Quelle est la place des femmes dans l'industrie musicale? Encore et toujours sous-représentée. C'est en tout cas ce qui ressort du premier rapport officiel du Scivias, le "projet de soutien aux musiciennes et professionnelles de la musique en Fédération Wallonie-Bruxelles". Fondée l'an dernier par 7 institutions publiques, la plateforme a déjà rassemblé près d'une trentaine de signataires - labels (Luik, Exag), événements (Francofaune, BSF, Beautés soniques...), salles (Eden, Atelier 210...), agences de com (This Side Up, Five Oh...).
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Quelle est la place des femmes dans l'industrie musicale? Encore et toujours sous-représentée. C'est en tout cas ce qui ressort du premier rapport officiel du Scivias, le "projet de soutien aux musiciennes et professionnelles de la musique en Fédération Wallonie-Bruxelles". Fondée l'an dernier par 7 institutions publiques, la plateforme a déjà rassemblé près d'une trentaine de signataires - labels (Luik, Exag), événements (Francofaune, BSF, Beautés soniques...), salles (Eden, Atelier 210...), agences de com (This Side Up, Five Oh...). L'ensemble de ces acteurs ont fait leurs comptes. Avec des chiffres attendus - 93% des fonctions techniques et de régie sont occupées par des hommes. Et d'autres qui, s'ils ne surprennent pas complètement, restent interpellants. Les femmes n'occupent ainsi que 28% des postes de direction dans le milieu. Un chiffre qui descend à 17% quand on regarde les fonctions de programmateurs. Par ailleurs, sous-représentées dans les médias, les artistes femmes ne représentent également que 28% des noms mis à l'affiche des salles et festivals. Si Elise Dutrieux, coordinatrice du Scivias, est la première à reconnaître que ces "chiffres sont à prendre avec des pincettes" - du simple fait qu'ils sont basés sur les données livrées par les seuls membres, et qu'ils recouvrent souvent des réalités fort différentes et complexes -, ils permettent malgré tout de tracer des pistes de réflexion. C'est ce que la jeune plateforme s'engage à faire, en lançant notamment des cycles de réflexion bisannuels. Jeudi, au Brass, à Forest, la présentation du rapport était d'ailleurs accompagnée notamment de workshops et d'un débat, sur le thème du sexisme dans le monde de la musique. Un sujet qui a pris de l'ampleur ces derniers mois, c'est le moins que l'on puisse écrire. Il balaie large, des questions de représentations à celles des agressions sexuelles qui, loin de ne concerner que le rap comme une certaine déformation médiatique voudrait le faire croire, touchent l'ensemble des styles musicaux. "Je ne vois pas pourquoi le sexisme s'attacherait plus à un genre musical qu'un autre", insiste ainsi Lola Levent, poète et journaliste, qui a lancé en France la plateforme D.I.V.A. et l'association Change de disque. Comment alors rectifier le tir? Comment imaginer par exemple des zones "safe" sans "ghettoiser"? Astrid Kaiserman, musicienne au sein des projets orientés métal: "Ma réflexion est un peu en train d'évoluer. Mais au départ, quand un festival me programme sur une scène spéciale métal féminin, et pas la veille, au milieu des autres groupes, j'avoue que cela m'agace toujours un peu." Comment aussi visibiliser et mettre en avant les artistes femmes sans tomber dans le tokénisme? Rojin Açilan, DJ et promotrice au sein du collectif Bledarte: "Parfois on nous appelle pour nous programmer en tant que DJ sans même savoir exactement ce que l'on joue. Juste pour avoir la caution, double dans notre cas, de femmes racisées." Le débat devra donc être mené en profondeur. Eve Beuvens, pianiste jazz, ex-présidente des Lundis d'Hortense: "Au début de ma carrière, je me présentais comme un "musicien", parce que j'avais l'impression que le terme "musicienne" connotait quelque chose de moins sérieux, comme si c'était juste un hobby". Le chantier est ouvert. Il est énorme.