Paru en 1965, Dune, l'ouvrage de science-fiction culte de Frank Herbert, s'il en a fait rêver beaucoup, en a aussi essoré quelques-uns: jusqu'à David Lynch qui s'y cassait les dents en 1984, dans un fouillis qu'il s'empresserait de renier. Près de 40 ans plus tard, c'est au tour de Denis Villeneuve, fort de son expérience de Arrival puis de Blade Runner 2049, de s'aventurer sur Arrakis, la planète des sables, pour ce qui constitue sans conteste l'événement cinéma de cette rentrée. La saga de Paul Atréides, le réalisateur québécois a choisi de la décliner sous forme d'un diptyque. Pas un luxe, si l'on considère la densité du propos, mais il faudra donc ...

Paru en 1965, Dune, l'ouvrage de science-fiction culte de Frank Herbert, s'il en a fait rêver beaucoup, en a aussi essoré quelques-uns: jusqu'à David Lynch qui s'y cassait les dents en 1984, dans un fouillis qu'il s'empresserait de renier. Près de 40 ans plus tard, c'est au tour de Denis Villeneuve, fort de son expérience de Arrival puis de Blade Runner 2049, de s'aventurer sur Arrakis, la planète des sables, pour ce qui constitue sans conteste l'événement cinéma de cette rentrée. La saga de Paul Atréides, le réalisateur québécois a choisi de la décliner sous forme d'un diptyque. Pas un luxe, si l'on considère la densité du propos, mais il faudra donc s'armer de patience pour avoir le fin mot de l'histoire, le deuxième volet n'étant, pour l'heure, qu'à l'état de projet.Magistrale, l'ouverture du film, non contente de poser le gigantisme assumé de l'entreprise, en situe également les enjeux narratifs. L'action se situe en 10191, et débute sur la planète Caladan, fief des Atréides, auxquels l'empereur régissant l'univers a décidé de confier la gestion de la planète Arrakis, aussi surnommée Dune, laissée jusqu'alors aux cruels Harkonnen. Lesquels ont régné d'une main de fer sur ses étendues désertiques et les populations autochtones, les Fremen, exploitant sans vergogne les précieuses réserves de l'"épice", une substance ayant le don de stimuler les facultés psychiques, tout en permettant les voyages interplanétaires et, partant, d'une valeur inestimable. Le transfert de mandat fait l'objet d'une cérémonie solennelle, Leto (Oscar Isaac), à la tête de la maison des Atréides, ne pouvant refuser une opportunité qu'il entend aussi mettre à profit pour pacifier Arrakis, ainsi qu'il s'en ouvre à son fils Paul (Timothée Chalamet) et à ses proches conseillers. Non sans nourrir des doutes légitimes sur les motivations profondes de l'empereur. Un pressentiment bientôt vérifié dans les faits, le chaos s'installant dans un climat de conspiration alors que les entités rivales tentent de s'assurer le contrôle de Dune. À charge pour Paul, figure messianique en devenir, d'y tracer son chemin, doué des pouvoirs étonnants conférés par sa mère Jessica (Rebecca Ferguson), représentante de l'ordre féminin des Bene Gesserit...Si adapter Dune s'apparentait a priori à une mission impossible, Denis Villeneuve s'en acquitte avec brio, réussissant non seulement à rendre intelligible l'univers complexe imaginé par Frank Herbert, mais aussi à en traduire la richesse et la splendeur visuelles. Éminemment spectaculaire, inscrite dans des décors somptueux, foisonnant de détails, son odyssée galactique en impose, multipliant les morceaux de bravoure, et atteignant même la magie dans son ultime chapitre dont la stupéfiante beauté n'est pas sans évoquer celle de Lawrence of Arabia. Non sans veiller à préserver à son Spice Opera une dimension humaine qu'incarne idéalement Timothée Chalamet, démontrant ici avoir bel et bien l'étoffe d'un héros. Reste à transformer l'essai dans un second volet, dont on espère qu'il approfondira les enjeux politiques, environnementaux et philosophiques esquissés dans cet épisode initial...