatrième spectacle, soit un tous les cinq ans, et nous arrive pour une petite semaine de représentations encore sur la place de Grand-Marchin accueilli par Latitude 50, centre des arts circassiens de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Se refusant à toute étiquette (traditionnelle ou contemporaine), Trottola aime à partager un art du cirque un brin vintage, qui flaire bon l’art forain d’antan, tout en y insufflant une savante dose de dramaturgie, notamment dans la construction de ses personnages.

Bien connus des aficionados de ce cirque venu du sud de la France, les clowns Bonaventure et Titoune sont de retour. Récurrente mais sans cesse retravaillée pour chaque création, la paire, sorte de duo à la Laurel et Hardy, sort ici d’outre-tombe. Littéralement, car c’est du plancher qu’ils surgissent. « On nous a oubliés?« , crient-ils dans cette succession de tableaux, qui les fera souvent retomber dans les limbes, avant de retenter l’ascension. Tantôt s’entraidant, le grand Bonaventure portant la petite Titoune, tantôt s’agaçant, l’un repoussant l’autre dans la fosse par laquelle il est arrivé, le couple nous invite à tendre vers un ailleurs indéfini. Un paradis promis à ceux qui n’ont pour eux que leurs godasses (trop grandes) et leur bagout. Bonaventure est de ces vagabonds, parfois un peu rustres, souvent tendres. Il se fait poète quand il transforme une échelle en proue d’un voilier qui tourne à n’en plus finir, les yeux rivés vers un horizon incertain, et en alpaguant le public de questions aussi vagues qu’existentielles. « Est-ce qu’on en a encore pour longtemps? » Se faisant parfois singe, Titoune démontre toute son agilité pour saisir le trapèze et tente à plusieurs reprises de sonner la cloche ultime.

Campana
Campana© PHILIPPE LAURENC?ON

Complicité musicale

Sous son chapiteau lui promettant l’itinérance qu’elle affectionne tant, la compagnie aime à montrer la fabrique du cirque en direct: chaque fixation d’agrès, chaque geste pour assurer son compagnon de scène participent à la narration, au public d’apprécier l’attente de chaque petite apothéose. Les deux protagonistes peuvent aussi compter sur un duo de musiciens ingénieux. Plus que de simples accompagnateurs, Thomas Barrière et Bastien Pelenc, complètent un quatuor par leur virtuosité à passer d’un instrument à l’autre. Leur partition originale passe d’un clavier électronique à l’agitation de clochettes, d’une guitare à un carillon de clarines. Descendant de leur estrade d’orchestre, ils viennent aussi apporter leur soutien à la comédie et à la réception des acrobaties.

Campana est une ode aux rêveurs, riches de leurs seules imagination et volonté. Avec générosité et poésie, le Cirque Trottola raconte sa quête d’une accessible étoile. Le rire et l’émotion y traversent les générations, jusqu’à un final à faire pétiller les yeux et résonner les tympans. Une surprise qui donne au joli chapiteau du soir des airs de majestueuse cathédrale.

Campana, du Cirque Trottola, jusqu’au 19 mars à Latitude 50, Marchin. www.latitude50.be

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