Daniel Clowes ne fournit pas de photo pour les articles de presse qui le concernent. Il préfère qu'on utilise cet autoportrait, paru dans Patience, son dernier et imposant ouvrage, le premier depuis cinq ans: non pas qu'il soit pudique ou soucieux de son image, mais bien parce que le dessin, chez Clowes, en dit infiniment plus long qu'une simple photo, et surtout l'indicible: tout Clowes, effectivement, est là, dans cet autoportrait de face et sans flatterie aucune, où des yeux certes cernés vous transpercent, vous scrutent et ne vous lâchent pas. Daniel Clowes, s'il est un adepte des genres et de la sous-culture sous toutes ses formes dessinées (super-héros, SF, comédies...), est avant tout l'un des artistes les plus observateurs de son époque. Et une des très grandes figures de la bande dessinée américaine, du genre à avoir eu une influence majeure sur à peu près tous les suivants, de Chris Ware à Adrian Tomine. Auteur d'un formidable Patience édité par Cornélius en octobre dernier, cinq ans après Mister Wonderful, Daniel Clowes fut l'une des vedettes du dernier festival d'Angoulême, et est actuellement exposé à la Galerie Martel à Paris. Une première -on se pince!- pour cet auteur aujourd'hui âgé de 55 ans, et qui, pardon pour le cliché, est désormais au sommet de son art.
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Daniel Clowes ne fournit pas de photo pour les articles de presse qui le concernent. Il préfère qu'on utilise cet autoportrait, paru dans Patience, son dernier et imposant ouvrage, le premier depuis cinq ans: non pas qu'il soit pudique ou soucieux de son image, mais bien parce que le dessin, chez Clowes, en dit infiniment plus long qu'une simple photo, et surtout l'indicible: tout Clowes, effectivement, est là, dans cet autoportrait de face et sans flatterie aucune, où des yeux certes cernés vous transpercent, vous scrutent et ne vous lâchent pas. Daniel Clowes, s'il est un adepte des genres et de la sous-culture sous toutes ses formes dessinées (super-héros, SF, comédies...), est avant tout l'un des artistes les plus observateurs de son époque. Et une des très grandes figures de la bande dessinée américaine, du genre à avoir eu une influence majeure sur à peu près tous les suivants, de Chris Ware à Adrian Tomine. Auteur d'un formidable Patience édité par Cornélius en octobre dernier, cinq ans après Mister Wonderful, Daniel Clowes fut l'une des vedettes du dernier festival d'Angoulême, et est actuellement exposé à la Galerie Martel à Paris. Une première -on se pince!- pour cet auteur aujourd'hui âgé de 55 ans, et qui, pardon pour le cliché, est désormais au sommet de son art. "Je n'aime pas m'analyser moi-même, explique le quinquagénaire un brin timide voire gêné qui entame, ce jour-là à Angoulême, une conversation avec quelques journalistes, à la demande pressante de son éditeur et de son galeriste. Je suis moi-même littéralement coincé dans l'oeil du cyclone, il m'est difficile de voir convenablement le contexte qui m'entoure ou d'avoir une vision autre que floue sur ma propre production. Mais je sais qu'en effectuant des recherches pour une nouvelle anthologie de EightBall (son comics qu'il a mené, seul, de 1989 à 2004, et que les éditions Cornelius s'apprêtent à rééditer, voir ci-dessous, NDLR) et pour cette exposition à Paris qui reprend des travaux très divers que j'ai pu effectuer depuis presque 30 ans, j'ai été moi-même choqué par la nature personnelle et parfois très intime de mes récits. Il y a vraiment beaucoup d'affectivité! Je ne crois pas que j'écrirais encore comme ça maintenant." Ce "comme ça" qui caractérise Clowes fut, dès le départ, ce choc quasi frontal entre un dessin somme toute très classique et un univers intérieur d'une incroyable inventivité, pour mettre le tout au service de questionnements intimes: depuis ses premiers récits dans Eigthball, Daniel Clowes a toujours usé des genres dans la bande dessinée pour les détourner, les dévoyer et y insuffler un mal-être prégnant à travers son oeuvre. Il use de l'humour de situation dans Ghost World? C'est pour mieux peindre en noir l'errance quotidienne des ados de son époque. Le cliché du super-héros dans Le Rayon de la mort? Les superpouvoirs de Andy, garçon solitaire, sans attaches ni amis, s'expriment quand il se met à fumer. L'utilisation du voyage temporel dans Patience? "Un concept qui va bien au-delà de mes propres connaissances scientifiques, et qui ne m'a intéressé que comme métaphore sur la construction intime des personnages, sur le fonctionnement de leur esprit. Il s'agit surtout d'un dialogue entre le vieux que je suis et le jeune que j'étais, et une exploration de ce qui a bien pu se passer entre les deux. Deux personnages à la fois semblables et très différents."Si Clowes a l'habitude de mêler ainsi la fiction et la réalité, le vécu de ses personnages et sa propre personne, Patience semble néanmoins marquer une vraie rupture (et un nouveau départ?) dans une carrière déjà riche et appréciée des indés, qu'ils soient dans la BD ou au cinéma -Chris Ware le vénère, quant à Hollywood, elle a déjà adapté deux de ses récits, Wilson va bientôt sortir en salle et les droits de Patience ont déjà été achetés. Outre des envolées graphiques sur d'impressionnantes doubles pages inspirées par Guy Peellaert et Jean-Claude Forest auxquelles la fluidité de sa ligne claire ne nous avait pas habitués, Patience révèle aussi un Clowes moins pessimiste que d'habitude, (presque) prêt à céder son habituel fatalisme au plus béat des happy ends! Une frontière qu'il n'a pas encore franchie, et pour laquelle il prendra désormais son temps: "L'élection de Trump a rendu mes comics inutiles: la réalité a dépassé mes pires visions dystopiques! Ça va évidemment affecter mon travail, mais je ne sais pas encore comment y répondre ou y réagir, avoue ce fin observateur du quotidien, que l'on sent réellement bousculé par l'apparition de Donald Trump dans le paysage. Beaucoup d'artistes sont horrifiés. Est-ce que cet événement nécessite une réaction collective? Sans doute, j'y pense. Mais parfois, la réaction des artistes peut avoir des effets contraires, il faut être très prudent. Je vais prendre mon temps avant de proposer une réponse." On espère juste qu'il ne lui faudra plus cinq ans, et qu'il restera lui-même. Ses derniers mots nous rassurent: "Où irais-je si je pouvais effectuer un voyage dans le temps, comme dans mon livre? Je vais vous décevoir peut-être, je n'irais pas vérifier si Jésus existe, ou un truc important dans ce genre-là: j'irais visiter ma propre enfance, je me limiterais à ma propre existence. Il y a déjà tellement à apprendre."EXPOSITION DANIEL CLOWES À LA GALERIE MARTEL, JUSQU'AU 11/03/17. RUE MARTEL, 17 À PARIS. WWW.GALERIEMARTEL.COM