Bardée d'une aura proportionnelle à l'attachement que Tom Hiddleston a réussi à inspirer pour le personnage qu'il a incarné dans six films du Marvel Cinematic Universe (MCU), Loki, la série, débarque sur Disney+. Rewind: à la fin d'Avengers: Endgame, à la faveur d'un voyage dans le passé d'Iron Man et ses potes pour récupérer les Gemmes de l'Infini, Loki, qui finira par être tué dans le présent par Thanos, s'échappe dans un portail temporel créé par le Tesseract. Ce faisant, cette nouvelle version de Loki ouvre un univers parallèle, et fout le bronx dans le continuum spatio-temporel.
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Bardée d'une aura proportionnelle à l'attachement que Tom Hiddleston a réussi à inspirer pour le personnage qu'il a incarné dans six films du Marvel Cinematic Universe (MCU), Loki, la série, débarque sur Disney+. Rewind: à la fin d'Avengers: Endgame, à la faveur d'un voyage dans le passé d'Iron Man et ses potes pour récupérer les Gemmes de l'Infini, Loki, qui finira par être tué dans le présent par Thanos, s'échappe dans un portail temporel créé par le Tesseract. Ce faisant, cette nouvelle version de Loki ouvre un univers parallèle, et fout le bronx dans le continuum spatio-temporel. Échoué dans le désert, Loki est rattrapé par une patrouille de la TVA (Time Variance Authority), une force de maintien de l'ordre temporel, qui le ramène au poste. La série démarre comme une nouvelle épreuve pour le frère de Thor, qui débarque dans l'univers bureaucratique kafkaïen de la TVA, où ses pouvoirs surnaturels sont nuls et non avenus. Le ton comique de la série imaginée par Michael Waldron et Kate Herron est donné, qui expose le désordre imposé au continuum espace-temps par le multiverse du MCU. Et c'est Loki qui paie l'addition. Car il est, aux yeux des autorités, un Variant, un délinquant spatio-temporel qui sera contraint de faire équipe avec l'agent de la TVA Mobius (Owen Wilson) pour retrouver un autre Variant, responsable de mystérieux meurtres accomplis un peu partout dans la ligne du temps (de la médiévale Aix-en- Provence aux États-Unis de 1989). Lors de la conférence de presse de présentation de la série, Kevin Feige, producteur et architecte en chef du MCU, s'est amusé: "D'après mes souvenirs, ce n'est qu'après le tournage de Avengers: Endgame qu'il nous est apparu urgent de résoudre la question de la disparition de Loki. Quand Disney+ est arrivée et avec elle l'idée de la série, il ne restait plus qu'à définir de quoi elle allait être faite." De l'alliance entre Michael Waldron, habitué des transbordements spatio-temporels de Rick & Morty, et Kate Herron, qui a aiguisé son sens de l'humour et de l'irrévérence sur quelques épisodes de Sex Education, viendra la réponse. Pour le grand manitou du MCU, "lorsque Kate nous a pitché leurs idées et bombardés de références, elle nous a convaincus de bifurquer vers un genre un peu différent." Michael Waldron poursuit: "Loki était mon personnage préféré du MCU. Le fait que l'histoire devait impliquer dès le départ la notion de voyage dans le temps m'a semblé une opportunité pour injecter une bonne dose de chaos et de rire." Tom Hiddleston, pour sa part, feint de s'étonner qu'on puisse rire des tribulations de Loki et du running gag de ses échecs cuisants: "C'est sans doute le fruit de la complexité de ce personnage. Dès qu'il est dans une bonne dynamique, quelque chose se passe... J'ai beaucoup aimé l'idée de la série d'isoler Loki de tout ce qui lui est familier, de le dépouiller de son statut, de ses certitudes, de son pouvoir." Loki ouvre un nouvel ensemble visuel avec la TVA, cette officine créée par l'auteur de Comics Sal Buscema pour les aventures de Thor et des Avengers. Elle rassemble l'imagerie technocratique des littératures catastrophistes du XXe siècle (Kafka, Orwell...) et, par la figure divine des Gardiens du Temps, créateurs de la chronologie, elle crée une atmosphère d'ultratechnologie culturelle qui fait des oeillades au dessinateur Moebius. Rien d'extravagant à voir un hommage à ce dernier dans le nom de Mobius, agent spécial auquel Owen Wilson accorde une décontraction très buddy cop movie, et qui embarque Loki dans une enquête à haut risque. Dans les rangs des forces de la TVA, Wunmi Mosaku (Lovecraft Country) incarne une badass pur jus, le Chasseur B-15, bien décidée à ne pas se faire avoir par les trucs et astuces du dieu d'Asgard. Gugu Mbatha-Raw (The Morning Show) joue, elle, la figure d'autorité, la juge Ravonna Rensleyer, personnage culte des comics Marvel, à laquelle l'actrice confère une puissance parfaitement rentrée. L'embrigadement du dieu des illusions fait songer à celui d'Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux, et ses funestes conséquences. Mais la série s'attarde avec insistance sur l'ambivalence de Loki. Le frère de Thor s'en prend toujours plein la tronche alors qu'il est persuadé d'avoir la main, un gimmick éprouvé depuis la première rencontre fracassante entre lui et Hulk. Ses failles profondes le rendent attachant quand elles le font trébucher de part et d'autre de la ligne séparant le Bien et le Mal. Ici, Loki a quitté un écosystème qu'il maîtrise et entre dans l'inconnu, comme un ado qui se retrouverait subitement projeté dans l'âge adulte. Si l'idée est d'observer comment il peut évoluer, les deux premiers épisodes gavés de références pop distribuent les indices contradictoires. Flatté de découvrir de la bouche de Mobius que leur proie n'est autre qu'une version alternative et surpuissante de lui-même, Loki devra se rendre à l'évidence que le Mal a un nouveau visage plus déroutant et intrinsèquement pervers que lui-même ne l'aura jamais été. Derrière sa structure de voyage dans le temps, Loki lance la promesse d'un divertissement savoureux et intelligent, où Tom Hiddleston explore avec un régal communicatif toutes les facettes d'un personnage dont il prend un malin plaisir à accommoder les dégringolades de sa classe shakespearienne. En filigrane, le récit est celui d'une exploitation des genres, au sens double: de la comédie au thriller noir, de la farce techno à la réflexion spirituelle sur l'illusion du contrôle absolu, Loki manque certainement de liant. Mais il offre, au-delà du portrait défragmenté de son protagoniste principal, des personnages féminins qui sortent de l'ombre, arrachant leurs destinées des mains de ceux qui les ont usurpées. C'est déjà un bon début.