Dry Cleaning, Ninho, This Is Loreleil, Navy Blue : qu’est-ce qu’on écoute cette semaine?

Dry Cleaning sort ce vendredi son excellent troisième album, Secret Love © D.R.
Laurent Hoebrechts Journaliste musique
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Dry Cleaning qui lance l’année indie avec son troisième (et meilleur) album; une nouvelle mixtape pour Ninho; la méditation rap de Navy Blue; ou encore la drôle de compile de This Is Lorelei : zoom sur les sorties les plus marquantes du moment

1. Dry Cleaning – Secret Love

A la sortie en septembre dernier de Hit My Head All Day, premier single extrait du nouveau Dry Cleaning et d’ailleurs son titre d’ouverture, la chanteuse du groupe britannique, Florence Shaw, se fendait d’un commentaire éloquent sur le monde moderne, ses glaçants jeux d’influence et le déboussolement généralisé. «La chanson, disait-elle, parle de manipulation du corps et de l’esprit. A l’origine, ses paroles ont été inspirées par l’utilisation de la désinformation sur les réseaux sociaux par l’extrême droite. Des gens puissants cherchent à influencer notre comportement dans leur propre intérêt. A nous faire acheter certaines choses. Voter d’une certaine façon. Je trouve compliqué de lire l’intention et de décider qui croire, même dans la vie de tous les jours. Il est facile de tomber sous l’influence d’un sinistre étranger qui a l’air d’être un ami.»

Cruise Ship Designer, deuxième titre de Secret Love dévoilé, parle d’un concepteur de paquebots et d’hôtels qui ne croit pas en la valeur de son travail. Là où Let Me Grow and You’ll See The Fruit, inspiré par le groupe Pentangle, 2001, l’Odyssée de l’espace, le poète Virgile et Joanna Sternberg, évoque l’hyperconcentration et la solitude dans le registre du journal intime. 

La confiance est au cœur de ce troisième album confectionné à Chicago dans le studio de Wilco (Jeff Tweedy joue de la guitare sur un morceau), puis à Dublin dans celui du Gilla Band, avant d’être repensé à Londres avec Cate Le Bon, qui en est la productrice, puis enregistré dans la vallée de la Loire. Le sprechgesang (parler chanter) de Shaw fait à nouveau des merveilles sur ces onze morceaux qui rappellent toujours Sonic Youth et John Cooper Clarke, mais élargissent le champ des possibles. Le disque plus que réussi d’un groupe qui s’installe durablement dans le paysage. ● J.B.

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Distribué par 4AD. Le 13 avril à l’AB Box, à Bruxelles.
La cote de Focus : 4/5

2. Ninho – M.I.L.S. 4

En 2024, Ninho sortait GOAT, en binôme avec Niska. Le pétard allumé par les deux cadors du rap hexagonal a eu beau faire pschitttt, il terminera malgré tout disque de platine en France. C’est dire l’impact (commercial, plus qu’artistique) que continuent d’avoir les deux rappeurs, en particulier Ninho, encore et toujours l’un des plus gros vendeurs français… Dans une scène rap qui marque le pas, William Nzobazola de son vrai nom, avait quand même une revanche à prendre.

Il le fait aujourd’hui en rajoutant un nouveau volet, le 4e, à sa série de mixtapes M.I.L.S. (pour Maintenant, ils le savent). Démarrée en 2016, la franchise a largement contribué à asseoir sa réputation. Aujourd’hui encore, six ans après M.I.L.S. 3.0, elle reste ainsi un bon moyen de relancer/maintenir l’attention – à Paris, la sortie s’accompagne même d’une « exposition » au Grand palais immersif. Au-delà de cette piqûre de rappel, on ne voit cependant pas trop ce que ce 4e épisode vient ajouter à la discographie de Ninho, sinon quelques certifications supplémentaires.

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Il fut un temps où le format mixtape offrait aux rappeurs un supplément de liberté, un espace ouvert aux tests et expérimentations, permettant de tâter le terrain pour de futures nouvelles directions. Avec M.I.L.S. 4, Ninho déroule le menu habituel. A Lettre à une femme succède donc ici Lettre à un fils, tandis que les obligatoires featurings – plutôt réussis – sont pris en charge par Tiakola et Freeze Corleone, chacun bien dans son rôle. Comme sur les épisodes précédents de M.I.L.S, l’intro est soignée (La pression), le ventre mou, les thèmes éculés. Sans que cela ne diminue jamais le talent de rappeur de Ninho (il faut l’entendre tabasser sur +971 ou King Von). Mais sans non plus enlever l’impression d’un disque se contentant du fan service.● L.H.

