Il y a des chansons comme ça inextricablement liées à des spots publicitaires. Pour José González, c'était Heartbeats. Sa reprise de The Knife calée dans une pub feel good mélancolique où des ballons multicolores descendaient les rues de San Francisco pour mieux nous vendre des écrans de télé. José González est né de parents argentins qui se sont installés en Suède dès 1976 en tant que réfugiés politiques. Le petit José a vu le jour deux ans plus tard et a grandi bercé par les musiques latines. À commencer par celle du chanteur cubain Silvio Rodríguez. En trois albums, González...

Il y a des chansons comme ça inextricablement liées à des spots publicitaires. Pour José González, c'était Heartbeats. Sa reprise de The Knife calée dans une pub feel good mélancolique où des ballons multicolores descendaient les rues de San Francisco pour mieux nous vendre des écrans de télé. José González est né de parents argentins qui se sont installés en Suède dès 1976 en tant que réfugiés politiques. Le petit José a vu le jour deux ans plus tard et a grandi bercé par les musiques latines. À commencer par celle du chanteur cubain Silvio Rodríguez. En trois albums, González n'avait jamais jusqu'ici chanté dans sa langue maternelle. Il en avait déjà la douceur dans cette voix chaude, rassurante et réconfortante taillée pour envoyer les gosses dans les bras de Morphée. Pour la première fois donc, le singer-songwriter se frotte à l'espagnol (quand il n'use pas de l'anglais et du suédois). Il avait déjà essayé. Cette fois, il a réussi, aidé qu'il était par la naissance de sa fille et une reconnexion à ses racines... Le titre d'ouverture de l'album se demande qui nous sommes, où nous allons et pourquoi. Puis aussi qui nous pouvons remercier pour notre existence. "Historiquement, la plupart des traditions ont inventé des réponses à ces questions", dit-il. D'où le nom de la chanson: El Invento. José González, c'est un peu le bandit qui devient flic, le démolisseur qui se transforme en orfèvre, le croque-mort qui se reconvertit en sage-femme. Issu de la scène punk hardcore de Göteborg et ancien étudiant en biochimie (ça ne s'invente pas), le bonhomme est devenu la douceur personnifiée. Folkeur de velours, hypnotiseur mélomane, charmeur de serpents, berceur d'enfants... José González joue tout en délicatesse dans la cour de Nick Drake, de Caetano Veloso, de Devendra Banhart ou encore des Kings of Convenience. Depuis Vestiges and Claws (2015), il est devenu quadra. Il a eu un enfant et sa femme attend le deuxième. Le genre de moment où on se demande qui on est et qui on a envie d'être. Sur Local Valley, il aborde des questions existentielles. Des sujets graves comme la mort, mais aussi des choses plus légères et enjouées. Sur ce joli disque boisé aux charmes acoustiques dépouillés, quelques nouvelles chansons font écho aux anciennes (Visions à Every Age, El Invento à Open Book). On retrouve le magnifique Line of Fire qu'il avait déjà enregistré avec son groupe Junip, ou encore une chanson écrite par l'autrice, compositrice, interprète et actrice suédoise d'origine libanaise Laleh Pourkarim (En Stund Pa Jorden). Un retour tout en grâce qui fait plus que rivaliser avec l'album fondu dans le même moule de Sufjan Stevens et Angelo De Augustine (sortie le 24 septembre). Champion de l'épure, José González n'a sorti que quatre albums solo en 18 ans de carrière. Une raison supplémentaire de se laisser bercer...