Emmené par Benicio Del Toro, le jury de la section Un Certain Regard s'est montré cette année particulièrement sensible à la question de la frontière, ou plutôt de son absence. En décernant, d'abord, son premier prix au film suédois Gräns (Border, pour le titre international) du cinéaste danois d'origine iranienne -une certaine idée de l'abolition des frontières à lui tout seul- Ali Abbasi. Soit une déroutante chronique de la différence doublée d'un thriller fantastique aux idées assez folles, floutant les différences biologiques entre masculin et féminin, mâle et femelle. En choisissant, ensuite, de donner un prix d'interprétation unique à Victor Polster, ...

Emmené par Benicio Del Toro, le jury de la section Un Certain Regard s'est montré cette année particulièrement sensible à la question de la frontière, ou plutôt de son absence. En décernant, d'abord, son premier prix au film suédois Gräns (Border, pour le titre international) du cinéaste danois d'origine iranienne -une certaine idée de l'abolition des frontières à lui tout seul- Ali Abbasi. Soit une déroutante chronique de la différence doublée d'un thriller fantastique aux idées assez folles, floutant les différences biologiques entre masculin et féminin, mâle et femelle. En choisissant, ensuite, de donner un prix d'interprétation unique à Victor Polster, l'adolescent qui illumine le parcours éprouvant d'une danseuse née dans un corps de garçon, et lancée dans un long processus de réassignation sexuelle, dans Girl du Gantois Lukas Dhont, premier film belge jusqu'au-boutiste qui a secoué la Croisette et fait main basse sur les récompenses les plus diverses (lire par ailleurs). Âgé de quinze ans au moment du tournage, Polster, seize printemps au compteur aujourd'hui, est la jeune révélation du festival. Originaire de Bruxelles, il étudie actuellement à l'École Royale du Ballet d'Anvers afin de devenir danseur professionnel. C'est au cours d'un casting organisé sous la houlette de Sidi Larbi Cherkaoui, par ailleurs chorégraphe du film, qu'il attire l'attention de Lukas Dhont, s'imposant d'évidence pour le rôle de Lara. Rencontré aux dernières heures du grand cirque cannois, le jeune cinéaste s'enthousiasmait: "Je suis très heureux de ce prix d'interprétation qui est donné sans genre, qui ne dit pas masculin ou féminin, qui dit juste prix d'interprétation, ce qui pour moi est très important, parce que c'est tout à fait en ligne avec le film. J'espère même que cette manière de ne pas catégoriser deviendra la norme à l'avenir. On ne distingue pas réalisateur de réalisatrice pour la Palme d'or, et je pense sincèrement qu'il devrait en être de même pour les acteurs et les actrices. Je suis donc ravi du prix en tant que tel, mais aussi de la manière dont il est décerné. J'ai toujours trouvé que Victor transcendait les genres, il a un côté androgyne. Il a porté ce rôle avec maturité et élégance. Victor est avant tout un danseur, mais fort de cette expérience je pense qu'il a envie de continuer à faire des films, parce que c'est aussi raconter, représenter quelque chose." Sur son nuage, le jeune acteur-danseur expliquait quant à lui: "Le film traite de la question de l'identité mais aussi de la souffrance. Et je dois bien avouer qu'il m'en a coûté physiquement de faire des pointes (sourire). Danser en tant que fille est quelque chose de très différent. Avec ce danger de se blesser aussi, bien sûr, ce qui inquiétait beaucoup mes parents. J'ai également suivi des séances de logopédie afin de modifier ma voix. L'idée était vraiment de tendre vers une interprétation la plus naturelle possible. Ce qui passait aussi notamment par pas mal d'improvisation au niveau des dialogues.J'aime le fait que Girl ne soit pas un récit d'exclusion. J'ai adoré le film Call Me by Your Name pour la même raison, parce que c'est un film sur le fait de tomber amoureux, au-delà de toute forme de catégorisation ou de stigmatisation. À rebours des idées reçues." Un cinéma sans frontière donc, on y revient.