Critique scène : One Song, chanson pour des fous

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

One Song, sublime hymne à la vie à la mort de Miet Warlop, à Avignon

Run for your life – Sauve qui peut

‘till you die – Avant que tu crèves

‘till I die – Avant que je crève

‘till we all die – Avant qu’on crève tous

(…)

One Song’s Paroles

Le spectacle de notre compatriote a dynamité les codes du festival d’Avignon. A la lisière du concert rock-punk, de la performance et de l’acte plastique, One Song électrise, ébranle, insupporte, et, finalement, emporte son public. Qui, conquis et galvanisé, « entre ecstasy et exaspération », ovationnera debout et longtemps les 6 représentations avignonnaises, dont la dernière avait lieu ce 14 juillet. Ce One Song est en réalité le quatrième volet de « Histoire du théâtre », série impulsée par Milo Rau. Le directeur du NT Gent a demandé aux artistes participants de redéfinir leur histoire du théâtre. Dans ce qu’elle peut avoir d’absurde, de violent ou d’insupportable. Son indication ? « On n’en est plus à représenter le monde. Il faut le changer. Le but n’est pas de peindre le réel, mais de rendre la représentation elle-même réelle. ». Ambiance de l’exercice avignonnais, photos à l’appui.

Joli pop

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Dès l’entrée dans la Cour du Lycée Saint Joseph, le ton est donné. Formée aux Arts Visuels à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Gand, Miet Warlop soigne son univers scénique. Sur le plateau, éclairé comme les gradins des spectateurs d’une lumière crue et blanche, la reproduction d’un gymnase où dominent les rouge, bleu, noir et gris. Côté cour, des sportifs s’échauffent. Au fond, un gradin de bois où s’avachissent cinq supporters et siège une commentatrice sportive (dynamique Karin Tanghe), survet’ de satin rouge et porte-voix grésillant pour phrasé incompréhensible. Un cheerleader longiligne (incroyable Milan Schudel), jupette blanche et chapeau haut, complète de sa danse démente cet ensemble pop esthétisant. Au tableau final inchangé ou presque -la folie est passée par là- sur fond d’hymne chanté, cœur sur la main.

Musique, tutti !

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Passé l’intro, les sportifs entrent en jeu. En fait, des musiciens, qui se saisissent de leurs instruments éparpillés dans l’espace, et rejoignent l’agrès de leur choix. Mention spéciale à la violoniste (explosive Elisabeth Klinck), virtuose de souplesse et d’équilibre sur sa poutre. Le chanteur punk Wietse Tanghe sur son tapis de course, le claviériste William Lenaerts, bondissant sur tremplin, Melvin Slabbinck batteur volant d’une caisse à l’autre de sa batterie éparpillée, et Simon Beeckaert en contrebassiste couché pour nombre séries d’abdos, ne sont pas en reste. Le chef absurde de ce concert déjanté ? Un métronome au rythme tantôt posé tantôt (et le plus souvent) très, très emporté.

Vagues (de) vies

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Les supporters, pendant toute la durée du match-spectacle, scanderont physiquement et vocalement la « partie », dans un ballet synchronisé et pulsé. L’ensemble chorégraphié donne le tempo des émotions, du plateau et du spectateur. Surtout lorsque, le spectacle finissant, public aux nerfs et aux tympans éprouvés par la performance hurlante et destroy, ils brandissent leur écharpe siglée « Shut up ».

Transe moderne

Le spectacle de Miet Warlop est une réinterprétation d’une performance musico-sportive à la mémoire de son frère décédé (SPORTBAND / Afgetrainde Klanken – 2005). Dans cette version 2022, il devient transe cathartique et joyeuse. L’énergie folle des interprètes performeurs traverse les corps des spectateurs, leur faisant d’abord taper du pied et des mains, façon concert. Les entraîne ensuite, abasourdis, dans une énergie du désespoir. Les sature ensuite, malgré les bouchons d’oreille distribués à l’entrée. Puis les échappe, les délivre. Enfin. L’ode est là, sublime, absurde, jusqu’au-boutiste histoire du théâtre très personnelle de Miet Warlop. A l’image d’une société en mouvance, en résonnance, en violences, en sur-énergies débordantes/dévorantes. On en redemande. Mais on laissera d’abord ces incroyables interprètes se reposer, avant d’entamer leur longue tournée.

Conception, mise en scène et scénographie : Miet Warlop

Musique : Maarten Van Cauwenberghe

Texte : Miet Warlop avec le conseil artistique de Jeroen Olyslaegers

Dramaturgie : Giacomo Bisordi

Assistante à la dramaturgie : Kaatje De Geest

Lumière : Dennis Diels

Son : Bart Van Hoydonck

Costumes : Carol Piron

Avec Simon Beeckaert, Kris Auman, Elisabeth Klinck, Willem Lenaerts, Milan Schudel, Melvin Slabbinck, Joppe Tanghe, Karin Tanghe, Wietse Tanghe

Avec la participation de Imran Alam, Stanislas Bruynseels, Judith Engelen, Flora Van Canneyt

Tournée

Du 20 au 21 septembre 2022 à Marseille – Actoral

Du 28 au 29 septembre 2022 à Douai – TANDEM Scène nationale Arras-Douai

Du 1 au 7 octobre 2022 à Gand – NTGent

Du 25 au 28 octobre 2022 à Berlin – Hebbel am Ufer Theater

Le 10 novembre 2022 à Rotterdam – Rotterdamse Schouwburg

Le 18 novembre 2022 à Deinze – CC Leietheater

Le 26 novembre 2022 à Strombeek – Cultuurcentrum Strombeek Grimbergen

Du 1 au 2 février 2023 à Valence – La Comédie de Valence

Du 6 au 7 mars 2023 à Amsterdam – Internationaal Theater Amsterdam

Le 22 mars 2023 à Turnhout – Cultuurhuis De Warande

Du 24 au 25 mars 2023 à Anvers – deSingel

Du 28 au 31 mars 2023 Dijon – Théâtre Dijon Bourgogne

Du 6 au 7 avril 2023 Barcelone – Teatre Lliure

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