Tout est dans le sourire. Il est à la fois sincère et un peu tordu, authentique et vicieux: c'est le sourire du Malin. Il n'a jamais quitté le visage de Vald. Le rappeur peut être fier de son coup. Sur la Last Arena, entre chien et loup, il a tout retourné.

On débute le set en frontstage. Après cinq minutes, il faut évacuer la travée: les mouvements de la foule compacte, dense, "refluent" leurs premiers "naufragés". "OK, c'est l'Amérique, OK, c'est la panique", rigole Vald, ce "félon", qui balance d'entrée l'Elevation, commis avec Vladimir Cauchemar. Le morceau résume bien l'état d'esprit du jour: tube énorme dans la galaxie parallèle de Vald, il mélange dance roumaine, refrain mongol, et délire louche. Le reste du programme sera à l'avenant.

Evidemment, derrière la gaudriole et les couillonneries potaches, ça grince des dents. Le trolling de Vald n'est jamais très loin de la misanthropie la plus pure, et pour le coup, la plus réjouissante - y compris dans ses paradoxes. Un exemple, au hasard? Si j'arrêtais, qui planque son nihilisme désespéré derrière l'égotrip de bazar, ou encore Désaccordé, hymne aussi irrésistible que tordu. Dans le public, on continue de tanguer - "Dour, vous êtes tous bourrés ou drogués, ma parole!" -, parfois dangereusement: pendant un bref moment de flottement, Vald marque une pause, inquiet, avant de roter bruyamment, et de repartir de plus belle: "Dour, est-ce qu'on va réussir à évacuer tout le monde avant la fin du concert?!" La question mérite d'être posée, tant les premiers rangs continuent de se mettre à l'envers...

Il n'est pas question ici de parler d'un grand concert, mon Dieu, non: plus proche du set de club que du live, Vald est juste accompagné du terrifiant Suikon Blaze AD et de Aociz (alias Triple steak) aux platines/machines, enchaînant les titres un peu comme un bourrin, jusqu'à commettre un medley de ses meilleurs duo/featurings (Vitrine avec Damso, J'suis loin avec Jul, Dragon, etc). Mais, aussi bancale que soit la démarche, ça marche. Sans doute parce que le festival de Dour (et surtout son public) est celui qui s'accorde le mieux à l'univers passablement déglingué de Vald. Au milieu de cette parenthèse, festive et décadente, Vald est à la fois sa mauvaise conscience et son grand "divertisseur". La veille, au même endroit, Orelsan ex-provocateur, avait rassemblé, pop et bon esprit. Vald, lui, l'a joué plus "punk", gentil mais affreux. "Dans 10 ans, ce sera nous, le rap conscient..."