Que Dune soit l'un des films les plus attendus de l'année n'est pas une surprise. Cela tient en partie à la malédiction qui entoure l'adaptation sur grand écran du roman culte de Frank Herbert. Plus d'un réalisateur s'y est cassé les dents depuis sa publication en 1965, en particulier Alejandro Jodorowsky, dont les déboires dans les années 70 (il avait envisagé un film fleuve de 12 heures...) ont même fait l'objet d'un documentaire savoureux de Frank Pavich, présenté à Cannes en 2013. Seul David Lynch est jusqu'ici parvenu à mettre en images cet univers foisonnant et épique brassant une intrigue complexe, pour un résultat décevant, l'inspiration d'ordinaire impeccable du New-Yorkais s'enlisant dans les sables d'une fresque kitsch. Depuis 1984 et cet échec commercial et critique, plus rien.

Que Dune soit l'un des films les plus attendus de l'année n'est pas une surprise.

Sans doute fallait-il quelqu'un de la trempe de Denis Villeneuve, bien servi par un budget colossal (165 millions de dollars), pour que le projet soit réanimé et trouve enfin une incarnation cinématographique digne de ce nom. S'il a pu compter sur son indéniable talent pour mener à bien l'aventure (en attendant la seconde partie), le réalisateur a certainement profité aussi du regain d'intérêt pour la SF, délivrée du placard dans lequel elle croupissait depuis la fin des années 90, victime à la fois de son prêchi-prêcha new age et d'un essoufflement provoqué par la surenchère d'effets spéciaux ne servant plus à soutenir un propos mais à se complaire dans une forme d'auto-célébration masturbatoire vide de sens. Dérive illustrée ad nauseam par les épisodes les moins consistants de la saga Star Wars. Villeneuve le premier a contribué à dépoussiérer le genre, en en renouvelant la grammaire formelle (moins d'action, plus de réflexion) et en y injectant en sous-texte une série de questionnements en résonance intime avec notre époque comme dans le très recommandable Arrival, où la rencontre avec les aliens interroge notre propre rapport au langage, au temps et aux autres. Il devait ensuite se faire plaisir en donnant une suite, à la beauté ténébreuse et mélancolique, d'un autre monument de l'anticipation réputé intouchable, Blade Runner.

Comme Christopher Nolan, le Canadien fait partie de ce petit cercle de cinéastes intrépides capables de marier avec bonheur divertissement grand public et vision auteuriste sans trahir ni l'un ni l'autre. Et ce quel que soit le terrain de jeu où il déploie sa science du récit polyphonique. Villeneuve est aussi à l'aise dans le drame politique (Incendies) que dans le thriller métaphysique (Prisoners).

Débarrassé de ses oripeaux grandiloquents, le space opera trouve donc un second souffle en épousant une veine plus réaliste, réceptacle idéal de nos angoisses et des nombreuses menaces qui pèsent sur notre avenir proche. Une urgence qui sous-tendra certainement aussi le nouveau Matrix, attendu pour la fin de l'année. Et qui figure au coeur des innombrables séries télé qui flirtent ces dernières années avec le nihilisme futuriste. Comme l'explique l'essayiste Anne-Lise Melquiond (lire notre dossier), l'apocalypse, le sous-genre le plus prisé, sert souvent de métaphore pour aborder les questions délicates de l'Histoire. Singulièrement dans le chef des Américains, habitués à panser (et penser) leurs traumas collectifs par la voie moins frontale de la fiction. Exemple: Watchmen sur la question épineuse du racisme. La dystopie est désormais moins un tremplin pour rêver ou exorciser un futur lointain très vague qu'un instrument de résilience.

Une évolution somme toute logique. Avec ses scénarios du pire, la réalité ferait parfois rougir la science-fiction. Et il n'est pas loin le temps où le réel lui coupera l'herbe sous le pied. C'est d'ailleurs ce qui a bien failli arriver avec la nouvelle production d'Arte, Anna, dont le tournage a commencé six mois avant le début de la pandémie alors qu'elle contient tous les ingrédients de la crise sanitaire alors à venir: le virus mortel, les enfants qui sont épargnés, le climat social qui dégénère, etc. Le monde est devenu une machine à produire à la chaîne des scénarios catastrophe dignes d'Hollywood. Avec son message écolo et ses enjeux de pouvoir, Dune s'inscrit parfaitement dans ce courant d'une SF politique qui nous parle avant tout d'aujourd'hui.

