Le premier souvenir de votre serviteur, vraiment très flou, d'un jeu vidéo directement inspiré d'une bande dessinée francophone, et même directement d'un album, c'est une adaptation de Blueberry et du Spectre aux balles d'or, qui se regardait plus qu'elle ne se jouait, sur Amstrad ou Commodore 64, et qui a sans doute fait s'étrangler Giraud, mais qui a peut-être plu à Moebius. On devait être en 1988. Une antiquité qui prenait des plombes à se charger, bourrée d'images fixes, sans grand gameplay. Un des premiers essais de ce que l'on n'appelait pas encore transmédia, et qui tenait surtout de la licence et du placement de produits. Trente ans plus tard, les choses ont bien changé et les rapports ne se sont pas tissés: ils ont quasiment fusionné. Regardez Lastman, la série à succès de Bastien Vivès, Balak et Michaël Sanlaville dont on a déjà beaucoup parlé ici. Et plus précisément le tome 4, paru début 2014: le jeune Adrian y découvre, le temps d'une planche, un jeu d'arcades auquel il s'essaie et où il reconnaît Richard, son principal partenaire dans la bande dessinée. "Oui, il date ce jeu, tu veux le prendre?", répond l'intéressé. Presque trois ans plus tard, la boucle est bouclée et la mise abymée: ce jeu-là s'appelait Last Fight et ne demande qu'à être pris puisqu'il existe: il vient de sortir sur consoles et a été développé en exact parallèle avec la bande dessinée (et le dessin animé!) imaginée par la bande à Vivès. Une consanguinité qui pourrait devenir norme en cas de succès. Et ce, alors que par ailleurs, le "free-to-play" et sur écran tactile est devenu le nouvel Eldorado des développeurs... en quête presque désespérée de visibilité. Une visibilité que lui offrent désormais des personnages et des licences très surveillées, comme Astérix.
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Le premier souvenir de votre serviteur, vraiment très flou, d'un jeu vidéo directement inspiré d'une bande dessinée francophone, et même directement d'un album, c'est une adaptation de Blueberry et du Spectre aux balles d'or, qui se regardait plus qu'elle ne se jouait, sur Amstrad ou Commodore 64, et qui a sans doute fait s'étrangler Giraud, mais qui a peut-être plu à Moebius. On devait être en 1988. Une antiquité qui prenait des plombes à se charger, bourrée d'images fixes, sans grand gameplay. Un des premiers essais de ce que l'on n'appelait pas encore transmédia, et qui tenait surtout de la licence et du placement de produits. Trente ans plus tard, les choses ont bien changé et les rapports ne se sont pas tissés: ils ont quasiment fusionné. Regardez Lastman, la série à succès de Bastien Vivès, Balak et Michaël Sanlaville dont on a déjà beaucoup parlé ici. Et plus précisément le tome 4, paru début 2014: le jeune Adrian y découvre, le temps d'une planche, un jeu d'arcades auquel il s'essaie et où il reconnaît Richard, son principal partenaire dans la bande dessinée. "Oui, il date ce jeu, tu veux le prendre?", répond l'intéressé. Presque trois ans plus tard, la boucle est bouclée et la mise abymée: ce jeu-là s'appelait Last Fight et ne demande qu'à être pris puisqu'il existe: il vient de sortir sur consoles et a été développé en exact parallèle avec la bande dessinée (et le dessin animé!) imaginée par la bande à Vivès. Une consanguinité qui pourrait devenir norme en cas de succès. Et ce, alors que par ailleurs, le "free-to-play" et sur écran tactile est devenu le nouvel Eldorado des développeurs... en quête presque désespérée de visibilité. Une visibilité que lui offrent désormais des personnages et des licences très surveillées, comme Astérix. Dès la fin des années 80, l'éditeur français de jeux vidéo Infogrames se fit une spécialité des adaptations de bandes dessinées issues du catalogue "classique" franco-belge, avec de belles licences