Morveuse

De Rebecca Rosen. Éditions L'Employé du Moi. Sortie prévue le 11/09.

Il y a de ces albums qui résument mieux que d'autres leur époque et leur génération: Morveuse de Rebecca Rosen est d'évidence de ceux-là, puisque l'autrice canadienne installée à Bruxelles depuis plusieurs années propose, pour son premier album, une autofiction racontant le désarroi moral, financier et psychologique d'une jeune artiste qui trouvera, peut-être, son salut auprès d'un collectif aussi marginal que féministe. Une oeuvre forte et déjà très mature, aux confluences de toutes ses influences graphiques et scénaristiques, y compris américaines, et où les atmosphères de Bruxelles, dans ce que notre ville-monde peut avoir à la fois de sombre et de lumineux, jouent un rôle prépondérant -un travail qui rappelle, toute proportion gardée, la manière dont Emil Ferris évoquait Chicago dans Moi ce que j'aime, c'est les monstres, les couleurs, le spleen et l'aspect générationnel en plus. O.V.V.

Dédales

De Charles Burns, éditions Cornélius. Sortie prévue le 25/10.

Réalisateur de films d'horreurs expérimentaux, Brian Milner entraperçoit une dimension parallèle à la nôtre en dessinant son reflet déformé dans le chrome d'un grille-pain. Il se sert de ses "voyages" pour imaginer de futures réalisations mais fini par confondre rêve et réalité. À l'image d'un film de David Lynch, Dédales questionne le rapport entre l'inconscient et sa représentation avec cette patte si particulière à Charles Burns pour dessiner l'étrange. Prévu en sortie mondiale, ce nouvel album lorgne clairement du côté du cinéma. C.B.

Déesse

D'Aude Picault, éditions Les Requins Marteaux. Sortie prévue le 20/09.

Aude Picault, la plus délicate et sensuelle du harem "BD Cul", remet le couvert pour la sulfureuse collection érotique des Requins Marteaux. Elle s'attaque cette fois-ci au mythe de Lilith, première femme d'Adam, faite de la même argile que son époux. Mais parce qu'insoumise, Dieu la transforme en démon ailé et la remplace par la docile Ève. Ayons confiance en l'autrice pour nous faire regretter la décision du Tout-Puissant qui nous a rendus honteux de notre dimension charnelle et des pulsions sexuelles qui l'accompagnent. C.B.

Super Mickey

De Pieter De Poortere. Éditions Glénat. Sortie prévue le 04/09.

Le Blueberry de Sfar et Blain (lire notre interview) n'est de l'iceberg que le sommet: la fin de l'année BD sera donc riche en reprises et réinterprétations des classiques. Mais cette dernière ligne droite brille aussi par le nombre de Belges qui en prennent le départ: Luc Cromheecke avec Le Jardin de Daubigny, Judith Vanistendael et ses Deux vies de Pénélope, Simon Spruyt et son Élégie pour un âne, Feroumont et son Royaume, même David De Thuin qui réédite son Roi des bourdons... Du beau monde bien de chez nous et de très beaux albums en perspective. Mais seul Pieter De Poortere, déjà porté aux nues ici pour son Dickie s'affiche dans les deux catégories avec son album de Mickey: après Loisel, Cosey, Tébo, Trondheim et quelques autres happy few, De Poortere est le premier Belge à se voir confier le temps d'un album la super-marque de Disney, dans lequel des cacahuètes magiques transforment la souris la plus célèbre du monde en "Super Mickey", pour rattraper les gaffes de Super Dingo. Le trait rond et le ton à la fois muet et très provocateur de l'auteur flamand ne perdent rien de leur mordant dans l'aventure; ils en font au contraire l'un des albums les plus vifs et drôles de cette fin d'année surchargée. O.V.V.

Les Crocodiles sont toujours là

De Juliette Boutant et Thomas Mathieu, éditions Casterman. Sortie prévue le 18/09.

Bien avant #MeToo, Thomas Mathieu, alerté par sa petite amie et par sa soeur, prend conscience du harcèlement de rue. D'abord sur le Net, ensuite en album, il dessine des saynètes vécues par des femmes dans des situations scabreuses où tous les hommes sont représentés avec des têtes de crocodile. Le problème étant loin d'être réglé, malgré la prise de conscience, l'auteur, accompagné cette fois-ci par Juliette Boutant au scénario, étend le champ des témoignages aux violences gynécologiques, aux rapports avec la police, au milieu professionnel. C.B.

