Critique | Livres

[le livre de la semaine] Chez Paradis, de Sébastien Gendron: canicule au Paradis

4 / 5

Sébastien Gendron, éditions Série Noire/Gallimard

Chez Paradis

368 pages

4 / 5
© National
Olivier Van Vaerenbergh
Olivier Van Vaerenbergh Journaliste livres & BD

Avec ce récit drôle et brutal d’une vengeance rurale, Sébastien Gendron fait “du cinoche avec des bouquins”, déconseillé aux âmes sensibles et aux pète-sec.

C’est l’histoire de Max Dodman, “trop petit pour intégrer la police et trop insoumis pour intéresser l’armée”, qui a ouvert, après être passé par le transport de fonds, le Garage Paradis, “la dernière station-service avant Pluton” -“en plein jour on comprend mieux: tout autour, c’est nulle part”. Et Max Dodman en veut à la terre entière. “Et même, la terre, c’est pas grand-chose”. Et c’est aussi l’histoire de Thomas Bonyard, plus lâche et fuyant que ne le laisse penser sa fière allure à moto, mais désormais prêt, pense-t-il, à assouvir une haine cuite et recuite et faire vengeance. Car Thomas Bonyard ne l’a pas bonne: “Le 17 juin 1988, une balle de 7,65 a perforé sa pommette gauche, éventrant le globe oculaire, bousillant la conduction osseuse de l’oreille droite, avant de rebondir sur l’arcade sourcilière et de ressortir par le sommet de l’arête nasale.” Un sale coup qui va se régler ici, au cul du monde du Vercors et des Causses, entouré d’une galerie de bras cassés et de déglingos plus bêtes et méchants les uns que les autres, à la frontière de la folie des hommes, mais au beau milieu de la dinguerie de Sébastien Gendron.

“Beaucoup de ma dinguerie”

Sébastien Gendron a définitivement choisi de “faire du cinoche avec des bouquins”, comme il nous l’a expliqué au récent festival Quais du Polar à Lyon, et comme toute la structure de son dernier polar le revendique, avec son écriture visuelle et omnisciente, mais aussi son intro, son générique, son post-générique à la Marvel, jusqu’au jeu des caméos, remplis de copains, de Pierre Pelot à Antonin Varenne. “Mon écriture colle de plus en plus au cinéma”, confirme l’auteur de Révolution et de Fin de siècle, revenu avec Chez Paradis à “quelque chose de plus sec et de moins branque” qui rappelle furieusement les polars poisseux et ruraux de la même Série Noire il y a… 40 ans, tel le Canicule de Jean Vautrin, adapté par Yves Boisset. Une ambiance à la fois rurale et crépusculaire dans laquelle évoluent des personnages aussi improbables qu’extrêmes. “Je mets beaucoup de ma dinguerie sur les personnages plus que sur les situations. J’adore les menteurs, les mythomanes, les gens qui se fabriquent un masque et les méchants qui attirent l’empathie.” Le tout emballé dans un humour féroce qui n’est jamais gratuit, et moins omniprésent qu’on pourrait le croire: “J’use de l’humour parce que c’est souvent la seule voie de survie possible, et uniquement quand il sert le récit.

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