Angèle. Blu Samu. Juicy. Esinam. Rive. Cocaine Piss. Alice on the Roof. Blanche. Sonnfjord. Zoe McPherson. Céline Gillain. Quand on tente de lister les filles (et groupes de filles) qu'on a pu voir sur le devant de la scène en FWB au cours de l'année dernière, les noms nous viennent à la pelle. Et pourtant. Si à l'heure de la quatrième vague féministe, elles sont de plus en plus nombreuses à se faire entendre, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Car la sous-représentation des femmes dans le secteur musical n'est pas qu'une impression tenace, difficile à mesurer vu le peu de chiffres disponibles sur la question. Elle est une réalité, que quelques exemples criants viennent nous rappeler de temps à autre, comme cette affiche photoshoppée du festival Coachella qui avait fait le tour de la Toile il y a quelques années: sans les artistes masculins, on n'y retrouvait quasiment plus rien, avec son quota faiblard de 13% d'artistes féminins. Heureusement, les acteurs sont de plus en plus nombreux à vouloir renverser la vapeur, à l'image du Primavera, qui peut se vanter d'avoir composé une affiche paritaire sous le slogan "The New Normal".

Scivias fait partie de ces initiatives qui comptent bien faire avancer les choses dans le bon sens. Derrière ce nom latin (signifiant "sache les voies" et emprunté à l'oeuvre de la bénédictine, autrice et compositrice du XIe siècle Hildegarde de Bingen), on retrouve une série d'institutions impliquées dans la musique en Fédération Wallonie-Bruxelles (Botanique, Court-Circuit, Wallonie-Bruxelles Musiques, Conseil de la Musique, Studio des Variétés, Service des musiques non-classiques et FACIR, pour commencer) qui se sont unis pour prendre une série d'engagements regroupés dans un manifeste qui s'ouvre ainsi: "En tant qu'institutions du secteur public en Fédération Wallonie-Bruxelles, nous affirmons l'existence de discriminations implicites et explicites des femmes ou se reconnaissant comme telles dans nos sociétés, avec des répercussions indiscutables dans le secteur musical."

Reconnaître officiellement ces disparités, c'est déjà un fameux premier pas. Mais la charte compte bien aller plus loin, avec bon nombre d'actions concrètes. "Le déséquilibre dans la représentation des hommes et des femmes est évident dans toutes les couches du secteur, peut-on encore lire. On trouve moins de femmes sur scène, dans les métiers techniques, d'accompagnement ou occupant des postes à haute responsabilité. Il existe cependant peu de statistiques permettant de confirmer ou de documenter ces observations. Avec ce projet, nous cherchons à agir concrètement pour rendre ce phénomène visible, et contribuer à le résoudre."

Les différents signataires de la charte s'engagent ainsi non seulement à affirmer l'existence de discriminations, mais aussi à visibiliser la problématique et à rapporter les actions entreprises en leur sein. Au final, devraient émerger des outils concrets à destination de tous ceux qui veulent faire bouger les lignes (et qui veulent éventuellement rejoindre le projet). Une démarche positive et pleine de bon sens, qui souligne surtout que ce qui devrait être normal demande des moyens et de la réflexion. Un premier rapport sera remis le 31 août prochain: aucun doute qu'il sera plein d'enseignements...

Les engagements sont à retrouver sur le site www.scivias.be.