Si pendant la pandémie, certaines salles de concerts ont purement et simplement fermé leurs portes, d'autres comme le Botanique et l'Ancienne Belgique ont nourri la bête, continué autrement à faire tourner la machine. "Quand on a senti venir la durée de cette période sombre, on s'est dit qu'on voulait pouvoir en être fiers plutôt que de s'enfermer dans nos murs en écoutant Joy Division et Sisters of Mercy, rigole le directeur artistique de l'AB Kurt Overbergh. Cette année, on a donc utilisé chaque journée, chaque soirée, pour créer et offrir une plateforme de travail aux artistes."
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Si pendant la pandémie, certaines salles de concerts ont purement et simplement fermé leurs portes, d'autres comme le Botanique et l'Ancienne Belgique ont nourri la bête, continué autrement à faire tourner la machine. "Quand on a senti venir la durée de cette période sombre, on s'est dit qu'on voulait pouvoir en être fiers plutôt que de s'enfermer dans nos murs en écoutant Joy Division et Sisters of Mercy, rigole le directeur artistique de l'AB Kurt Overbergh. Cette année, on a donc utilisé chaque journée, chaque soirée, pour créer et offrir une plateforme de travail aux artistes." Parmi les projets soutenus, figurent quatre productions au croisement de l'opéra, de la danse contemporaine, du théâtre et de la musique. La rencontre de la soprano Astrid Stockman avec Amenra, le danseur German Jauregui et le plasticien Rui Barros (Dance of the Seven Veils). L'expérience immersive VACUUM mêlant quadriphonie, danse et vidéo. Et faute de Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan, la rencontre entre danse et krautrock de sa compagnie Voetvolk (Into the Open). "Quand tu dis que tu fais de l'opéra à l'AB, on te demande si t'es devenu fou. Mais au milieu des années 80, Jan Fabre, Wim Vandekeybus ou encore Anne Teresa De Keersmaeker ont présenté des spectacles chez nous. On a les moyens de défendre ce genre de création." Le 9 septembre, c'est Spectacles de Benjamin Abel Meirhaeghe & The Unrequired Love qui ouvrira le cycle et symbolisera cette ouverture. "On avait découvert Benjamin avec The Sound of the Belgian Underground. Il nous a demandé si on était intéressés par une coproduction. On avait du temps et de l'espace. Benjamin a un talent hallucinant. C'est un créateur, un compositeur, un chanteur. Un contre-ténor à la voix incroyable qui rit de lui-même. Ce qui est assez rare dans ce milieu. Il a, je trouve, un esprit rock'n'roll. La Monnaie, c'est tellement sérieux que ça crée une espèce de distance. Benjamin joue à la fois au Vlaamse Opera et au Vooruit. Il va changer des choses. Décloisonner." Meirhaeghe est un metteur en scène et performer passionné par l'opéra et le ballet. Leur envergure, leur tradition et leurs possibilités. "Je dirige. Je chante. Mais jusqu'ici, je faisais toujours l'un ou l'autre. Cette fois, je voulais connecter ces deux parties de moi. Puis aussi combiner deux circuits, celui des clubs et celui des théâtres. J'ai appelé un tas d'endroits et on a trouvé une dizaine de partenaires dont l'Ancienne Belgique. J'ai présenté A Revue à l'Opéra Ballet de Flandre et, pour l'instant, je travaille avec le milieu de la mode. À la base, tous ces circuits me semblent très fermés et moi j'affectionne l'éclectisme. J'aime ne pas choisir, amener les choses où elles ne sont pas."Travail d'équipe. Benjamin Abel Meirhaeghe collabore pour Spectacles avec son partenaire le compositeur et performer Laurens Mariën, la dramaturge Louise van den Eede, le mixeur Jasper Segers et la danseuse japonaise Hanako Hayakawa. Mariën s'est chargé de sélectionner les musiciens. Il a embarqué dans l'aventure David Numwami (Le Colisée), déjà croisé aux côtés de Charlotte Gainsbourg, Sébastien Tellier et Nicolas Godin, mais aussi Lander Gyselinck (STUFF.) et Mattias De Craene (Nordmann et MDCIII). "Jusqu'ici, la musique était toujours électronique. C'est aussi une question d'argent. Mais un groupe apporte des émotions, un dialogue... Au niveau sonore, on a commencé à parler en termes d'ambiances, d'atmosphères. Celle d'un jazz club, d'un cygne qui meurt... Une approche très théâtrale de la musique." De manière générale, Meirhaeghe souhaite démontrer la richesse de tout ce qui peut être mis en rapport. "J'ai grandi avec James Brown, Aznavour, la musique classique et Prince. Et puis, j'ai 25 ans, je fais partie de cette jeune génération sans oeillères. Tu vois ça dans la mode aussi. Les mêmes personnes portent du vintage et du moderne. Quand tu expliques que tu bosses dans l'opéra, les gens ont un regard surpris. Certains me font confiance parce que j'ai déjà eu de gros projets. Puis ils entendent ma voix. Souvent ils apprécient son côté haut perché. Kurt de l'AB aime quand je hurle. Son côté plus sauvage." Spectacles est un opéra punk pop dada blues qui joue avec les genres, les ambiances et rêve d'un monde meilleur. "Tu entends des chansons tristes et pessimistes, puis ça bascule dans le vaudou, dans le primitif. Spectacles, c'est un rituel d'amour. C'est se libérer de la négativité. Sortir de son esprit. Ressentir avec son corps. Penser une nouvelle société où on peut tous être libres, en ce compris dans la musique. Ce qu'on fait est ce qu'on dit en somme." Spectacles est déjà un disque. Un disque aux atmosphères variées et au timbre caméléon qui renvoie autant à Antony Hegarty qu'à Prince, à la rave party qu'aux draps de satin... Mais est-ce que Benjamin Abel & The Unrequired Love est un groupe? "On a une scénographie. On utilise beaucoup de fumée. Il y a un un feu de camp. Je passe d'un rôle à l'autre. Je pense qu'on est un groupe mais avec un truc très très théâtral. Donner de simples concerts? Mon amour, ma passion, c'est le théâtre et je veux qu'il soit dans mon travail. Après, j'ai beaucoup de discussions sur le sujet. Ça bloque un peu avec les festivals par exemple. Ils ne veulent pas perdre de temps entre les concerts avec des décors et de la mise en place. Si le Pukkelpop nous veut, je devrai y réfléchir bien sûr. Mais je pense que quand tu vois ce qu'on propose, tu comprends."