L'une s'est employée à construire, en 35 ans de carrière, une filmographie cosmopolite, l'ayant conduite d'Anthony Minghella à Philippe Claudel, de Robert Altman à Nicolas Winding Refn, et l'on en passe. L'autre a multiplié, depuis bientôt deux décennies, les rôles dans de nombreuses séries britanniques, de Psychobitches à This Way Up, parcours ponctué de diverses incursions au grand écran. Kristin Scott Thomas et Sharon Horgan sont aujourd'hui réunies devant la caméra de Peter Cattaneo pour The Singing Club, où elles incarnent les deux meneuses d'une chorale créée, histoire de tromper l'angoisse, par des compagnes de militaires envoyés en mission à l'autre bout du monde. Si le scénario joue à plein de leur opposition de style, raideur versus décontraction comme en quelque extension du choc des classes, on retrouve les deux comédiennes résolument complices au lendemain de la première londonienne du film, en... février dernier.
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L'une s'est employée à construire, en 35 ans de carrière, une filmographie cosmopolite, l'ayant conduite d'Anthony Minghella à Philippe Claudel, de Robert Altman à Nicolas Winding Refn, et l'on en passe. L'autre a multiplié, depuis bientôt deux décennies, les rôles dans de nombreuses séries britanniques, de Psychobitches à This Way Up, parcours ponctué de diverses incursions au grand écran. Kristin Scott Thomas et Sharon Horgan sont aujourd'hui réunies devant la caméra de Peter Cattaneo pour The Singing Club, où elles incarnent les deux meneuses d'une chorale créée, histoire de tromper l'angoisse, par des compagnes de militaires envoyés en mission à l'autre bout du monde. Si le scénario joue à plein de leur opposition de style, raideur versus décontraction comme en quelque extension du choc des classes, on retrouve les deux comédiennes résolument complices au lendemain de la première londonienne du film, en... février dernier. Si la chorale de The Singing Club est fictive, les "Military Wives Choirs" sont cependant une institution en Grande-Bretagne, où ils se comptent par dizaines, réunissant quelque 2.300 membres -femmes ou compagnes de soldats appelés à s'absenter pour de longues périodes. Une manière notamment de créer du lien social et de rompre avec l'isolement, afin d'atténuer l'anxiété de l'attente. Le phénomène avait, du reste, fait l'objet d'un documentaire télévisé au début des années 2010, The Choir: Military Wives, à l'origine du désir de Peter Cattaneo d'imaginer une fiction autour du sujet. "Voir ce film a été d'une aide inestimable, avoue Sharon Horgan. J'ai ainsi pu avoir une idée de qui sont ces femmes qu'on laisse derrière soi, leur mode de vie, leurs rapports, mais aussi la façon dont les chorales les aident à traverser les épreuves en formant une communauté au sein de la communauté. En tournant le film, nous avons été amenées à rencontrer certaines d'entre elles, et le simple fait de filmer sur une base militaire nous a permis de mieux ressentir à quoi leur existence ressemble. C'est une configuration que je n'avais pas encore rencontrée, assez austère, même si la vie s'y déroule normalement, avec toutefois un grand sentiment d'isolement." "Vivre dans des quartiers militaires, c'est comme vivre dans un lieu alternatif, renchérit Kristin Scott Thomas. On déménage tous les deux ans, s'enraciner ou créer des liens solides est donc très difficile, pour les enfants en particulier. Beaucoup d'entre eux embrassent des carrières artistiques, ils sont à l'aise avec une existence nomade, Charlotte Rampling ou Jane Birkin en sont deux exemples parmi d'autres..." La star du Patient anglais parle en connaissance de cause, elle dont le père était pilote dans la British Royal Navy, disparu dans un accident de vol en 1964, imité par son beau-père six ans plus tard: "Tout mon parcours s'est construit là-dessus, observe-t-elle. Et ça m'a certainement donné envie de raconter l'histoire de celles et ceux qui restent en retrait, à attendre. L'un des aspects nous ayant attirées dans ce projet, Sharon et moi, était de pouvoir relayer l'histoire de gens que l'on n'avait guère entendus auparavant. Si l'on remonte à la période évoquée, en 2011 et alentours, on voyait à la télévision des images de familles dévastées quand les corps de leurs proches étaient rapatriés d'Afghanistan -on pouvait voir une ville de garnison entière plongée dans le deuil-, et ces gens étaient jugés, soit pour trop pleurer, soit pour ne pas le faire suffisamment. Et là, on réalise qu'il s'agit de vraies personnes, vivantes, et pas simplement de figures à la télévision, et que leur histoire vaut la peine d'être écoutée." Avant de tourner le film, Sharon Horgan et Kristin Scott Thomas n'avaient qu'une expérience musicale limitée, même si elles avaient l'une et l'autre fréquenté des chorales scolaires. "À l'école, nous avons notamment interprété le Requiem de Fauré, et j'ai toujours aimé chanter dans un choeur, mais je n'étais tout simplement pas assez bonne", se souvient Scott Thomas. Parmi d'autres qualités, The Singing Club leur aura permis d'éprouver le pouvoir cathartique du chant. "Certaines sont meilleures que d'autres, mais il faut s'en remettre au collectif, ajoute Horgan. On ne peut s'améliorer qu'en travaillant vraiment ensemble. C'est très libérateur car il arrive que l'on pense s'être planté, alors que le résultat final se révèle heureux. Ce que l'on ressent alors est intense..." "Sentir la connexion avec les autres est vraiment agréable, renchérit sa partenaire. Arriver à ce qu'une chanson sonne bien, entendre les harmonies, les différents éléments, procure une émotion profonde." Au passage, la chorale tient aussi lieu de métaphore pour la force du groupe, The Singing Club ne se faisant faute de vanter les bienfaits de l'amitié comme ceux de la solidarité. Des vertus déclinées largement au féminin, les hommes en étant ici réduits à faire de la figuration, en quelque juste retour des choses. "Il n'y a pas d'homme entre elles, et c'est un soulagement", pose Kristin Scott Thomas. Faut-il pour autant y voir un film féministe? "Dans mon esprit, certainement, parce qu'il raconte l'histoire d'un groupe de femmes, et ce n'est pas si courant de nos jours, analyse Sharon Horgan. Il y en a plus que par le passé, mais si vous faites le décompte de l'ensemble des films tournés l'an dernier, vous n'en trouverez pas tant que ça pour graviter autour d'un sujet féminin. Toutefois, s'il elle a un côté féministe, c'est avant tout une histoire universelle. Son message tourne autour de la communauté, de l'amitié, du fait de se rassembler et de partager quelque chose." "On l'évoque depuis longtemps, mais voilà que le rôle de la femme dans la société se trouve aujourd'hui soudainement à la une. Et c'est précisément ce dont parle The Singing Club, relève encore Kristin Scott Thomas. Il y est question de gens qui évoluent sur le côté, dans la sphère domestique, et c'est quelque chose qui ne peut être ignoré, mais doit être reconnu et valorisé, pour ce qu'il est: digne d'intérêt, utile et même vital. Il s'agit à mes yeux d'une oeuvre féministe, mais sans que l'on agite des drapeaux, ni sous forme de protestation. On y parle des êtres aimés, qu'il s'agisse des enfants, des femmes et des maris, et des absents. Le sujet du film, c'est l'absence, la capacité de composer avec la peur et l'anxiété et de constituer une incroyable colonne vertébrale pour ce qui se passe ailleurs. Ce film parle de la force des femmes."