L'influence de l'effet visuel bullet time du film Matrix sur le jeu Max Payne prouve que le cinéma et le gaming transcendent parfois la fréquente toxicité de leurs relations commerciales. Cet été, l'apparition d'une catégorie gaming au Tribeca Film Festival célébrait une nouvelle étape de ces rapports. Si depuis plus de 20 ans Hollywood crée des jeux vidéo (Fox Interactive, Warner Bros Interactive...), l'événement cinéphile new-yorkais pointait plutôt une vague de titres indépendants créés par des talents issus de l'industrie du film. Conçu par Ember Lab (un obscur studio d'animation), Kena: Bridge of Spirits s'est hissé parmi les favoris de cett...

L'influence de l'effet visuel bullet time du film Matrix sur le jeu Max Payne prouve que le cinéma et le gaming transcendent parfois la fréquente toxicité de leurs relations commerciales. Cet été, l'apparition d'une catégorie gaming au Tribeca Film Festival célébrait une nouvelle étape de ces rapports. Si depuis plus de 20 ans Hollywood crée des jeux vidéo (Fox Interactive, Warner Bros Interactive...), l'événement cinéphile new-yorkais pointait plutôt une vague de titres indépendants créés par des talents issus de l'industrie du film. Conçu par Ember Lab (un obscur studio d'animation), Kena: Bridge of Spirits s'est hissé parmi les favoris de cette sélection. Une révélation, une vraie. Hébergé par Anapurna Games, le récent 12 Minutes de Luís António (un autre invité du Tribeca) s'inspire, pour son gameplay, directement des boucles temporelles de Bill Murray dans Un jour sans fin. De son côté, Kena: Bridge of Spirits ne va pas aussi loin. L'action RPG se contente en effet d'irriguer son esthétique végétale et hantée en lorgnant Pixar et le studio Ghibli. Habité par le thème (cher à Hayao Miyazaki) de la mort, son récit ne bouleverse pas plus les codes du genre. Ce jeu demandant d'aider des esprits à quitter un purgatoire villageois déroule par contre des paysages et une vie forestière étonnants de grâce. Ce soin porté à l'animation se perçoit tout au long du monde tortueux et semi-ouvert évoquant notamment le cimetière forestier du mont Koya, au Japon. Kena, l'héroïne -plutôt transparente- du jeu s'y entoure ainsi des Rots, petits esprits évoquant les noiraudes du Voyage de Chihiro. Couchés dans l'eau, assis dans un bol de riz ou perchés sur une branche, ces derniers prennent sans cesse la pose dans les décors minéraux, végétaux et shamaniques d'Ember Lab. Ce tour de force visuel composé de zones corrompues à nettoyer (coucou Okami) se double d'un gameplay en triptyque qui, à défaut d'être novateur, connaît ses classiques par coeur. Au-delà de ses phases de plateforme sans intérêt piochées chez Uncharted, on retiendra surtout ses combats. L'ombre de Dark Souls plane sur les esquives et les contre-attaques permanentes que le studio californien exige. Avec des développeurs de Pillars of Eternity (une récente référence de RPG très old school) à la manoeuvre, le jeu offre en outre quatre pouvoirs se déclinant autour de délicieuses subtilités offensives. Jeter des Rots sur un adversaire au combat permet, par exemple, de l'immobiliser pour tirer une flèche infligeant des dégâts aux ennemis postés à proximité. Mieux, les esprits noirs (qui ne s'activent qu'après avoir croisé le fer avec l'adversaire) apportent une petite dose de stratégie de terrain puisque le gamer peut les lancer sur certaines zones pour activer des points de vie. D'un boss de fin de niveau dont il faut retenir le pattern à des puzzles à base d'interrupteurs exigeant un bon sens de l'observation, Kena: Bridge of Spirits a clairement fait ses classes avec des Zelda post-Super Nintendo et Pikmin en option. Une très bonne école donc. De quoi tracer un avenir radieux pour ce petit studio d'une quinzaine de développeurs.