Rock Werchter, jour 2: Metallica, la Covid et toi

Metallica © Wouter Van Vaerenbergh
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Les Parcels ont fait danser, Metallica a rassemblé et les Chats ont dézingué mais il faudra s’y faire, le virus va continuer de perturber l’été festivalier.

Ca va être l’un des héros de l’été. Enfin, façon de parler. Plutôt l’un des méchants du film qui viendrait pointer le bout de son nez dans le retour de la revanche de la vengeance… Un personnage enterré vivant dont on pensait tout doucement s’être débarrassé. Au point qu’on avait retrouvé le goût des mains sales et arrêté de sortir masqué. On avait déjà eu des indices et pas que du milieu hospitalier. Entre le Tour de Suisse cycliste qui a vu tomber une bonne partie de son peloton testé positif et Berrettini qui s’est retrouvé en dernière minute privé de Wimbledon (il aurait plus manqué qu’une Coupe du monde tiens), le coronavirus est de toutes les fêtes. II faut se rendre à l’évidence. Son ombre va planer sur tous les grands rendez-vous musicaux d’août et de juillet. Tout aussi carré soit-il, Rock Werchter n’y a pas échappé. Après l’annulation de Metallica mercredi au festival Out In The Green en Suisse en raison d’un cas de Covid dans l’entourage du groupe, les organisateurs du mastodonte louvaniste ont retenu leur souffle et eu quelques sueurs froides. C’est que sur quatre jours de festival et une centaine d’artistes à l’affiche, la bande à James Hetfield (n’en déplaise à Pearl Jam) est plus que probablement celle qui a vendu le plus de tickets en son seul nom. Il suffisait encore de voir le nombre de T-Shirt Metallica (faut dire qu’on en trouve au marché, à la FNAC et galerie Agora…) sur la plaine vendredi pour s’en convaincre. L’uniforme du festival en ce deuxième jour de réjouissances. Metallica était bien là donc. En forme. Fidèle à lui-même. Mode machine de guerre. Alors oui, c’est prévisible. Arrivée sur scène au son d’Ennio Morricone, des bottes du Bon, de la Brute et du Truand (on ne perd pas ses bonnes habitudes). Setlist best of avec quatre morceaux du Black Album et mise en scène pyrotechnique pétaradante. Flammes de l’enfer, sourires de joie. James Hetfield, Kirk Hammett, Lars Ulrich et Robert Trujillo (qui pourra l’année prochaine fêter ses 20 ans à bord, le groupe a lui soufflé les bougies de ses 40 printemps en octobre) parlent aux jeunes et aux vieux. Enter Sandman, Sad But True, Nothing Else Matters, Master of Puppets… Metallica partage avec les Chemical Brothers le record du nombre de passages à Werchter et ce n’était sans doute pas le dernier.

Metallica – Wouter Van Vaerenbergh

Viendra? Viendra pas? Vendredi, la question s’était mise à concerner une autre énoooorme tête d’affiche. Celle censée clôturer le festival dimanche: les Red Hot Chili Peppers. Les annulations pour Corona n’ont écarté que Sam Fender, Clairo et Greta Van Fleet mais l’incertitude semble plus que jamais de mise. Dans la foulée de Werchter, les Pixies ont par exemple dû tirer un trait sur le Main Square à Arras, remplacés par le foie gras et les rillettes de l’Inspecteur Cluzo. Les organisateurs ont prévu des back-up (plus encore que d’habitude) mais on ne gagne pas toujours au change…

Il s’agit surtout de prendre soin de soi. Comme devrait le faire Joe Talbot, le bavard chanteur d’Idles qui néglige une inquiétante infection au mollet. Déchaine, le dentiste le plus flippant de la scène rock  (le guitariste à moustache Mark Bowen) a sorti la robe de chambre de sa grand-mère (façon Nirvana). Idles allie la radicalité du son, la virulence du propos et une bienveillante coolitude. Dans le public, tandis que les jeunes font des circle pits, un petit vieux danse sur place comme dans le clip de Mr. Motivator. C’est l’heure de l’aérobic… Une bonne répétition avant le concert complet des Anglais à l’Ancienne Belgique fin août.

Idles – Wouter Van Vaerenbergh

En attendant, les trois grands vainqueurs de la journée sont à aller chercher sur les scènes annexes. Les rockeurs flamands énervés de Sons ont clairement marqué des points. Repérés en 2018 dans De Nieuwe Lichting, le concours annuel de talents de Studio Brussels («si c’était le groupe de mes fils, j’en serais fier,» disait alors un Black Box Revelation membre du jury), le groupe du pays de Waas a fait carton plein. KlubC rempli, public en poche. Les Parcels peuvent en dire autant. Fin de journée, les Australiens de Berlin ont sorti leurs boules… à facettes et mis l’ambiance des grands soirs (comme à la grande époque où Weezer et Franz Ferdinand retournaient le Marquee). Chic, Phoenix, Daft Punk (le logo du groupe a été conçu par Alex Cortès à qui l’on doit les casque du célèbre tandem)… Les Parcels ont le sens du groove et une efficacité redoutable. Nile Rodgers, sors de ce corps.

Dans celui d’Eamon Sandwith, c’est plutôt Johnny Rotten ou les Ramones que vous allez trouver. Au Slope, la deuxième scène extérieure, ses Chats ont balancé dans une ambiance de feu et pied au plancher les hymnes punks dont ils ont le secret. Le trio qui a tourné en première partie des Queens of The Stone Age et d’Iggy chante les pauses clopes (le viral Smoko), l’abus d’alcool (pas bien…) et les maladies sexuellement transmissibles. Chansons binaires de deux minutes et voix de canard. Les Amyl and The Sniffers au masculin…

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