Les Deux vies de Pénélope

De Judith Vanistendael, éditions Le Lombard. Sortie prévue le 06/09.

Pénélope est chirurgienne pour une ONG active dans des pays en guerre. Après chaque mission, elle retrouve son foyer où l'attendent son mari et sa fille ado. Malgré l'accueil chaleureux qu'ils lui réservent à son retour, elle ne peut oublier les horreurs qu'elle vient de vivre et, tel un soldat souffrant de séquelles post-traumatiques, elle est hantée par les gens qu'elle n'a pas pu sauver. Un album poignant, au dessin flamboyant, réalisé par la plus touchante des autrices néerlandophones. C.B.

Tif et Tondu (le roman illustré)

De Blutch et Robber. Éditions Dupuis. Sortie prévue le 13/09.

Vous avez dit reprise? Celle-ci nous fait saliver depuis plusieurs années, comme la promesse d'un grand cru rare que son éditeur/producteur entend presser autant que possible. Si le "vrai" album de Tif & Tondu par Blutch au dessin et son frère Robber au scénario, n'est attendu, en couleurs, qu'en janvier, Dupuis en a déjà tiré trois beaux cahiers noir et blanc remplis de documents et d'inédits, distille actuellement le récit dans le journal de Spirou, et s'apprête à sortir "le roman de Tif et Tondu", baptisé L'Antiquaire sauvage, écrit par Robber et illustré par Blutch, lui-même écho à ce nouvel album plein de mises en abyme et de tacles au monde de l'art et de ses collectionneurs. De quoi se régaler, et patienter. O.V.V.

Delacroix

De Catherine Meurisse, éditions Dargaud. Sortie prévue le 15/11.

Revenant à ses premières amours, Catherine Meurisse (La Légèreté, Les Grands Espaces) retrempe ses pinceaux dans la peinture du XIXe siècle. Visiblement, elle ne nous avait pas tout dit au sujet d'Eugène Delacroix, ce grand romantique. La passionnée des arts se lance donc dans une nouvelle biographie du peintre français, auteur de la fameuse Liberté guidant le peuple (1830), de nouveau flanqué de son inséparable ami Alexandre Dumas. Annoncée depuis juin sur son compte Instagram, sa sortie est prévue pour cet automne. C.B.

Epiphania

De Ludovic Debeurme. Éditions Casterman. Sortie prévue le 25/09.

Il est urgent de se réinventer individuellement et collectivement pour survivre au monde de demain, fût-ce au prix d'une révolution qui n'aura rien de pacifique. La voix de l'auteur et celles de ses personnages -ses Epiphanians mi-hommes mi-bêtes, nés de nos errements environnementaux et scientifiques- semblent définitivement se confondre dans le troisième et dernier volet de son cri d'alarme en forme de conte fantastique. Une fable moderne et très contemporaine qui voit surgir des géants des entrailles de la terre. Brillant, flippant, exaltant. C.B.

Mais aussi

Si les nouveautés et les one-shot prennent une grande place dans cette rentrée, les suites et surtout fins de séries semblent au moins aussi nombreuses. Les compteurs s'affoleront pour le 24e Ducobu, le 15e Corto Maltese (qui n'est que le troisième de Pellejero) et évidemment le 38e Astérix qui cassera et la baraque et du Romain en fin d'année. Mais ce sont les petits coeurs de lecteurs qui se serreront avec la fin de quelques séries populaires (Les Femmes en blanc, Pierre Tombal) ou carrément cultes: la fin est ainsi proche et annoncée pour les zombies de Walking Dead, qui tirait presque à elle seule le marché des comics (et dont Delcourt publiera encore deux albums au maximum), mais aussi pour la série Lastman, dont Casterman publiera le 12e et dernier tome en octobre (soit pratiquement deux par an depuis 2013, pari tenu par la bande à Vivès). D'autres (mini)séries tout à fait recommandables vont également tirer leur révérence: c'est déjà fait pour Trondheim avec le 12e et dernier volume des aventures de Ralph Azham chez Dupuis, et pour bientôt pour l'apocalyptique Le Reste du monde de Jean-Christophe Chauzy (Casterman) en quatre actes et surtout l'extraordinaire Homicide de Philippe Squarzoni (Delcourt), dont un quatrième et dernier tome est annoncé pour le 11 septembre. O.V.V.