Un soir de septembre, John Carpenter, 73 ans, idole absolue de plusieurs générations d'amateurs de cinéma de genre, se souvient à l'autre bout du fil: "J'ai toujours été nostalgique du cinéma des années 50. C'est la culture avec laquelle j'ai grandi. Les films d'horreur et de science-fiction de cette époque m'ont marqué au fer rouge. Je n'oublierai jamais le jour où j'ai découvert Forbidden Planet sur grand écran, par exemple. Mais si vous cherchez l'ancêtre d'Halloween , c'est plutôt du côté du Psycho d'Alfred Hitchcock que vous le trouverez, c'est le père de tous les slashers."
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Un soir de septembre, John Carpenter, 73 ans, idole absolue de plusieurs générations d'amateurs de cinéma de genre, se souvient à l'autre bout du fil: "J'ai toujours été nostalgique du cinéma des années 50. C'est la culture avec laquelle j'ai grandi. Les films d'horreur et de science-fiction de cette époque m'ont marqué au fer rouge. Je n'oublierai jamais le jour où j'ai découvert Forbidden Planet sur grand écran, par exemple. Mais si vous cherchez l'ancêtre d'Halloween , c'est plutôt du côté du Psycho d'Alfred Hitchcock que vous le trouverez, c'est le père de tous les slashers." L'histoire est connue. En 1978, Carpenter, futur réalisateur culte d'Escape from New York, The Thing ou encore Christine, signe avec Halloween un véritable diamant noir finissant de donner ses lettres de noblesse au slasher, ce sous-genre horrifique mettant en scène un tueur psychopathe qui trucide ses jeunes victimes à l'arme blanche. Mieux: avec ce film, il définit surtout une inimitable grammaire cinématographique, faite de longs et lents travellings glissant sur l'étrange normalité de la banlieue pavillonnaire, de jeux incessants d'apparitions et de disparitions qu'autorisent notamment le choix d'une grande profondeur de champ et un travail sur la lumière qui transforme certaines images en véritables révélateurs photographiques. Quarante-trois ans plus tard, l'habile et référencé -même si un peu vain...- Halloween Kills de David Gordon Green, où Michael Myers tombe le masque, est le douzième film d'une franchise qui semble promise au mythe de l'éternel retour. Carpenter, lui, n'a plus rien réalisé depuis The Ward en 2010, mais il est resté très actif en tant que musicien. Il signe ainsi encore, en compagnie de son fils et de son filleul, la B.O. de ce nouveau long métrage horrifique. "Composer la musique d'un nouvel Halloween revient à tenter de trouver une espèce d'équilibre entre le passé et le présent, entre les thèmes iconiques de la saga et de nouvelles sensations. Très concrètement, nous composons face aux images du film. Ce que nous voyons à l'écran dicte ce que nous faisons. Il faut être à l'écoute de la dynamique des scènes. Et après ça, il suffit de se laisser guider par le boogie." Et de s'empresser de rappeler dans la foulée que si, à la fin des années 70, il a lui-même signé la musique d'Halloween, c'était avant tout par nécessité, parce qu'il n'avait pas assez d'argent pour payer quelqu'un d'autre pour le faire. "Mais c'est très vite devenu pour moi une autre façon de m'exprimer créativement." Trois ans après un Halloween déjà réalisé par David Gordon Green qui faisait table rase de toutes les suites ayant essaimé au fil du temps, Carpenter enfile aussi à nouveau la casquette de producteur exécutif pour Halloween Kills. "Je me contente de guider le projet, de donner mon avis quand on me le demande. Je fais en quelque sorte figure de parrain bienveillant qui veille de loin sur le film." Son conseil récurrent? Faire simple et implacable. Une formule qui a fait ses preuves, et continue de préserver son chef-d'oeuvre séminal des ravages du temps. "Vous voulez savoir pourquoi Halloween fonctionne toujours si bien aujourd'hui? Je n'en ai aucune idée. Vous savez, à l'époque, j'étais abonné aux mauvaises critiques. Aujourd'hui, mes films n'ont pas changé, et pourtant désormais tout le monde s'en réclame. C'est un mystère total pour moi. Même si le grand public s'est toujours reconnu dans mon travail." On ne compte plus en effet aujourd'hui les cinéastes qui se réclament de la filmographie de "Big John" Carpenter. Dernier exemple en date? Le Titane de Julia Ducournau, bien sûr, Palme d'or cannoise lorgnant allègrement son Christine de 1983. "Attendez une minute... Vous me dites qu'il s'agit d'un film où une fille qui se fait passer pour un garçon couche avec des véhicules motorisés et tombe enceinte d'une voiture, c'est bien ça? Et vous dites que la réalisatrice se réclame notamment de mon film Christine? Eh bien, hum, qu'est-ce que je pourrais bien répondre à ça? Je ne sais pas... Que ça prouve qu'il est important de bien se protéger durant les rapports sexuels peut-être?" Et d'ajouter, moins cabotin: "Plus sérieusement, je suis terriblement flatté qu'un certain nombre de jeunes réalisateurs se réclament de mon influence. C'est quelque chose de tellement gratifiant, vous savez, pour un cinéaste. Moi-même j'essaie de continuer à m'intéresser à ce qui se fait dans le cinéma de genre. Je n'ai jamais entendu parler de ce Titane mais, ces dernières années, j'ai par exemple adoré le film de vampires suédois Let the Right One In ou encore le Get Out de Jordan Peele. J'ai trouvé ça très inventif, très malin."