Qui a dit que la comédie à la française était moribonde? Une semaine à peine après Gilles Lellouche et son revigorant Grand Bain, c'est au tour de Pierre Salvadori, petit maître en la matière (Cible émouvante, Les Apprentis, ...Comme elle respire), de nous gratifier d'un savoureux concentré d'humour inventif et malin. Fantaisie policière qui multiplie les situations délirantes et les personnages haut perchés, En liberté! met en scène une veuve découvrant que son flic de mari, véritable héros local tué pendant son service, n'était en fait qu'un vulgaire ripou. Elle-même inspectrice de police, elle va alors se fourrer dans d'inextricables embrouilles aux côtés d'un innocent tout juste sorti de prison, dans l'espoir de réparer les erreurs de celui dont elle décide d'endosser la culpabilité. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise cette année, En liberté! offre -enfin, serait-on tenté d'écrire- à Adèle Haenel, 29 ans à peine, son tout premier rôle de pure comédie, même si un film comme Les Combattants de Thomas Cailley, par exemple, donnait déjà une bonne indication sur sa capacité à faire rire.
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Qui a dit que la comédie à la française était moribonde? Une semaine à peine après Gilles Lellouche et son revigorant Grand Bain, c'est au tour de Pierre Salvadori, petit maître en la matière (Cible émouvante, Les Apprentis, ...Comme elle respire), de nous gratifier d'un savoureux concentré d'humour inventif et malin. Fantaisie policière qui multiplie les situations délirantes et les personnages haut perchés, En liberté! met en scène une veuve découvrant que son flic de mari, véritable héros local tué pendant son service, n'était en fait qu'un vulgaire ripou. Elle-même inspectrice de police, elle va alors se fourrer dans d'inextricables embrouilles aux côtés d'un innocent tout juste sorti de prison, dans l'espoir de réparer les erreurs de celui dont elle décide d'endosser la culpabilité. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise cette année, En liberté! offre -enfin, serait-on tenté d'écrire- à Adèle Haenel, 29 ans à peine, son tout premier rôle de pure comédie, même si un film comme Les Combattants de Thomas Cailley, par exemple, donnait déjà une bonne indication sur sa capacité à faire rire. Sa première fois à Cannes remonte à 2002, déjà, pour Les Diables de Christophe Ruggia. "C'était pour le Cannes Junior et j'y ai rien compris en fait", résume-t-elle lapidairement en mai dernier alors qu'on la retrouve au coeur du festival sur la terrasse d'un hôtel un peu trop luxueux -ce qu'elle ne se fait évidemment faute de relever, légèrement indignée. Seize ans plus tard, on l'a vue chez la crème du cinéma d'auteur francophone, de Céline Sciamma (Naissance des pieuvres) à Pierre Schoeller (Un peuple et son roi) en passant par Bertrand Bonello (L'Apollonide), André Téchiné (L'Homme qu'on aimait trop), les frères Dardenne (La Fille inconnue) ou Robin Campillo (120 battements par minute)... Adèle Haenel a faim de cinéma. D'elle, son réalisateur Pierre Salvadori dit d'ailleurs que c'est avant tout une actrice désirante, qui brûle de l'envie de jouer. "C'est moi qui ai cherché à travailler avec Pierre, oui. Je savais que le projet était en train de s'écrire, et je voulais en être. Après, quand j'ai lu le scénario, je n'ai pas forcément senti tout le potentiel qu'il contenait, c'est une langue quand même assez complexe. Chez Salvadori, c'est la mise en scène qui fait éclater l'humour de l'écriture. J'étais hyperexcitée d'embarquer avec lui mais j'avais peur aussi, parce que la comédie c'est quelque chose de compliqué. Ça demande une réactivité, une agilité particulière." Cette gymnastique comique, l'actrice confesse avoir d'abord éprouvé quelques difficultés à l'intégrer. "Les premiers jours de tournage, j'ai pas mal galéré. Parce que je n'arrivais pas à bien saisir le rapport à la réalité qu'entretenait le film. Je n'arrivais pas à me libérer, à lâcher prise, à trouver le ton. J'étais là à me regarder faire les trucs. Et puis, heureusement, ça s'est débloqué. J'ai commencé à faire plein de propositions, dix fois trop même, mais on s'en fout, je pense que cette énergie-là, d'une manière ou d'une autre, se transmet au spectateur à travers le film. Au bout d'un moment, on ne sait de toute façon même plus très bien qui propose quoi, c'est comme si on partageait tous un esprit commun sur le plateau. Je crois qu'il ne faut pas avoir honte d'en faire