Pandémie ou pas, certains n'arrêtent décidément jamais. Prenez Taylor Swift. Début de ce mois d'avril, la mégastar a sorti son troisième disque en moins d'un an. Après Folklore (en juillet) et Evermore (en décembre), son nouvel opus ne l'est cependant pas tant que ça. Fearless est en effet le remake de l'album du même nom, sorti en 2008. À l'époque, Taylor Swift n'avait encore que 19 ans, mais sa pop teintée de country imaginait déjà conquérir le monde. Aujourd'hui, l'Américaine repasse les plats, comme elle a prévu de le faire pour cinq autres de ses albums.
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Pandémie ou pas, certains n'arrêtent décidément jamais. Prenez Taylor Swift. Début de ce mois d'avril, la mégastar a sorti son troisième disque en moins d'un an. Après Folklore (en juillet) et Evermore (en décembre), son nouvel opus ne l'est cependant pas tant que ça. Fearless est en effet le remake de l'album du même nom, sorti en 2008. À l'époque, Taylor Swift n'avait encore que 19 ans, mais sa pop teintée de country imaginait déjà conquérir le monde. Aujourd'hui, l'Américaine repasse les plats, comme elle a prévu de le faire pour cinq autres de ses albums. Le but de la démarche? Certainement pas insuffler une nouvelle vie à des disques qui auraient mal vieilli: Fearless est, à la note près, identique à l'original. Mêmes structures, mêmes instrumentations, mêmes intonations. Certes, le son a pris une nouvelle ampleur, mais le reste n'a pas bougé. Le fan n'y verra que du feu. Ce qui était précisément l'objectif avoué. Avec sa nouvelle version de Fearless, Taylor Swift entend en effet reprendre la main sur ses premiers enregistrements. Et faire ainsi la nique à son ancien label. Explications. En 2017, la chanteuse américaine décide de quitter Big Machine, avec lequel elle avait signé alors qu'elle n'avait que quinze ans. En partant, elle tente déjà de récupérer les masters de ses albums. Ceux-ci sont la propriété de la maison de disques -un deal assez courant dans le business musical, où un artiste bénéficie du soutien d'une structure en échange de la cession des enregistrements originaux. Les négociations ne mènent alors à rien. L'affaire prend une autre tournure quand Big Machine est racheté par la firme Ithaca, de Scooter Braun -le manager de Justin Bieber, Ariana Grande, etc.-, appuyé par le fonds d'investissement The Carlyle Group. Swift, ouvertement en froid avec Braun, ne l'avale pas. Et passe à la vitesse supérieure. Compositrice de tous ses albums, elle commence par ne plus autoriser aucune utilisation dérivée de ses morceaux (ce qu'on appelle la synchronisation, pour des pubs, films, etc.). Dans la foulée, elle annonce également qu'elle va réenregistrer la totalité de sa discographie publiée sur Big Machine. Une manière non pas de récupérer ses masters, mais bien d'en recréer de nouveaux qui, cette fois, resteront entièrement en sa possession... La bataille des masters est un grand classique du showbiz. Des stars, comme Prince ou Jay-Z, sont également passées par là, mettant en oeuvre différents stratagèmes. Celui de Taylor Swift n'est pas neuf. Au début des années 60, The Everly Brothers avaient déjà lancé le mouvement en réenregistrant leurs tubes au moment de changer de label. Mais avec la nouvelle donne numérique, l'enjeu est devenu encore plus important. Non seulement à cause des revenus de la synchronisation, manne censée compenser en partie la baisse des ventes physiques, mais aussi avec l'arrivée du streaming. Un groupe comme Def Leppard, par exemple, a réenregistré ses deux albums clés - Pyromania (1983) et Hysteria (1987)-, parce qu'il estimait que sa maison de disques ne le rétribuait pas assez sur les plateformes de streaming. La chanteuse JoJo a, elle, effectué la démarche inverse: c'est parce que son label refusait de mettre ses deux premiers albums en ligne, qu'elle les a passés en revue. "À un moment, j'ai eu peur que l'on pense que j'en avais honte", racontait-elle en 2019 au Billboard, expliquant qu'elle s'était retrouvée, comme ses fans, à devoir écouter ses chansons sur YouTube pour pouvoir les réenregistrer... Le conflit n'est toutefois pas la seule motivation pour revenir sur un ancien disque. Pour fêter les dix ans de sa première mixtape, The Weeknd vient de ressortir House of Balloons. En 2011, Abel Tesfaye était encore un chanteur canadien énigmatique, rénovant le r'n'b contemporain à coups de nappes anxiogènes. Il était alors volontiers présenté comme une sorte de croisement improbable entre Michael Jackson et les Cocteau Twins. Le groupe écossais était d'ailleurs samplé sur la mixtape, mise en ligne gratuitement. Quand House of Balloons fut finalement publié officiellement un an plus tard sur la compilation Trilogy, les différents samples avaient dû être retirés. Aujourd'hui, The Weeknd est devenu l'une des plus grosses stars de la pop, assez solide que pour s'offrir tous les samples du monde. Et House of Balloons de retrouver ses habits originaux, emprunts à Aaliyah, Siouxsie & the Banshees ou encore Beach House compris... Avec le temps (et l'argent), il est donc possible de proposer des remakes qui, parfois, se révèlent encore plus "authentiques" que les albums "originaux". Ou qui correspondent simplement mieux à la vision que les auteurs avaient au départ, sans avoir eu alors les moyens de les concrétiser. En 2018, par exemple, Will Toledo, alias Car Seat Headrest, sortait une nouvelle version de Twin Fantasy. En 2011, il avait publié le même disque, enregistré à l'arrache, sans grand moyen, ni label. Autoédité, distribué via la plateforme Bandcamp, l'album avait été téléchargé une centaine de fois... Sept ans plus tard, désormais signé, et accompagné d'un vrai groupe, Toledo est revenu sur un travail qui lui avait toujours laissé un goût d'inachevé. Certains n'attendent pas toujours aussi longtemps. En 2017, le groupe indé The Shins sortait Heartworms. Moins d'un an plus tard, le groupe de James Mercer proposait déjà The Worm's Heart. Soit les mêmes morceaux mais réinterprétés: les titres les plus rapides étant ralentis, les up-tempos se transformant en ballades. Dans le genre, l'un des cas les plus célèbres de "remake" reste toutefois celui du premier album de N.E.R.D., le projet de Pharrell Williams et Chad Hugo. Fidèle à la patte électro-hip-hop du duo, In Search of... est d'abord sorti en Europe, à l'automne 2001. Mécontent du résultat, N.E.R.D. a cependant tenu à réenregistrer le disque, avec un vrai groupe. Publié un an plus tard, cette fois dans le monde entier, In Search of... réapparaissait, avec des couleurs plus rock. Comme dirait l'autre, faire et défaire, c'est toujours travailler...