Une semaine après son arrivée sur la plateforme, elle s'était glissée dans le top 10 des séries Netflix les plus regardées dans 90 territoires. Elle s'est retrouvée en tête des classements en Belgique, en Allemagne, au Brésil, en Pologne, au Viêtnam... Et même un jour (le samedi de sa sortie) aux États-Unis. Une première pour une production française. Doublée dans quinze langues, sous-titrée dans 30, la série Lupin a été le plus gros carton Netflix du premier trimestre 2021 en touchant 76 millions de foyers au cours des 28 premiers jours d'exploitation. Tous démarrages confondus, depuis que Netflix a mis en place ce mode de comptabilisation fin 2019, Lupin n'est devancé que par La Chronique des Bridgerton, qui a attiré 82 millions d'abonnés. Même si tous les comptes qui ont regardé au moins 2 minutes de la série sont pris en considération, l'engouement est assez hallucinant.
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Une semaine après son arrivée sur la plateforme, elle s'était glissée dans le top 10 des séries Netflix les plus regardées dans 90 territoires. Elle s'est retrouvée en tête des classements en Belgique, en Allemagne, au Brésil, en Pologne, au Viêtnam... Et même un jour (le samedi de sa sortie) aux États-Unis. Une première pour une production française. Doublée dans quinze langues, sous-titrée dans 30, la série Lupin a été le plus gros carton Netflix du premier trimestre 2021 en touchant 76 millions de foyers au cours des 28 premiers jours d'exploitation. Tous démarrages confondus, depuis que Netflix a mis en place ce mode de comptabilisation fin 2019, Lupin n'est devancé que par La Chronique des Bridgerton, qui a attiré 82 millions d'abonnés. Même si tous les comptes qui ont regardé au moins 2 minutes de la série sont pris en considération, l'engouement est assez hallucinant. Boostés, les livres de Maurice Leblanc ont même retrouvé la cote dans les librairies. Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur a réussi à se glisser parmi les meilleures ventes d'Amazon et de la Fnac. La maison d'édition Hachette a vu ses ventes multipliées par dix en une semaine. Tout ça alors que le recueil de nouvelles a été publié en 1907. Que le personnage a déjà fait l'objet d'un tas de films et de séries, été interprété par Robert Lamoureux, Georges Descrières (les paroles du générique étaient chantées par Jacques Dutronc), Romain Duris ou encore Jean-Claude Brialy... "À l'époque où le feuilleton passait à la télévision, je recevais des lettres d'hommes et de femmes me demandant d'intervenir pour que leur pension soit payée. Comme si j'étais réellement le justicier", déclara un jour Descrières. Un personnage mythique de la littérature et plus largement de la culture hexagonale associé à Omar Sy, l'acteur préféré des Français: la série était taillée pour faire un tabac outre-Quiévrain. La réussite internationale était moins prévisible. "Tu espères toujours que les gens vont regarder et apprécier, mais tu ne peux pas imaginer un succès aussi massif, avoue Omar Sy. Netflix, c'est un peu les Jeux olympiques des séries. On avait le drapeau français et on voulait faire quelque chose de très cool pour représenter le pays de la meilleure des façons." Comment expliquer ces chiffres, cette curiosité? "Beaucoup de scènes montrent un Paris contemporain, une vraie ville et pas une carte postale, remarque Ludivine Sagnier. La manière dont la ville est dépeinte est très réaliste et on en montre certaines parties qu'on n'a pas l'habitude de voir. Je pense que ça attire les téléspectateurs étrangers." Sy allait plus loin dans The Guardian. "On a fait cette série avec les mécanismes du cinéma. Nous avons un réalisateur hollywoodien (son ami et voisin à Los Angeles Louis Leterrier) qui apporte sa touche à la télévision française, nous permet de raconter cette histoire de cette manière. Ça joue un grand rôle."Lupin n'est pas une grande série. C'est un divertissement familial avec de grosses ficelles. Un programme grand public pas scandaleux qui a réussi à rendre cool un héros vieux de plus d'un siècle. "Quand j'ai été approché, l'idée, le désir était de faire quelque chose de contemporain, retrace le créateur de la série George Kay (Criminal, Killing Eve). Sherlock est une adaptation géniale. Mais ici, on n'est pas dans l'adaptation d'Arsène Lupin. On raconte l'histoire d'Assane Diop, un homme moderne. C'est différent en termes de ton, de structure, d'épisodes. On a essayé de jouer avec tout ça. Sherlock a été une inspiration parmi tant d'autres." Si la première partie racontait l'histoire d'un gentleman cambrioleur fan de Lupin soucieux de venger son paternel, la seconde, toujours rythmée et teintée d'humour plus ou moins drôle, raconte un père avec une mission. Lupin est la première série française à remporter un tel succès et elle y arrive avec un acteur noir dans la peau du personnage principal. Cela peut-il mener à un changement significatif dans la manière dont les minorités sont représentées dans les fictions françaises? "Tu espères que tout ce que tu fais peut avoir des effets sur le futur, reprend Sy. Je ne sais pas comment et pourquoi. Ce n'est pas quelque chose auquel je vais réfléchir ou que je vais essayer de comprendre. Mais quand tu fais un truc, tu espères qu'il y aura du changement. On travaille toujours dans cette direction." Sy se mouillait davantage dans les colonnes du New York Times, auquel il déclarait: "Il s'agit de donner un nouveau visage à ce que signifie le fait d'être français aujourd'hui." Sans avoir l'air d'y toucher, la série dénonce les inégalités sociales et raciales. Le magazine Essence, bimestriel destiné aux femmes afro-américaines, la dit même révolutionnaire par sa représentation des personnages noirs. "Le personnage de Diop utilise à son profit les préjugés contre les personnes de couleur en se déguisant en agent d'entretien, en coursier à vélo ou en prisonnier pour voler des objets de valeur et rembourser une dette", analysait-il. Lupin dit un peu l'histoire de ceux qu'on ne voit pas. "Il était important de retourner sur ces thèmes, reconnaît Kay. D'évoquer les gens qui travaillent dans l'ombre. De parler de la société. Mais ce n'est jamais l'élément principal. C'est juste au service de l'histoire. Personne ne veut regarder une série télé politique de 10 heures. Tu veux que ces messages flottent." "Je pense qu'on a fait les choses comme on le devait, termine Sy. On en a beaucoup parlé. George a utilisé tous ces éléments politiques pour jouer et s'amuser. Le message social, on l'utilise comme outil. On a toujours gardé en tête qu'on voulait avant tout divertir. C'est une question d'équilibre. Mais c'est dans l'ADN de la série maintenant."