Que Dune soit l'un des films les plus attendus de l'année n'est pas une surprise. Cela tient en partie à la malédiction qui entoure l'adaptation sur grand écran du roman culte de Frank Herbert. Plus d'un réalisateur s'y est cassé les dents depuis sa publication en 1965, en particulier Alejandro Jodorowsky, dont les déboires dans les années 70 (il avait envisagé un film fleuve de 12 heures...) ont même fait l'objet d'un documentaire savoureux de Frank Pavich, présenté à Cannes en 2013. Seul David Lynch est jusqu'ici parvenu à mettre en images cet univers foisonnant et épique brassant une intrigue complexe, pour un résultat décevant, l'inspiration d'ordinaire impeccable du New-Yorkais s'enlisant dans les sables d'une fresque kitsch. Depuis 1984 et cet échec commercial et critique, plus rien. Sans doute fallait-il quelqu'un de la trempe de Denis Villeneuve, bien servi par un budget colossal (165 millions de dollars), pour que le projet soit réanimé et trouve enfin une incarnation cinématographique digne de ce nom. S'il a pu compter sur son indéniable talent pour mener à bien l'aventure (en attendant la seconde partie), le réalisateur a certainement profité aussi du regain d'intérêt pour la SF, délivrée du placard dans lequel elle croupissait depuis la fin des années 90, victime à la fois de son prêchi-prêcha new age et d'un essoufflement provoqué par la surenchère d'effets spéciaux ne servant plus à soutenir un propos mais à se complaire dans une forme d'auto-célébration masturbatoire vide de sens. Dérive illustrée ad nauseam par les épisodes les moins consistants de la saga Star Wars. Villeneuve le premier a contribué à dépoussiérer le genre, en en renouvelant la grammaire formelle (moins d'action, plus de réflexion) et en y injectant en sous-texte une série de questionnements en résonance intime avec notre époque comme dans le très recommandable Arrival, où la rencontre avec les aliens interroge notre propre rapport au langage, au temps et aux autres. Il devait ensuite se faire plaisir en donnant une suite, à la beauté ténébreuse et mélancolique, d'un autre monument de l'anticipation réputé intouchable, Blade Runner. Comme Christopher Nolan, le Canadien fait partie de ce petit cercle de cinéastes intrépides capables de marier avec bonheur divertissement grand public et vision auteuriste sans trahir ni l'un ni l'autre. Et ce quel que soit le terrain de jeu où il déploie sa science du récit polyphonique. Villeneuve est aussi à l'aise dans le drame politique (Incendies) que dans le thriller métaphysique (Prisoners). Débarrassé de ses oripeaux grandiloquents, le space opera trouve donc un second souffle en épousant une veine plus réaliste, réceptacle idéal de nos angoisses et des nombreuses menaces qui pèsent sur notre avenir proche. Une urgence qui sous-tendra certainement aussi le nouveau Matrix, attendu pour la fin de l'année. Et qui figure au coeur des innombrables séries télé qui flirtent ces dernières années avec le nihilisme futuriste. Comme l'explique l'essayiste Anne-Lise Melquiond (lire notre dossier), l'apocalypse, le sous-genre le plus prisé, sert souvent de métaphore pour aborder les questions délicates de l'Histoire. Singulièrement dans le chef des Américains, habitués à panser (et penser) leurs traumas collectifs par la voie moins frontale de la fiction. Exemple: Watchmen sur la question épineuse du racisme. La dystopie est désormais moins un tremplin pour rêver ou exorciser un futur lointain très vague qu'un instrument de résilience. Une évolution somme toute logique. Avec ses scénarios du pire, la réalité ferait parfois rougir la science-fiction. Et il n'est pas loin le temps où le réel lui coupera l'herbe sous le pied. C'est d'ailleurs ce qui a bien failli arriver avec la nouvelle production d'Arte, Anna, dont le tournage a commencé six mois avant le début de la pandémie alors qu'elle contient tous les ingrédients de la crise sanitaire alors à venir: le virus mortel, les enfants qui sont épargnés, le climat social qui dégénère, etc. Le monde est devenu une machine à produire à la chaîne des scénarios catastrophe dignes d'Hollywood. Avec son message écolo et ses enjeux de pouvoir, Dune s'inscrit parfaitement dans ce courant d'une SF politique qui nous parle avant tout d'aujourd'hui.