Enrobée d'une aura esthétique au faîte d'une cinématographie qui convoque Paul Thomas Anderson, Gregg Araki ou même le David Lynch des années 90, la grappe hétéroclite d'adolescents milléniaux absorbés par les apparences semble toujours condamnée à grandir trop vite. Les excès de drogue, de sexe, d'émotions, les emprises et les obsessions de Rue et Jules (Zendaya et Hunter Schafer forment un duo qui absorbe toutes les lumières), de leurs amies et satellites, sont bel et bien ceux d'une adolescence transgénération...

Enrobée d'une aura esthétique au faîte d'une cinématographie qui convoque Paul Thomas Anderson, Gregg Araki ou même le David Lynch des années 90, la grappe hétéroclite d'adolescents milléniaux absorbés par les apparences semble toujours condamnée à grandir trop vite. Les excès de drogue, de sexe, d'émotions, les emprises et les obsessions de Rue et Jules (Zendaya et Hunter Schafer forment un duo qui absorbe toutes les lumières), de leurs amies et satellites, sont bel et bien ceux d'une adolescence transgénérationnelle. Les parents étant eux-mêmes absorbés, absents ou salement tordus par leurs propres noeuds identitaires. Pourtant Euphoria ne s'appesantit jamais vraiment sur le terreau tragique et dysfonctionnel de ses personnages, préservant sa matière narrative inépuisable. L'écriture de Sam Levinson l'énonce, et la laisse émerger à l'image par capillarité ou par effractions fulgurantes. Rue est en relapse, elle se rabiboche avec Jules sans rien lui dire de sa spirale autodestructrice et flippante, alors que le degré de ses addictions multiples n'a d'égal que la profondeur abyssale des mensonges qui les couvrent et les dangers dans lesquels elle est prête à plonger pour poursuivre son auto-anesthésie. Nate s'envoie en l'air avec Cassie, meilleure amie de son ex, et règle ses comptes avec son pervers pépère de paternel. Non sans s'en prendre littéralement plein la tronche au passage, une distinction méritée pour l'ensemble de son oeuvre dans la première saison. La mise en scène enchaîne les coups de maître, les atmosphères vaporeuses alternant avec le glauque dans une ambiance perlée de grains d'Ektachrome où l'ultraviolence, la mort ou toute autre forme de couperet (honte, abandon, solitude, humiliation) attendent au tournant et retiennent leurs coups pour plus tard. Qu'il s'agisse, dans la présente saison, du destin funeste de Fezco, le dealer, de sonder l'âme perverse de Nate ou l'homosexualité honteuse de son père, de sublimer la résilience de Jules ou encore l'autodépréciation, les rivalités, les secrets et les trahisons, la dépendance, les deuils impossibles, les angoisses de l'ensemble, les crescendo sont dosés avec une superbe maîtrise de la tension, qui transparaît dans tous les plans, érigeant les souffrances adolescentes en questions de vie ou de mort dignes des grands thrillers. Portée par des actrices et acteurs épatants, Euphoria aspire les angoisses adolescentes avec une maestria jamais atteinte auparavant.