Critique | Cinéma

Critique ciné : Fire of Love, l’amour volcanique

4,5 / 5
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4,5 / 5

Titre - Fire of Love

Genre - Documentaire

Réalisateur-trice - Sara Dosa

Casting - Avec la voix de Miranda July

Durée - 1h33

Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Un génial docu revient sur la passion éruptive qui animait les deux volcanologues français Katia et Maurice Krafft.

On les appelait «les diables des volcans». Ensemble durant plus de vingt ans, ils ont parcouru le monde afin de se rendre au chevet des plus terribles volcans en éruption en faisant fi de tous les dangers. Marié à Mulhouse au début des années 1970, ce couple inséparable n’a cessé, tout au long de ses tribulations, d’œuvrer pour la démocratisation des connaissances sur les volcans et la prévention des dangers afférents, multipliant les conférences et les publications tout en étant à l’origine de nombreux films sur son sujet de prédilection.

Trois décennies après leur tragique disparition, Katia et Maurice Krafft font aujourd’hui l’objet d’un fiévreux documentaire porté par la musique de Nicolas Godin (Air) et narré en voix off par la cinéaste américaine Miranda July (Me and You and Everyone We Know, Kajillionaire). Bourré d’images épiques et spectaculaires capturées par les intrépides scientifiques, le long métrage invite à une plongée vertigineuse au cœur même du mystère bouillonnant d’un amour dévorant. Soit le portrait de deux âmes sœurs et le récit quasi métaphysique de leur passion fusionnelle…

Danse avec la mort

Guidés par l’appel irrésistible des cratères, par la joie innocente, le plaisir insensé, d’évoluer sur la crête de chaudrons ardents comme de simples puces posées sur le haut d’une casserole remplie de lait qui déborde, Katia et Maurice Krafft apparaissent dans le film en véritables kamikazes de la science de l’observation doublés de marginaux exaltés qui font littéralement corps avec les éléments déchaînés. Comme si les pulsations de leurs cœurs étaient directement réglées sur celles de la Terre, crachant les flammes de leur amour. Voir Maurice s’aventurer en canot pneumatique sur un immense lac d’acide puis échafauder le rêve sublime, presque enfantin, de naviguer sur des coulées de lave en fusion, c’est aussi renouer avec le goût immémorial de l’interdit et de ses jeux, la jouissance sans limite, absolue, de l’abandon.

Jamais bêtement scolaire ou didactique, le film, au montage hyper dynamique et au super chouette ton, traduit une forme d’extase très pure face à la magie tectonique du spectacle grondant de la nature. Ses images subjuguantes nous font aimer les volcans et l’énigme de la vie, qui est aussi, en un sens, une danse avec la mort. «La plupart des volcanologues meurent dans leur lit», aimait à plaisanter le couple Krafft. A force de jouer avec le feu, il était évidemment peu probable que le parcours de Katia et Maurice connaisse pareille fin. «La vie ne vaut la peine d’être vécue qu’aussi longtemps qu’elle vous consume», philosophaient encore, sourire en coin, ces scientifiques de l’extrême, enivrés par l’idée même de n’être plus rien face à l’incandescente immensité des volcans. Au bord de l’abîme, et nous avec eux…

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