Empire. C'est ici, dans une petite cité ouvrière posée aux confins du Black Rock Desert, dans le Nevada, que s'ouvre Nomadland, le troisième long métrage de Chloé Zhao. L'horizon évoque une ville fantôme, comme il s'en croisait à l'époque de la ruée vers l'or, et pour cause: la bourgade a fait faillite avec l'entreprise de gypse qui en assurait l'essentiel de l'activité. Pour ne laisser d'autre option à Fern (Frances Mc Dormand, époustouflante) que d'embarquer à bord de son camping-car, et rejoindre le cortège des nomades des temps modernes, des retraités pour la plupart, dérivant dans l'Ouest américain, de petits boulots en emplois incertains. À sa suite, c'est une réalité méconnue qui se dévoile, où à la précarité objective -la crise des subprimes notamment est passée par là, avec ses effets dévastateurs- répond la solidarité liant les membres de cette communauté de "hobos" du XXIe siècle. Solidarité qui constitue également la sève de ce road-movie insolite et lumineux, habité par celles et ceux qui, par choix ou par obligation, ont décidé de vivre sur la route -les Linda May, Swankie ou autre Bob Wells, dans leur propre rôle à l'écran.

Paysages tourmentés

Révélée en 2015 par Songs My Brothers Taught Me, un film inscrit dans la réserve indienne de Pine Ridge, dans le South Dakota, avant d'enchaîner deux ans plus tard avec The Rider, situé celui-ci dans le milieu du rodéo, Chloé Zhao a fait des "outsiders" le coeur de son cinéma. Il n'en va pas autrement aujourd'hui de Nomadland, adapté du roman éponyme de Jessica Bruder (lire notre portrait), qui maintient ce cap généreux, non sans en élargir sensiblement le spectre. Se déployant dans l'immensité de l'espace états-unien, dont la photographie de Joshua James Richards parvient à sublimer la stupéfiante beauté, le film s'attache aux laissés-pour-compte en rupture de rêve américain, dont il embrasse la situation d'un regard acéré, tout en vibrant d'un puissant appel de liberté. Arpentant les paysages tourmentés de l'existence, Nomadland est de ces oeuvres que l'on n'oublie pas, impact dûment certifié par un brelan d'Oscars (meilleurs film, réalisatrice et comédienne) parmi d'autres récompenses. Et si ce film est avant tout une aventure humaine d'exception, doublée d'une réflexion sur le sens de l'existence, s'y esquisse encore, en creux, le portrait d'une Amérique malade de ses inégalités. Dessillant, mais pas moins inspirant.

De Chloé Zhao. Avec Frances Mc Dormand, David Strathairn, Linda May. 1h47. Sortie: 09/06. ****(*)

Empire. C'est ici, dans une petite cité ouvrière posée aux confins du Black Rock Desert, dans le Nevada, que s'ouvre Nomadland, le troisième long métrage de Chloé Zhao. L'horizon évoque une ville fantôme, comme il s'en croisait à l'époque de la ruée vers l'or, et pour cause: la bourgade a fait faillite avec l'entreprise de gypse qui en assurait l'essentiel de l'activité. Pour ne laisser d'autre option à Fern (Frances Mc Dormand, époustouflante) que d'embarquer à bord de son camping-car, et rejoindre le cortège des nomades des temps modernes, des retraités pour la plupart, dérivant dans l'Ouest américain, de petits boulots en emplois incertains. À sa suite, c'est une réalité méconnue qui se dévoile, où à la précarité objective -la crise des subprimes notamment est passée par là, avec ses effets dévastateurs- répond la solidarité liant les membres de cette communauté de "hobos" du XXIe siècle. Solidarité qui constitue également la sève de ce road-movie insolite et lumineux, habité par celles et ceux qui, par choix ou par obligation, ont décidé de vivre sur la route -les Linda May, Swankie ou autre Bob Wells, dans leur propre rôle à l'écran. Révélée en 2015 par Songs My Brothers Taught Me, un film inscrit dans la réserve indienne de Pine Ridge, dans le South Dakota, avant d'enchaîner deux ans plus tard avec The Rider, situé celui-ci dans le milieu du rodéo, Chloé Zhao a fait des "outsiders" le coeur de son cinéma. Il n'en va pas autrement aujourd'hui de Nomadland, adapté du roman éponyme de Jessica Bruder (lire notre portrait), qui maintient ce cap généreux, non sans en élargir sensiblement le spectre. Se déployant dans l'immensité de l'espace états-unien, dont la photographie de Joshua James Richards parvient à sublimer la stupéfiante beauté, le film s'attache aux laissés-pour-compte en rupture de rêve américain, dont il embrasse la situation d'un regard acéré, tout en vibrant d'un puissant appel de liberté. Arpentant les paysages tourmentés de l'existence, Nomadland est de ces oeuvres que l'on n'oublie pas, impact dûment certifié par un brelan d'Oscars (meilleurs film, réalisatrice et comédienne) parmi d'autres récompenses. Et si ce film est avant tout une aventure humaine d'exception, doublée d'une réflexion sur le sens de l'existence, s'y esquisse encore, en creux, le portrait d'une Amérique malade de ses inégalités. Dessillant, mais pas moins inspirant.