À 33 ans seulement, il a déjà signé plusieurs romans policiers et participé à l'écriture d'une douzaine de scénarios de longs métrages (dont le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert ou l'horrifique La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher). Plus récemment encore, il a co-créé pour TF1 Une affaire française, mini-série qui reviendra par le biais de la fiction sur la fameuse affaire du petit Grégory. Le point commun à quasiment tous ses projets? Le genre, sous toutes ses formes, dont il raffole. Enfant, Jérémie Guez bouge beaucoup entre Paris et la province. Ses parents font les marchés et lui ne tient pas en place. Ou plutôt si: face à l'écran du téléviseur familial, il reste médusé de fascination. "Gamin, j'avais des gros problèmes de sommeil, se souvient-il alors qu'on le rencontre en septembre dernier au Festival du Cinéma Américain de Deauville. Je me levais vers 3 ou 4 heures du matin et j'avais le temps de regarder un film avant d'aller à l'école. On a eu Canal+ assez tôt à la maison. J'adorais cette atmosphère nocturne. Il n'y avait pas un bruit, il faisait no...

À 33 ans seulement, il a déjà signé plusieurs romans policiers et participé à l'écriture d'une douzaine de scénarios de longs métrages (dont le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert ou l'horrifique La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher). Plus récemment encore, il a co-créé pour TF1 Une affaire française, mini-série qui reviendra par le biais de la fiction sur la fameuse affaire du petit Grégory. Le point commun à quasiment tous ses projets? Le genre, sous toutes ses formes, dont il raffole. Enfant, Jérémie Guez bouge beaucoup entre Paris et la province. Ses parents font les marchés et lui ne tient pas en place. Ou plutôt si: face à l'écran du téléviseur familial, il reste médusé de fascination. "Gamin, j'avais des gros problèmes de sommeil, se souvient-il alors qu'on le rencontre en septembre dernier au Festival du Cinéma Américain de Deauville. Je me levais vers 3 ou 4 heures du matin et j'avais le temps de regarder un film avant d'aller à l'école. On a eu Canal+ assez tôt à la maison. J'adorais cette atmosphère nocturne. Il n'y avait pas un bruit, il faisait noir, je ne voulais pas allumer les lumières de peur de réveiller mes parents. Chaque nuit, j'étais un peu au cinéma. C'est devenu une addiction." Très vite, il accroche particulièrement à tout ce qui est noir ou néo-noir, y trouvant aussi bien matière à s'émerveiller que des échos pas si lointains de son quotidien. "Ce que j'aime dans le genre noir, c'est que les histoires sont très fantasmées mais que les personnages viennent vraiment du réel. Souvent, ils travaillent, ont peu d'argent, des problèmes... Ils évoluent dans un café ou une boutique, contractent des dettes. J'avais régulièrement l'impression que le type du film, ça pouvait être un mec de mon quartier. Et ça, c'était très important pour moi. Parce que je cherchais dans ces films une espèce de clé de compréhension du monde des adultes. J'aimais que la frontière soit poreuse ou abolie entre le cinéma et la vie." Des histoires fantasmées mais incarnées par des personnages venant du réel: c'est précisément ce qui a séduit Jérémie Guez dans Brotherly Love (L'Amour fraternel), le roman de Pete Dexter qu'il a choisi de porter à l'écran sous le titre Sons of Philadelphia. Trois ans après Bluebird, thriller belgo-français qui mettait notamment en scène Veerle Baetens et Lubna Azabal, ce deuxième long métrage embarque Matthias Schoenaerts dans une sombre histoire de gangsters outre-Atlantique dominée par les liens du sang. Vieux démons familiaux, passé traumatique, trahisons et vengeances... Tout, dans Sons of Philadelphia, ramène aux codes du film noir, par essence très américains. Même si le film a d'abord été développé en France et tourne à l'arrivée entièrement autour de sa star belge. "Il y a ce truc marrant avec le genre noir au cinéma, s'amuse Jérémie Guez. Sa matrice, bien sûr, ce sont les films américains des années 40 et 50. Mais il y a des choses qui préexistent en France, avec des réalisateurs comme Julien Duvivier ou Henri-Georges Clouzot par exemple. Et puis, si on y regarde de près, les films noirs américains des années 40 et 50 sont à 90% réalisés par des Européens: Robert Siodmak, Fritz Lang, Jacques Tourneur... Esthétiquement, ils sont influencés par l'expressionnisme allemand, l'Europe de l'Est. Sans compter qu'il y a ensuite des rebonds stylistiques en Italie, au Japon... Donc le genre noir n'appartient pas qu'aux Américains, loin s'en faut." Constat qui conforte le jeune cinéaste français au moment de s'envoler pour tourner avec un casting essentiellement US à Philadelphie, une ville qu'il ne connaît alors absolument pas mais qui fonctionne à la manière d'un personnage à part entière dans Brotherly Love. "De Philadelphie, très honnêtement, je ne connaissais que Rocky (sourire). Et en même temps, je trouvais qu'il y avait un truc typique dans l'écriture de Pete Dexter qui me donnait envoie de creuser l'histoire de la ville et de ses habitants. J'ai beaucoup accroché à sa mythologie, aux codes, aux quartiers... C'est une ville de tradition ouvrière, avec des gens qui ont un peu une mentalité d'outsiders, d'underdogs. Très vite, j'ai compris que le film n'aurait pas pu être tourné ailleurs que là-bas." Très classique, solennel, assez convenu dans sa construction, Sons of Philadelphia, à l'arrivée, déçoit quelque peu, malgré une belle maîtrise de mise en scène. Jérémie Guez, lui, défend bec et ongles ses personnages aux OEdipe mal résolus et ses intrigues volontairement embrouillées. "Ce qui mine trop souvent le cinéma aujourd'hui, c'est ce diktat d'une compréhension absolue des choses. Il faut toujours tout justifier, tout expliquer. Sauf dans le cinéma coréen, qui est génial pour ça. Je pense aux films de Na Hong-jin, par exemple. The Chaser, The Murderer... On vit aujourd'hui dans un monde où on essaie déjà tellement d'expliquer tous les phénomènes, où le moindre fait est décortiqué, où il y a des experts dans tous les sens... Ça me donne juste envie de parachuter les spectateurs au coeur d'une histoire sans leur donner les clés. Et de privilégier l'émotion. Il faut d'abord prendre les images pour ce qu'elles dégagent de violence, d'amour contrarié, de frustration et de tristesse. Et en finir avec cette obsession du bagage psychologisant qui est le propre des séries télé."