Covid oblige, aucun invité américain, ou presque, n'était présent cette année à Deauville. Pourtant, de mémoire de festivalier, c'était là, à n'en pas douter, l'une des plus belles éditions récentes de l'incontournable rendez-vous normand. Peut-être parce que des films initialement prévus pour Cannes et Annecy s'étaient glissés dans les nombreuses avant-premières de l'événement, les vedettes hexagonales ayant choisi de se déplacer en masse pour les accompagner et les défendre. Mais la vraie star du festival, c'était plus que jamais sa compétition. Faisant, comme à son habitude, la part belle aux jeunes pousses prometteuses du cinéma indépendant US, celle-ci s'est en effet révélée d'un remarquable niveau d'exigence. La preuve par cinq.
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Covid oblige, aucun invité américain, ou presque, n'était présent cette année à Deauville. Pourtant, de mémoire de festivalier, c'était là, à n'en pas douter, l'une des plus belles éditions récentes de l'incontournable rendez-vous normand. Peut-être parce que des films initialement prévus pour Cannes et Annecy s'étaient glissés dans les nombreuses avant-premières de l'événement, les vedettes hexagonales ayant choisi de se déplacer en masse pour les accompagner et les défendre. Mais la vraie star du festival, c'était plus que jamais sa compétition. Faisant, comme à son habitude, la part belle aux jeunes pousses prometteuses du cinéma indépendant US, celle-ci s'est en effet révélée d'un remarquable niveau d'exigence. La preuve par cinq. À Six Feet Under, sa série phare, Alan Ball emprunte l'idée que la mort d'un proche est le meilleur révélateur des névroses familiales, mais aussi des fêlures intimes, dans cette comédie dramatique aux dialogues piquants qui confronte un intellectuel homosexuel mal-aimé (Paul Bettany) aux fantômes de son passé. Inspiré par le destin chahuté d'un parent éloigné, Ball souligne la violence extrême des préjugés et des conventions dans l'Amérique schizophrène des années 70 sans jamais se départir d'un humour qu'il a plutôt ravageur. Lequel ne désamorce nullement la vérité et l'émotion d'un film ayant l'intelligence de ne pas réduire ses personnages à de simples porteurs de message, aussi nécessaire soit-il. Du très bon cinéma indépendant US, méritoirement récompensé du Prix du Public. C'est le film qui a triomphé à la grand-messe indépendante de Sundance en janvier dernier. Et pour cause... Chronique rurale d'inspiration autobiographique, Minari observe l'inexorable délitement du rêve américain que nourrit une famille d'origine coréenne venue s'installer en Arkansas pour y cultiver la terre. Mais c'est un sentiment d'espoir fragile qui domine dans le regard rempli de douceur de son réalisateur. Attentif aux détails et trouvant dans sa limpide épure filmique matière à mieux épouser les discrets frémissements de la vie, Lee Isaac Chung livre, sans avoir l'air d'y toucher, une profonde réflexion identitaire dont il se dégage un délicat sentiment d'harmonie. Le grand oublié du palmarès deauvillais cette année. Sortie belge en 2021. L'ombre menaçante d'Harvey Weinstein plane sur ce premier long métrage de fiction dépeignant avec une minutie quasi maniaque le quotidien de l'assistante d'un puissant nabab du divertissement. Venue du documentaire, Kitty Green réussit le petit miracle d'objectiver, en quelque sorte, la subjectivité de sa protagoniste, aspirante productrice amenée à prendre peu à peu conscience de la violence sourde des abus liés à sa position. Le côté obsessionnel et répétitif de The Assistant fait brillamment écho à la nature même de son sujet latent: le harcèlement sexuel, suggéré avec une tétanisante froideur claustrophobique. Sans doute la proposition formelle la plus radicalement aboutie de la compétition, pour un film distingué du Prix de la mise en scène par le Jury Révélation. Prix de la Critique, Prix du Jury Révélation et Grand Prix du Festival... C'est l'écrasant vainqueur de cette 46e édition. Remarqué dès 2011 avec l'envoûtant drame psychologique Martha Marcy May Marlene puis, deux ans plus tard, avec la déchirante série Southcliffe, Sean Durkin confirme sa sidérante maîtrise formelle dans The Nest, drame feutré au malaise insidieux où un ambitieux entrepreneur (Jude Law) traverse l'Atlantique avec femme et enfants pour s'installer dans un manoir anglais isolé. Fort d'une mise en scène à l'élégance glacée, quasiment polanskienne, Durkin observe patiemment le vernis des apparences se craqueler, les membres déboussolés de cette famille à la dérive devenant peu à peu étrangers l'un à l'autre. Y a-t-il un distributeur belge dans la salle? "C'est l'histoire d'un motard et d'une sirène, et un film qui parle avant tout de la possibilité d'avoir une seconde chance", commentait Sabrina Doyle, l'une des rares cinéastes de la compétition à avoir pu faire le déplacement cette année à Deauville. Situant son action dans une ville ouvrière de l'Oregon, ce premier long métrage bourré d'idées fortes file la métaphore océanique avec une sincérité et un sens du détail social proprement désarmants. On a craqué pour cet ex-détenu et cette mère célibataire (Pablo Schreiber et Jena Malone) qui ravivent la flamme de leurs amours adolescentes mais se cognent contre la vitre de leurs illusions perdues. Prix du Jury ex-aequo avec le formidable First Cow de Kelly Reichardt, déjà présenté en compétition à la dernière Berlinale.