Que la pop soit devenue une denrée mondialisée ne fait aujourd'hui plus vraiment débat. Il suffit d'observer le paysage offert par les hit-parades -du carton mondial des Coréens de BTS (nouveau numéro un de l'Ultratop belge) au triomphe de la formule latino-reggaeton (le Portoricain Bad Bunny, dont le dernier album est le premier disque chanté entièrement en espagnol à atteindre le sommet du Billboard 200 américain). L'Afrique n'est pas en reste, avec la razzia effectuée ces dernières années par l'afropop et ses superstars comme Wizkid, Davido ou Burna Boy.
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Que la pop soit devenue une denrée mondialisée ne fait aujourd'hui plus vraiment débat. Il suffit d'observer le paysage offert par les hit-parades -du carton mondial des Coréens de BTS (nouveau numéro un de l'Ultratop belge) au triomphe de la formule latino-reggaeton (le Portoricain Bad Bunny, dont le dernier album est le premier disque chanté entièrement en espagnol à atteindre le sommet du Billboard 200 américain). L'Afrique n'est pas en reste, avec la razzia effectuée ces dernières années par l'afropop et ses superstars comme Wizkid, Davido ou Burna Boy. Si ces différents mouvements ont contribué à diversifier la sono mondiale, ils ont cependant aussi créé leurs propres nouveaux conformismes. Sur place, la "résistance" s'est d'ailleurs organisée. Au Nigeria par exemple, épicentre de la scène afropop, un mouvement baptisé "alté" (pour alternatif) a vu le jour. Avec pour objectif non pas de déboulonner les stars du pays, mais d'apporter d'autres couleurs à un genre qui peut parfois tourner en rond. La dissidence n'a pas fait que des admirateurs. Pour certains, l'alté est surtout une musique prétentieuse, une distraction pour gosses de riches. Interrogé l'an dernier dans The Guardian, le chanteur Odunsi répliquait en rappelant que la plupart des morceaux afropop décrivent précisément une réalité bling bling que le Nigérian moyen ne réussirait jamais à atteindre. "Le but de l'alté n'est pas d'isoler quoi que ce soit, c'est de s'autoriser à être plus expressifs. Les gens ne sont pas habitués à être libres, ils ne sont pas habitués à voir des personnes s'exprimer, donc ils ne savent pas comment réagir." On ne s'étonne donc pas de retrouver le même Odunsi (The Engine) au générique du premier album de Amaarae. Ama Serwah Genfi, de son vrai nom, n'est pas nigériane. Elle s'inscrit cependant dans cette nouvelle vague d'artistes africains "indés". Intitulé The Angel You Don't Know, son disque prend un malin plaisir à mélanger sons afropop, influences trap, r'n'b décalé, et même références indie rock. Une tambouille qui reflète bien son itinéraire personnel. Née en 1994 dans le Bronx, Amaarae n'a que quelques mois quand elle retourne au Ghana avec ses parents. À 8 ans, elle refait le trajet inverse, vivant trois ans à Atlanta -elle y découvre la trap-, puis quatre dans le New Jersey -dans un environnement majoritairement blanc, qui l'ouvre au rock alternatif. Elle emportera ce bagage musical quand elle repartira à Accra, à l'âge de 15 ans. Aujourd'hui, c'est toujours de là qu'elle officie. À l'image d'une jeunesse africaine hyperconnectée, avide de casser les codes et bousculer les traditions, Amaarae produit une musique à la fois accessible et étrange, portée notamment par une voix de souris lunaire. De l'intro façon punk-rock de D.A.N.G.E.R.O.U.S. au r'n'b chelou du single Fancy, de la vibe dancehall luxuriante de Leave Me Alone à la pop de traviole de Hellz Angel ou la romance queer de Céline, le parcours proposé par la jeune femme est intrigant. L'(afro)pop du futur, c'est maintenant.