Dans le petit monde de la bande dessinée, on reconnaît le gros coup à la grosseur du dossier de presse (celui de Batman by Marini faisait près de 20 pages) et aux contours de la rencontre, quand elle a lieu. Dans ce cas-ci, Enrico Marini nous attend au bar privatisé d'un hôtel de Bruxelles réquisitionné pour l'occasion, pour un entretien toujours très sympathique mais plus minuté que d'habitude. Des manières de cinéma et à l'américaine qui s'expliquent par la dimension du projet et ses enjeux, tant en Europe qu'aux États-Unis: pour la première fois de son histoire, le géant DC Entertainment a confié le scénario, le dessin et les couleurs d'une de ses marques les plus fortes à un seul homme, pur produit de la bande dessinée franco-belge. Mieux: DC publie l'album aux USA en anglais, au moment même où Dargaud le publie dans toute la francophonie. "Ce qui explique le format: la largeur est fidèle au standard des comics, mais la hauteur correspond à mes planches de Rapaces ou des Aigles de Rome, explique l'intéressé. Si en Europe, tous les formats sont aujourd'hui possibles, il fallait garder là-bas au maximum les proportions habituelles pour entrer dans le catalogue. Mais c'est à peu près la seule contrainte qu'on m'a demandé de suivre. Au contraire, moi qui n'avais jamais travaillé avec le marché US, j'ai été surpris par la liberté qu'on m'y a laissée. J'ai même compris trop tard que je pouvais inventer de nouveaux méchants! Ce sera pour la prochaine fois." Pour l'instant, Marini se consacre à la réalisation de la deuxième partie de son histoire. Un pur Batman, qui doit faire face au Joker, à Killer Croc, à Catwoman et, comme souvent, à lui-même. Un album qui ravira les amateurs du Chevalier Noir et de comics plein de turpitudes, de dessins pleine page, de cases incrustées et de voix off. Mais qui devrait, aussi, enchanter les amateurs de bande dessinée classique, classieuse et d'une grande lisibilité comme a l'habitude d'en réal...

Dans le petit monde de la bande dessinée, on reconnaît le gros coup à la grosseur du dossier de presse (celui de Batman by Marini faisait près de 20 pages) et aux contours de la rencontre, quand elle a lieu. Dans ce cas-ci, Enrico Marini nous attend au bar privatisé d'un hôtel de Bruxelles réquisitionné pour l'occasion, pour un entretien toujours très sympathique mais plus minuté que d'habitude. Des manières de cinéma et à l'américaine qui s'expliquent par la dimension du projet et ses enjeux, tant en Europe qu'aux États-Unis: pour la première fois de son histoire, le géant DC Entertainment a confié le scénario, le dessin et les couleurs d'une de ses marques les plus fortes à un seul homme, pur produit de la bande dessinée franco-belge. Mieux: DC publie l'album aux USA en anglais, au moment même où Dargaud le publie dans toute la francophonie. "Ce qui explique le format: la largeur est fidèle au standard des comics, mais la hauteur correspond à mes planches de Rapaces ou des Aigles de Rome, explique l'intéressé. Si en Europe, tous les formats sont aujourd'hui possibles, il fallait garder là-bas au maximum les proportions habituelles pour entrer dans le catalogue. Mais c'est à peu près la seule contrainte qu'on m'a demandé de suivre. Au contraire, moi qui n'avais jamais travaillé avec le marché US, j'ai été surpris par la liberté qu'on m'y a laissée. J'ai même compris trop tard que je pouvais inventer de nouveaux méchants! Ce sera pour la prochaine fois." Pour l'instant, Marini se consacre à la réalisation de la deuxième partie de son histoire. Un pur Batman, qui doit faire face au Joker, à Killer Croc, à Catwoman et, comme souvent, à lui-même. Un album qui ravira les amateurs du Chevalier Noir et de comics plein de turpitudes, de dessins pleine page, de cases incrustées et de voix off. Mais qui devrait, aussi, enchanter les amateurs de bande dessinée classique, classieuse et d'une grande lisibilité comme a l'habitude d'en réaliser Marini depuis Le Scorpion. Deux publics habituellement (très) différents. Mais sans doute plus pour longtemps. "J'ai dessiné ce Batman vraiment comme je le voulais, explique encore Marini. J'utilisais déjà dans mes BD des grammaires issues du comics, comme les cases incrustées ou des cadrages très cinématographiques, mais je me suis donné d'emblée quelques limites, un cadre, pour ne surtout pas me disperser et me focaliser sur quelques-uns des jouets qu'on me prêtait pour en tirer un maximum: pas de super-pouvoir, un monde réaliste, et une histoire relativement simple, centrée sur les personnages et la confrontation avec le Joker, qui me sert de fil rouge mais qui est aussi le plus jouissif à dessiner. Il n'a pas de règles, il fait des choses sans les justifier, est toujours insaisissable. C'est très libérateur. Il est le seul personnage avec lequel je me suis permis d'improviser un peu." Pour le reste, Marini connaît effectivement ses gammes et a bien fait de souffler son envie il y a quelques années à son éditeur, déjà partenaire de DC sur le marché francophone via le label Urban Comics. "Je dessine des petits Batman depuis des années", poursuit l'auteur, Italien né en Suisse, donc moins franco-belge qu'il n'y paraît mais arrivé aux Humanoïdes Associés en 1994, puis dans le giron de Dargaud en 1996. "J'ai vraiment grandi, d'abord, avec Mickey et les comics. Je me faisais offrir les petits fascicules en allemand et en italien, que je dévorais. J'en ai même encore quelques-uns. Ce n'est qu'après que j'ai découvert Astérix, Tintin, Spirou et puis tout le reste. Une vraie madeleine de Proust, qui ne m'a jamais quitté! Ce projet m'a donc replongé dans mon enfance, quand je possédais la Batmobile. Mais je ne voulais surtout pas faire quelque chose de nostalgique. Je l'ai pris de manière très gratifiante mais avec le moins de pression possible, comme une visite dans un lunapark, en cherchant ce que je pouvais, modestement, apporter à cet univers ludique et sombre à la fois, et déjà si riche." La réponse tombe d'elle-même: "La lisibilité et la couleur directe. Ça c'est vraiment notre truc, à nous, Européens. Les Américains travaillent le plus souvent en équipe: quelqu'un crayonne, un deuxième encre, un troisième met en couleurs, un autre réalise le lettrage... Un album regroupe plusieurs métiers et il faut une très bonne entente entre tous pour que le résultat final soit cohérent."Reste maintenant à voir les résultats chiffrés de cette première expérience, tant en Europe, où le secteur des comics reste de niche mais en plein boom, qu'aux États-Unis, où le comics se cherche au contraire un deuxième souffle et de nouvelles ressources. Si la sauce prend des deux côtés de l'Atlantique, ce qui semble bien parti, cette première ne sera d'évidence pas la dernière.