Au sujet de The Rider, Werner Herzog, réalisateur culte s'il en est d' Aguirre, la colère de Dieu et autre Fitzcarraldo, a eu ces mots: "Juste au moment où vous pensez que le cinéma est occupé à entrer dans une phase de stagnation, déboule de nulle part un film comme celui-là." Mais qui est donc Chloé Zhao, la réalisatrice en qui le maître allemand ne voit rien moins que le futur du 7e art? Née à Pékin, en Chine, où elle passe son enfance avant de migrer pour Londres puis les États-Unis, la jeune femme se signale dès 2015 avec un premier long en partie produit par Forest Whitaker: Songs My Brothers Taught Me, récit initiatique inscrit dans la réalité brute et les paysages arides de la réserve indienne de Pine Ridge. Montré à Sundance, Cannes et Deauville, ce coup d'essai à la beauté désenchantée pose les obsessions de son auteure: regard quasi documentaire, amour immodéré pour la nature sauvage et cruauté immémoriale de l'existence passée au filtre extatique d'un coe...

Au sujet de The Rider, Werner Herzog, réalisateur culte s'il en est d' Aguirre, la colère de Dieu et autre Fitzcarraldo, a eu ces mots: "Juste au moment où vous pensez que le cinéma est occupé à entrer dans une phase de stagnation, déboule de nulle part un film comme celui-là." Mais qui est donc Chloé Zhao, la réalisatrice en qui le maître allemand ne voit rien moins que le futur du 7e art? Née à Pékin, en Chine, où elle passe son enfance avant de migrer pour Londres puis les États-Unis, la jeune femme se signale dès 2015 avec un premier long en partie produit par Forest Whitaker: Songs My Brothers Taught Me, récit initiatique inscrit dans la réalité brute et les paysages arides de la réserve indienne de Pine Ridge. Montré à Sundance, Cannes et Deauville, ce coup d'essai à la beauté désenchantée pose les obsessions de son auteure: regard quasi documentaire, amour immodéré pour la nature sauvage et cruauté immémoriale de l'existence passée au filtre extatique d'un coeur pur. Rivé au visage défait de Brady, ex-star montante du rodéo sommée de trouver un nouveau sens à sa vie après un tragique accident qui lui ferme les portes de la compétition, The Rider, véritable bête de festivals à l'ampleur quasi mystique, s'abreuve à la même source de poésie crépusculaire suintant la vérité humaine. Entre l'ennui et le vertige, le crapoteux et le sublime, c'est l'état de grâce. Zhao raconte: " Le filmest né naturellement, comme une extension directe de Songs My Brothers Taught Me. Plusieurs cow-boys amérindiens apparaissaient dans ce dernier. J'ai appris à les connaître. Il s'agit d'une communauté très spécifique, qui vit à Pine Ridge dans un esprit d'attachement profond à la terre et aux animaux. Quand j'ai rencontré Brady, j'ai simplement été attirée par son allure, son authenticité. Il travaillait dans un ranch et faisait montre d'un talent inné au contact des chevaux. Et puis il a pris ce violent coup de sabot en pleine tête... Très vite, et contre l'avis des médecins, il a essayé de se remettre en selle. J'ai compris à ce moment qu'il y avait une histoire à raconter, celle d'un mec prêt à risquer sa vie afin de rester fidèle à l'idée qu'il se fait de son identité. Je n'ai pas eu le temps de gamberger, il fallait le filmer sans tarder." Et Chloé Zhao d'accompagner le cow-boy convalescent dans un processus où la mise en scène ne fait finalement rien d'autre qu'épouser les contours de la vie. Fiction sous solide perfusion de réel, The Rider assoit une conception du cinéma hybride, nourrie par l'évidence d'acteurs non-professionnels et des décors naturels qui constituent leur horizon. "Quand je tourne, je suis à l'écoute de mes tripes, de ce que j'observe et entends, reprend la réalisatrice. Le cerveau ne connecte bien souvent les choses entre elles que beaucoup plus tard. Même si je suis un scénario assez précis. Les comédiens jouent leurs propres rôles, raccord à 70 ou 80 %, je dirais, avec la réalité. Je fictionnalise les événements à partir de qui ils sont vraiment. Je reste persuadée que c'est ce dont nous avons besoin aujourd'hui: des histoires authentiques, à hauteur d'hommes et de femmes. Même les studios hollywoodiens semblent en prendre peu à peu conscience, puisqu'ils vont débaucher de plus en plus d'auteurs indépendants pour piloter leurs grosses productions." Voir, au hasard, l'exemple récent de Ryan Coogler, réalisateur de Fruitvale Station, catapulté aux commandes de Black Panther.Est-ce qu'un cheval devrait continuer à vivre s'il ne peut plus galoper? Et qu'en est-il d'un cavalier qui ne peut plus monter? Devant la caméra de Chloé Zhao, cinéaste des marginaux et des laissés-pour-compte, du paradis perdu et des rendez-vous manqués, la mythologie américaine semble n'avoir jamais résonné de manière aussi intime. Guidé par cette idée tenace que l'on appartient à l'endroit d'où l'on vient, mais aussi que l'on est ce que l'on fait, le film déroule la trame vibrante d'un drame humain qui tend vers l'épure, récit d'une addiction, d'une obsession identitaire aux allures de danse avec la mort où la répétition est un motif en soi. "Le rodéo est un sport de l'extrême où la culture de la masculinité s'apparente à l'univers du jeu. Ces cow-boys peuvent gagner beaucoup d'argent en une fois mais la mise est conséquente, il s'agit de leur propre santé physique, voire carrément de leur vie. Les Américains sont très joueurs, c'est quelque chose d'inscrit dans leur ADN, cette idée que le destin peut basculer d'un côté comme de l'autre sur un simple coup de poker. The Rider pose la question suivante: jusqu'où est-on prêt à aller pour préserver ce qui nous caractérise vraiment? Il y a un côté roulette russe dans l'entêtement de Brady. Et en même temps il y a une vraie fêlure. J'aime l'idée qu'un cow-boy puisse être vulnérable."