Distribué par Warner
La cote de Focus : 2,5/5

3. This Is Lorelei – Holo Boy

Il y a des gens, comme ça, capables de vous trousser des chansons irrésistibles à une cadence et avec une aisance déconcertantes. Un peu comme Erling Haaland claque des buts et Taylor Fritz plante des aces. Nate Amos, alias This Is Lorelei, est de cette trempe. Né en 1991, le bonhomme, originaire du Vermont, a la voix désarmante et l’évidence mélodique d’un Weezer, d’un Nada Surf et d’un Fountains of Wayne. Guitariste et producteur de Water from Your Eyes, il a terminé 2025 avec un disque pas tout à fait comme les autres. Ni vraiment un nouvel album ni tout à fait une compilation, Holo Boy voit l’Américain revisiter dix chansons de son catalogue. Dix titres extraits des centaines de morceaux qu’il a écrits entre 2014 et 2021 et publiés aussi spontanément que discrètement sur Bandcamp. Holo Boy se veut à la fois un dialogue avec lui-même et une invitation à fouiller dans son impressionnante et DIY discographie. L’œuvre d’un mec talentueux qui sait se faire fredonner sous la douche… ● J.B.

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Distribué par Double Double Whammy.
La cote de Focus : 4/5

4. Navy Blue – The Sword & The Soaring

Sorti fin de l’année dernière, The Sword & The Soaring a pour particularité de proposer à la fois l’une des pochettes les plus hideuses de 2025 et l’un de ses albums rap les plus touchants. Il est l’œuvre de Navy Blue – Sage Elsesser pour l’état civil (1997, Los Angeles). Ex-skateur pro, il est également rappeur, creusant son trou au sein de la scène indépendante américaine depuis maintenant une dizaine d’années. Brièvement adossé au label-phare Def Jam, il tient à nouveau seul les rênes de sa carrière. Est-ce cette liberté retrouvée qui l’a poussé à délivrer l’un de ses disques les plus personnels et dépouillés ?

The Sword & The Soaring est une sorte de méditation rap, souvent vulnérable, toujours lumineuse« Every time I write, it’s like a love letter », annonce d’entrée Navy Blue sur The Bloodletter. Plus loin, il ose même glisser au milieu du chaos : « This life too beautiful to hide what I’m feelin’ » (Sunlight of the Spirit). Sur 24 Gospel, il retrouve son pote Earl Sweatshirt, avec qui il partage un même flow traînant – l’abstraction en moins. En toute fin de morceau, la voix de Robin Williams, samplée du Cercle des poètes disparus, précise : « We don’t read and write poetry because it’s cute. We read and write poetry because we are members of the human race. And the human race is filled with passion.

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Cette humanité, Navy Blue la déploie sur une musique enveloppante, gorgée de pianos soul et de cordes bienveillantes, souvent débarrassée de tout beat. Un écrin idéal pour les confessions du rappeur, à la fois sincères et pudiques. Comme sur If Only…, produit en partie par le Bruxellois Shungu, troublante déclaration d’amour paternel, sur laquelle Navy Blue livre ses rimes les plus intimes :  « When you cried in front of me, I saw a man/I know that parenting didn’t go as you planned »…● L.H.    

Distribué par Freedom Sounds
La cote de Focus : 4/5

5. Max Jaffe – You Want That Too!

Si l’industrie musicale, qui ne dort jamais vraiment, s’extirpera rapidement de sa relative somnolence, l’accalmie des fêtes de fin d’année invite toujours à déterrer les disques passés sous les radars,  à fouiller les tops et à s’intéresser au bizarre. Sorti le 21 novembre, You Want That Too! est une jolie anomalie. Un  album de jazz immersif et innovant qui fait la part belle à l’exploration et convie aux déambulations nocturnes. Batteur, compositeur et improvisateur installé à Los Angeles, Max Jaffe (percussions, claviers) a embarqué les guitaristes Jeff Parker et Meg Duffy, Gavin Gamboa (piano, synthés), Shelley Burgon (harpe), Daniel Rotem (saxophone), Logan Kane (contrebasse) et Spencer Zahn (basse) pour donner vie à ce disque ambient et expérimental, riche et minimaliste. A ces dix titres qui érigent un pont (un de plus mais qu’il est excitant d’emprunter) entre le jazz et les musiques électroniques. Un trip à écouter au casque pour s’évader quand tout le monde est couché. ● J.B.

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Distribué par Colorfield Records.
La cote de Focus : 4/5

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