En mars dernier, Jampur Fraize (l'auteur et le dessinateur) avait vu la sortie de son recueil de planches et de dessins reportée de quelques mois -"Mais finalement c'était cool, on a pu prendre le temps avec La Cafetière pour bien chiader le livre, corriger des lettrages, fignoler quelques dessins, faire ça vraiment bien". Cette fois, Jampur Fraize (le guitariste et membre actif de The Loved Drones) a vu le concert de présentation du dernier album de son groupe (Conspiracy Dance, chez Freaksville Records, lire la critique) prévu au Botanique, annulé et reporté -"Mais on a hâte de pouvoir le jouer et le défendre, on espère au printemps. Mais là aussi, l'album existe!" Deux albums donc en une année pour le trop rare Jampur Fraize, né Bernard Mazet. L'un de rock, l'autre de dessins... sur le rock. C'est dire si le quinquagénaire aime le sujet, l'incarne et le défend comme peu d'autres en Belgique (et on n'a pas encore parlé son émission de radio ni de son fanzine, évidemment rock). "Au moins, je sais de quoi je parle."
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En mars dernier, Jampur Fraize (l'auteur et le dessinateur) avait vu la sortie de son recueil de planches et de dessins reportée de quelques mois -"Mais finalement c'était cool, on a pu prendre le temps avec La Cafetière pour bien chiader le livre, corriger des lettrages, fignoler quelques dessins, faire ça vraiment bien". Cette fois, Jampur Fraize (le guitariste et membre actif de The Loved Drones) a vu le concert de présentation du dernier album de son groupe (Conspiracy Dance, chez Freaksville Records, lire la critique) prévu au Botanique, annulé et reporté -"Mais on a hâte de pouvoir le jouer et le défendre, on espère au printemps. Mais là aussi, l'album existe!" Deux albums donc en une année pour le trop rare Jampur Fraize, né Bernard Mazet. L'un de rock, l'autre de dessins... sur le rock. C'est dire si le quinquagénaire aime le sujet, l'incarne et le défend comme peu d'autres en Belgique (et on n'a pas encore parlé son émission de radio ni de son fanzine, évidemment rock). "Au moins, je sais de quoi je parle." Tailler le bout de gras avec Jampur dans son salon, puis dans son atelier, à l'étage, c'est non seulement s'offrir un voyage visuel et sensitif dans des décennies d' histoires du rock, avec un amour affiché et immodéré pour les fifties, le blues, le rockabilly et Chuck Berry, le tout dans une esthétique vintage qui doit beaucoup à Jim Flora -génial illustrateur qui fit entre autres moult pochettes pour RCA et Columbia, et énorme référence de Jampur Fraize dessinateur-, mais c'est aussi, à l'entendre revenir sur son parcours, voyager dans plus de 30 ans d'Histoire du rock et de BD alternative à Liège, où tous les bons noms sont de passage. Liège, un phare dans le(s) genre(s), dont Jampur et Stella Di Matteo, sa compagne et fondatrice de la Maison du Rock et de La Gazette du Rock, sont d'évidence les meilleurs et infatigables gardiens (en plus d'être les êtres humains parmi les plus sympas qu'on connaisse). Jampur Fraize n'est donc pas né Liégeois, mais Français, "dans un petit village dans le Gard, près d'Avignon. On était cinq enfants, puis mon père ingénieur a été muté à Annecy. C'est là que j'ai fait une année préparatoire aux Beaux-Arts. Horrible: il fallait être un artiste; ne pas forcément savoir dessiner, mais expliquer ton oeuvre... Alors que moi justement je voulais apprendre, avoir les outils. J'étais déjà très pote avec Pierre La Police, qui s'appelait encore Thierry, et on s'est mis à chercher. Il avait un peu de famille éloignée à Esneux, on a regardé la documentation sur Saint-Luc Liège: c'était beaucoup moins cher, avec des cours de croquis, de BD... Et ça paraissait exotique, j'avais jamais mis les pieds en Belgique! Et là, ce fut le coup de foudre, ça m'a rappelé mes vacances en Irlande! Des maisons en briques, des bars qui ressemblent à des pubs. Je suis arrivé en train, seul, sous des trombes d'eaux, le vrai cliché. Mais j'ai vu tout de suite que les gens étaient chaleureux, et je suis tombé dans le piège dès le premier mercredi, après l'école, au Pot-au-Lait (le bistrot qui fait face à Saint-Luc, à la fois nid et point de repère, NDLR). Olivier Saive a été le premier du milieu BD que j'ai rencontré. Puis un pote qui faisait de la guitare m'a branché sur des groupes. C'était parti." Et ainsi, dès 1984, Bernard Mazet devenu Jampur Fraize -"Il n'y a aucun jeu de mots, ça n'a aucun sens, on a trouvé ça en même temps que "Pierre La Police", ça nous faisait juste marrer") sera de presque tous les fanzines et collectifs indés de la région et d'ailleurs: Cochon dingue, Courant d'Air, Jade, Juke Box, PLG... On le retrouve aussi dans Capsule Cosmique, Psikopat, Fluide, même Picsou et Spirou, parfois en livres chez Brain Produk (Football Carnage en 1998), 6 Pieds sous Terre (La Peur du mal en 2004) ou Les Requins Marteaux (Les Dessous de Terminal Beach en 2002), et depuis 2014, tous les mois dans Rock'n'Folk- quand il n'assure pas beaucoup de dessins et de blagues de potaches dans La Gazette du Rock, fanzine très pro qu'ils ont lancé, en 2008, avec le Bruxellois Jean Bourguignon, vite rejoints par Sisca Locca, Fifi et de nombreux guests et amis tels que Mezzo, qui signe la préface de Le Monde merveilleux du rock... et qui joue avec Jampur dans le groupe Les Minutes. Un "monde merveilleux" qui collecte ses meilleurs cartoons drôles et rock, mais aussi des planches de la Gazette et beaucoup d'inédits où son dessin facétieux fait effectivement des merveilles. La musique, elle, a toujours été là aussi. "D'abord du classique et du piano jusqu'à quatorze ans, puis la guitare quand mon grand frère me fait découvrir les disques des Stones, de Chuck Berry et toute la bande. À quinze ans, c'était AC/DC. Et les rouflaquettes, dès que j'ai pu en avoir! Mais ma rencontre avec le label Freaksville et Benjamin (Schoos, alias Miam Monster Miam, NDLR), ça remonte à 2007, 2008. On se connaissait un peu via le milieu des fanzines et le collectif Courant d'air. Lui connaissait les Scalpers, mon groupe de l'époque. Et j'avais fait un dessin pour une pochette de Marie-France. Un jour il m'a contacté pour le remplacer au pied levé pour une date à Paris. J'ai appris le répertoire en une semaine, j'ai fait plus ample connaissance avec Jacques Duvall, avec Marc Morgan, dont la perte cette année a vraiment été très dure, avec toute la bande. Des gens super. La même longueur d'ondes, les mêmes références." Et désormais, pour la quatrième fois en album, un même son entre psyché rock, surf, noisy pop et krautrock. Une vraie bonne plaque, à déguster en lisant un bon livre -suivez mon regard.