"Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être un gangster." La phrase, culte, ouvre peu ou prou le Goodfellas (1990) de Martin Scorsese, qui le consacre tardivement -il a alors déjà 35 ans- en digne successeur d'un Pacino ou d'un De Niro au rayon bad guy charismatique. Aussi loin qu'il se souvienne, Ray Liotta n'a pourtant pas toujours voulu être un acteur... "Avant d'aller à l'université, ça ne m'avait même jamais effleuré l'esprit. Je voulais étudier les arts libéraux, mais le jour de l'inscription, tous ces cours de maths et d'Histoire m'ont découragé. Je me suis rabattu sur le département théâtre", se souvient-il sans sourciller alors qu'on le retrouve début septembre dans un salon de la Villa Cartier à Deauville.
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"Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être un gangster." La phrase, culte, ouvre peu ou prou le Goodfellas (1990) de Martin Scorsese, qui le consacre tardivement -il a alors déjà 35 ans- en digne successeur d'un Pacino ou d'un De Niro au rayon bad guy charismatique. Aussi loin qu'il se souvienne, Ray Liotta n'a pourtant pas toujours voulu être un acteur... "Avant d'aller à l'université, ça ne m'avait même jamais effleuré l'esprit. Je voulais étudier les arts libéraux, mais le jour de l'inscription, tous ces cours de maths et d'Histoire m'ont découragé. Je me suis rabattu sur le département théâtre", se souvient-il sans sourciller alors qu'on le retrouve début septembre dans un salon de la Villa Cartier à Deauville. Pour sa 40e édition, le Festival du Cinéma Américain avait ainsi choisi d'honorer un acteur singulièrement prolifique mais dont la notoriété tient encore aujourd'hui quasi exclusivement à un rôle et une oeuvre, inscrits à jamais dans l'imaginaire collectif cinéphile: le Henry Hill de Goodfellas, donc, film de gangsters définitif réalisé par Scorsese au sommet de son inspiration mafieuse. Et matrice de la série télé la plus mémorable de tous les temps, n'en déplaise aux fans hardcore de The Wire: The Sopranos. Pas moins de 27 (!) acteurs de Goodfellas, Lorraine Bracco en tête, apparaîtront ainsi dans la série de David Chase. Mais pas Ray Liotta. La rumeur veut pourtant qu'on lui ait proposé le rôle de Tony Soprano avant James Gandolfini. Liotta nie l'affaire. "Il n'a jamais été question que je joue Tony, mais c'est vrai qu'on m'a demandé d'apparaître dans la série, pour y prolonger en quelque sorte mon personnage de Henry Hill. J'ai eu le sentiment que ce n'était pas une bonne idée. Je ne voulais en aucun cas me retrouver prisonnier d'un rôle qui avait à ce point marqué l'esprit des gens."Certes. Mais si LE film de sa vie chroniquait avec une verve toute scorsesienne l'ascension éclair puis la toute aussi fulgurante dégringolade d'un criminel coké à la démesure, difficile rétrospectivement de ne pas constater que la carrière même de Liotta a épousé une courbe quelque peu similaire. Le kid adopté de Jersey au début de parcours télévisé modeste explosant au cinéma au début des années 90, puis entretenant ponctuellement l'illusion-dans Cop Land de James Mangold, Hannibal de Ridley Scott ou même Narc de Joe Carnahan- avant de retomber comme un soufflé dans la masse hollywoodienne, glanant un tas de petits rôles plus ou moins signifiants chez les uns et les autres, jusqu'à cette scène de mari adultère qui prend une solide dérouillée dans le Sin City: A Dame to Kill For de Frank Miller et Robert Rodriguez aujourd'hui (lire la critique dans le Focus du 12/09). "On a tourné essentiellement devant des écrans verts. Il y avait juste quelques meubles et bibelots, mais pour le reste, tout est ajouté au moment de la post-production. Robert Rodriguez est vraiment un drôle de type, mais dans le bon sens du terme, un vrai artiste. Sur le tournage, entre les prises, il lui arrivait de jouer de la guitare ou de peindre. Il est un peu dans son monde. Les gens continuent de m'attendre dans des rôles de gangsters (voir encore sa récente apparition dans The Iceman, ndlr) mais j'aime bien m'aventurer sur des terrains que je ne connais pas, et pour le coup, un film au graphisme de comic book comme celui-là, c'était vraiment une première pour moi. Même si ce n'était que pour une seule petite scène..."Plus les années passent et plus le temps de présence de Liotta à l'écran semble se réduire comme peau de chagrin, en effet, celui qui prétend ne pas avoir vu la moitié des films dans lesquels il a joué -une grosse septantaine, quand même- devant désormais souvent se contenter d'apparitions quasiment symboliques. "Dans une carrière, il y a des hauts et des bas. Et Hollywood étant résolument jeuniste, ça ne s'arrange pas forcément avec le temps, c'est un fait. C'est probablement la raison pour laquelle tant d'acteurs d'un certain âge se tournent vers la télévision, le récent renouveau des séries télé charriant son lot de bonnes histoires à incarner."A commencer par Liotta lui-même, donc, qui était récemment du pilote de The Money, la série avortée du créateur maudit David Milch (Deadwood, Luck), et apparaîtra l'an prochain dans Texas Rising, la mini-série de western que Roland Joffé prépare pour la chaîne History. "Le business du cinéma est en pleine mutation. Les studios se focalisent à présent sur une poignée d'énormes blockbusters, au détriment de projets plus singuliers. A un point tel que ça tourne complètement à la formule: ces films sont devenus tellement prévisibles que leur seul enjeu semble devoir se résumer au look du monstre autour duquel ils se construisent. La télévision a indéniablement une carte à jouer, en mettant l'accent sur plus de créativité."Peu préoccupé par son image, pas forcément dingue de cinéma ni des révérences -"Le fait que le festival de Deauville me rende hommage cette année me met un peu mal à l'aise, à vrai dire, je suis encore jeune et je déteste m'exprimer en public"-: à 59 ans, Ray Liotta apparaît comme un type lucide et droit dans ses bottes, vaguement désabusé et détaché du grand cirque du showbizz, bossant à gauche à droite sans toujours se soucier du résultat. Le genre à s'aventurer tout récemment dans un clip de David Guetta, celui de Lovers on the Sun, juste pour faire plaisir à sa fille, et tant pis si, au final, ça ne ressemble à rien... RENCONTRE Nicolas Clément, À Deauville