trop, de se rater. Il faut pouvoir se décapsuler un peu la tête." Se décapsuler la tête, donc. Pas toujours forcément gagné quand on s'appelle Adèle Haenel. Chassez le naturel cérébral et il revient au galop. Sur la spécificité à jouer dans une comédie, toujours: "Je pense qu'il faut avoir une espèce de boussole entre le texte et le sous-texte. C'est un peu comme un plan avec abscisse et ordonnée. Dans un drame, l'abscisse et l'ordonnée correspondent. Pas dans la comédie. On peut s'amuser à dissocier deux critères très spécifiques chaque fois. Ça peut être le texte et le sous-texte. Ou la vitesse et la colère. Une phrase, vous pouvez décider de la dire lentement tout en vous mettant en colère, par exemple. À ce moment-là, on n'est plus dans une improvisation dans l'étendue, sur le texte, mais bien dans une exploration des possibles liés à l'explosion des unités un peu clichés qu'on avait auparavant dans la tête. Le genre de cliché qui veut que quand on est en colère, on parle forcément vite." Vous suivez toujours? Moue faussement boudeuse et jambes ramassées en tailleur, l'actrice marque systématiquement un temps de réflexion avant de répondre à nos questions, semblant peser chacun de ses mots sans pour autant jamais se départir du franc-parler qui lui est propre. "Pierre m'avait suggéré de regarder des comédies de Jonathan Demme pour avoir une idée du ton à donner. Des films comme Dangereuse sous tous rapports ou Veuve mais pas trop . Personnellement, j'ai toujours adoré la comédie, je n'ai jamais rien eu contre. C'est plutôt la comédie qui jusque-là semblait avoir un truc contre moi. À l'arrivée, de toute façon, ce qui compte c'est ce que le film nous dit. Que ce soit un drame ou une comédie, il n'y a pas à faire de hiérarchie. Et puis la comédie, c'est une tellement grande famille... Il y a des girafes et des hérissons là-dedans. Ce serait hasardeux de généraliser. Moi je trouve quand même que c'est l'un des genres cinématographiques les plus généreux. Et en même temps, c'est l'un des trucs les plus galvaudés, parce que quand on se met à faire des comédies pour rire des autres, c'est vraiment dramatique. Ça devient un outil qui peut entretenir les clichés raciaux, sexistes. L'humour peut être dangereux parfois. Alors que c'est important de rire, de ne pas se faire enlever sa joie. Chez Salvadori, on rit beaucoup de soi. Il y a de la bienveillance pour les protagonistes et pour les humains. Il ne pointe jamais du doigt en stigmatisant. D'autres l'auraient fait dans le film. Par exemple, quand il va sur le terrain des sadomasos, il reste hyper doux, il ne moque pas, il n'exclut pas." Peut-être parce que chez lui, l'art est toujours là pour consoler, la fiction toujours convoquée pour réenchanter la vie ou simplement la rendre plus acceptable. Dans En liberté!, la veuve jouée par Adèle Haenel raconte ainsi d'abord à son fils des histoires aux accents héroïques sur son père disparu puis, une fois la réalité peu ragoûtante sur son compte mise à jour, use du prisme échevelé de la fiction pour mieux lui faire entendre la vérité. "L'enjeu des films de Pierre, c'est de raconter des films. J'adore ça. Dans sa dimension à essayer toujours de concilier le rêve et la réalité, de ne pas y parvenir vraiment mais d'accepter que c'est comme ça, qu'il n'y a pas de réponse définitive au fond, En liberté! lui ressemble beaucoup. Ce film, c'est l'histoire d'une histoire. C'est ça qui est jubilatoire. Et d'ailleurs tout était fait sur le tournage pour qu'on prenne un maximum de plaisir. À tel point que nous, les acteurs, on a à un moment carrément eu l'impression que c'était notre propre jubilation qui en était la finalité (sourire) . Mais le langage de Pierre n'est pas non plus qu'un métalangage. Il y a également beaucoup de poésie chez lui, un onirisme très affirmé, quelque chose de très chatoyant. Pierre a le chic pour inonder ses films de plein de trucs qui le font concrètement marrer. Des costumes improbables, des accessoires bizarres..." Mais si elle se frotte au cuir noir d'une combi SM et roule en minimoto -parmi bien d'autres excentricités- dans En liberté!, son truc à elle, à vrai dire, ce serait plutôt la cotte de mailles et la perspective d'enfourcher un fier destrier. "J'ai toujours dit que j'aimerais jouer un chevalier, oui, avec une épée et tout. Et le pire c'est que je vais bientôt le faire, donc je suis hypercontente (sourire) . Il n'y aura pas de cheval, par contre. Mais il y aura des armures. C'est cool, non?"