plus que de beaux jeux, à peu près tous réputés injouables: Tintin au Tibet sur Super Nintendo, Spirou sur PC, Les Schtroumpfs ou encore LesTuniques Bleues probablement devenus collector... Infogrames ratissa large, avant de disparaître des écrans. Ubisoft reprit un temps la main, notamment en faisant en 2003 de XIII le héros d'un jeu de tir. Mais la relation tenait uniquement du business, à l'image de ce que réalisait depuis longtemps le marché des comics avec ses super-héros sous licences -quel quadra n'a pas joué à Spiderman sur Atari? Il aura fallu attendre qu'une nouvelle génération d'auteurs, biberonnés à la bande dessinée ET au jeu vidéo arrivent aux affaires, pour voir réellement les univers s'entremêler. Une métamorphose qui a commencé dans les années 90 avec des auteurs comme Christophe Sokal, également concepteur de jeux vidéo, ou des séries comme Kid Paddle intégrant directement le jeu vidéo dans son univers. Mieux: son auteur, Midam, en a tiré une spin-off, Game Over, soit la BD d'un jeu vidéo qui ne se gagne jamais, avec tous les codes et la grammaire des vrais gamers, mais l'humour et le trait de la BD. Bastien Vivès, lui, coqueluche de la BD française contemporaine, n'avait pas attendu ses Lastman et Last Fight pour assumer sa gamitude: il a tiré de ses milliers d'heures vautré dans un fauteuil face à sa console une BD hilarante, Le Jeu vidéo, elle-même issue de son blog, en 2012 chez Shampooing. Avant, un an plus tard, d'enfin franchir le Rubicon qui séparait encore jeu et bande dessinée. En créant les deux en même temps. "On en parlait depuis le début", a souvent répété Bastien Vivès dès la sortie de Lastman, un manga à la française lui-même bourré de références à la culture nippone de l'anim et du jeu vidéo. "Dans la clause de notre contrat chez Casterman, il était spécifié qu'on gardait les droits sur le jeu vidéo."Le studio de création de la BD constitué avec Balak et Sanlaville se double donc d'emblée avec un studio de développement de jeu, Piranaking, que Vivès monte cette fois avec son ami Khao, croisé dans un club de joueurs de Street Fighter. "On était tous les deux à fond sur les jeux de baston, a expliqué le duo dans Le Nouvel Obs. On s'est tout de suite dit que ça ne servait à rien de refaire Street Fighter, on a alors pensé à un jeu Dreamcast qui date d'il y a 20 ans, Power Stone, dans lequel les personnages courent dans tous les sens et peuvent s'envoyer à la tête les objets du décor". Parfait pour adapter l'univers de Lastman. Mais surtout sans le copier: "on a d'abord essayé de coller à la BD, avant de s'apercevoir que ça nous posait plus de problèmes qu'autre chose, on n'a pas pu suivre les règles de combat dans la BD, comme par exemple l'interdiction de sortir du ring. L'esprit BD se retrouve plutôt dans l'interface, comme le choix de perso ou d'arcades, et dans la communication autour du jeu." Trois ans après le premier crayonné de Lastman, et beaucoup de hoquets financiers et artistiques sur le chemin, le jeu fait donc son apparition avec quelques mois de retard sur le planning prévu, à la fois sur PC, Xbox One et PS4. Un jeu de combat et de plateforme très fier de son mode 2 contre 2, effectivement virevoltant et complètement raccord avec l'univers, l'esprit et le graphisme de Lastman, même s'il développe ses propres personnages. Le jeu vidéo se veut, on l'a compris avec le tome 4 de la série, un prequel à la bande dessinée, et qui en réalité s'inscrit dans un univers ludique tridimensionnel dont le dessin animé forme le dernier coin d'un triangle parfait, en tout cas du point de vue créatif. Si les ventes suivent, aux trois niveaux, le modèle Lastman fera alors figure de pionnier dans l'univers transmédia d'aujourd'hui, qui ne fait plus franchement de différences entre une image et ses supports.