L'étincelle est venue d'un communiqué de presse reçu début avril annonçant la sortie du premier album de Zoo Baby, groupe montréalais naviguant dans les eaux électriques de l'indie pop et du funk. Au milieu du flot d'informations biographiques et de la dose réglementaire de pommade, l'attaché de presse évoquait "un projet solo sorti tout droit des quatre murs de sa chambre, comme le veut la tradition "Bedroom pop"". Cette étiquette, on l'avait déjà entendue pour qualifier les artistes -souvent jeunes- qui, depuis le début des années 2010, bidouillent dans leur chambre des morceaux faits maison -avec l'aide précieuse de logiciels semi-pro comme Ableton ou GarageBand- et qui les lancent comme des bouteilles à la mer sur les plateformes de streaming. Sans label, sans groupe, avec les moyens promotionnels du bord -comprendre les réseaux sociaux- et souvent même sans instruments, sinon un clavier. Une logique DIY dans l'air confiné du temps qui se transforme parfois en conte de fée quand, comme l'Américaine mxmtoon ou le Londonien Rex Orange County, le public ou des artistes installés s'emballent pour ces héritiers 2.0 de Daniel Johnston ou Ariel Pink.

Plus qu'un genre musical homogène, l'expression désigne donc avant tout un procédé de fabrication, indissociable de la démocratisation des outils de création et de la virtualisation du marché de la musique. Même si forcément, quand on compose dans son coin, seul avec soi-même et ses démons, on est plus enclin à caresser ses peines et ses espoirs qu'à fracasser le mur du son.

C'est en méditant sur la pertinence de mettre dans le même sac des poires et des pommes qu'on s'est souvenu d'avoir croisé récemment d'autres sous-genres (voire sous-sous-genres) musicaux tout aussi improbables. De quoi faire germer l'idée que la musique ressemble à la vitrine d'un entomologiste, avec ses espaces délimités regroupant les spécimens d'une même forme ou d'une même couleur. Le "Lovers rock" nous avait ainsi essoré le coeur quelques semaines plus tôt. Une variante dancehall du reggae magnifiquement mise en scène et en corps ondulants dans le deuxième épisode de la minisérie du talentueux Steve McQueen, Small Axe, vibrant portrait de la communauté jamaïcaine de Londres.

On s'est frotté au même moment au "Yacht rock", plus kitsch, plus blanc aussi, mais tout aussi daté. L'entremetteur ce coup-ci n'était autre que l'algorithme de Spotify, qui nous a suggéré cette douce brise sonore seventies venue de Californie, sans doute parce qu'on s'était goinfré de mélodies langoureuses dans les derniers jours. On connaissait évidemment la "Surf music" popularisée par les Beach Boys, mais pas cette dissidence dont les représentants les plus emblématiques sont les Doobie Brothers. C'est dire si on est dans une niche.

Certains ne verront dans ces connexions entre micro-genres que des hallucinations de neurones épuisés. On préfère y voir un dialogue orchestré par une main invisible pointant du doigt le fait que la musique n'échappe pas à l'obsession terriblement humaine d'enfermer toute chose dans des cases, le patrimoine immatériel au même titre que les personnes. Pour le meilleur si cet étiquetage nous permet d'appréhender une réalité trop vaste et trop complexe pour tenir d'un seul tenant dans notre esprit. Comme un meuble trop grand qu'on démonte pour le faire rentrer chez soi. Pour le pire quand l'attachement à l'une de ces innombrables chapelles vire à l'identification morbide, avec le risque de devenir sourd à ce qui se passe ailleurs. Alors qu'il n'est pas interdit, sauf pour les fonctionnaires zélés du bon goût, de comater dans les bras de Ryley Walker à midi et de ressusciter sous la boule à facettes de Nile Rodgers à minuit.

L'étincelle est venue d'un communiqué de presse reçu début avril annonçant la sortie du premier album de Zoo Baby, groupe montréalais naviguant dans les eaux électriques de l'indie pop et du funk. Au milieu du flot d'informations biographiques et de la dose réglementaire de pommade, l'attaché de presse évoquait "un projet solo sorti tout droit des quatre murs de sa chambre, comme le veut la tradition "Bedroom pop"". Cette étiquette, on l'avait déjà entendue pour qualifier les artistes -souvent jeunes- qui, depuis le début des années 2010, bidouillent dans leur chambre des morceaux faits maison -avec l'aide précieuse de logiciels semi-pro comme Ableton ou GarageBand- et qui les lancent comme des bouteilles à la mer sur les plateformes de streaming. Sans label, sans groupe, avec les moyens promotionnels du bord -comprendre les réseaux sociaux- et souvent même sans instruments, sinon un clavier. Une logique DIY dans l'air confiné du temps qui se transforme parfois en conte de fée quand, comme l'Américaine mxmtoon ou le Londonien Rex Orange County, le public ou des artistes installés s'emballent pour ces héritiers 2.0 de Daniel Johnston ou Ariel Pink. Plus qu'un genre musical homogène, l'expression désigne donc avant tout un procédé de fabrication, indissociable de la démocratisation des outils de création et de la virtualisation du marché de la musique. Même si forcément, quand on compose dans son coin, seul avec soi-même et ses démons, on est plus enclin à caresser ses peines et ses espoirs qu'à fracasser le mur du son. C'est en méditant sur la pertinence de mettre dans le même sac des poires et des pommes qu'on s'est souvenu d'avoir croisé récemment d'autres sous-genres (voire sous-sous-genres) musicaux tout aussi improbables. De quoi faire germer l'idée que la musique ressemble à la vitrine d'un entomologiste, avec ses espaces délimités regroupant les spécimens d'une même forme ou d'une même couleur. Le "Lovers rock" nous avait ainsi essoré le coeur quelques semaines plus tôt. Une variante dancehall du reggae magnifiquement mise en scène et en corps ondulants dans le deuxième épisode de la minisérie du talentueux Steve McQueen, Small Axe, vibrant portrait de la communauté jamaïcaine de Londres. On s'est frotté au même moment au "Yacht rock", plus kitsch, plus blanc aussi, mais tout aussi daté. L'entremetteur ce coup-ci n'était autre que l'algorithme de Spotify, qui nous a suggéré cette douce brise sonore seventies venue de Californie, sans doute parce qu'on s'était goinfré de mélodies langoureuses dans les derniers jours. On connaissait évidemment la "Surf music" popularisée par les Beach Boys, mais pas cette dissidence dont les représentants les plus emblématiques sont les Doobie Brothers. C'est dire si on est dans une niche. Certains ne verront dans ces connexions entre micro-genres que des hallucinations de neurones épuisés. On préfère y voir un dialogue orchestré par une main invisible pointant du doigt le fait que la musique n'échappe pas à l'obsession terriblement humaine d'enfermer toute chose dans des cases, le patrimoine immatériel au même titre que les personnes. Pour le meilleur si cet étiquetage nous permet d'appréhender une réalité trop vaste et trop complexe pour tenir d'un seul tenant dans notre esprit. Comme un meuble trop grand qu'on démonte pour le faire rentrer chez soi. Pour le pire quand l'attachement à l'une de ces innombrables chapelles vire à l'identification morbide, avec le risque de devenir sourd à ce qui se passe ailleurs. Alors qu'il n'est pas interdit, sauf pour les fonctionnaires zélés du bon goût, de comater dans les bras de Ryley Walker à midi et de ressusciter sous la boule à facettes de Nile Rodgers à minuit.