Critique

Perry Mason, cuvée 2020: noir comme le souvenir

Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Pari gagnant pour HBO, qui parvient à dépoussiérer avec intelligence et élégance l’image du plus célèbre avocat de la télévision américaine.

Popularisé par Raymond Burr à la télévision, dans les années 50-60 d’abord puis dans les années 80-90 ensuite, le personnage de Perry Mason est né sous la plume du romancier américain Erle Stanley Gardner dès le début des années 30. C’est précisément à cette époque de Grande Dépression que HBO choisit d’inscrire la trame de cette nouvelle série consacrée au célèbre avocat-détective. Drôle d’idée sur le papier? Peut-être. Et pourtant, ce Perry Mason cuvée 2020, qui choisit de remonter aux origines sombres et tortueuses de la mythologie procédurale, a une sacrée gueule d’atmosphère, façon film noir à l’ancienne traversé en filigrane de résonances toutes contemporaines.

Découpée en huit épisodes avoisinant l’heure chacun, la série présente Mason en personnage lessivé, quasiment fantomatique, privé à la petite semaine condamné à des filatures sordides tandis qu’il s’englue toujours un peu plus dans l’alcool et la mélancolie. Jusqu’au jour où il se voit rappelé par son ancien mentor afin de tenter de dissiper le mystère entourant l’enlèvement et le meurtre d’un nouveau-né dont les parents, affiliés à une puissante secte évangélique, se retrouvent sur le banc des accusés… « Tout le monde est coupable de quelque chose« , nous dit la jaquette promo de la série. Récit d’une obsession à plus d’un titre, Perry Mason en fait l’implacable démonstration. Créé par deux scénaristes de Weeds et Friday Night Lights, l’objet épate notamment par la belle convergence de talents à l’oeuvre: épisodes réalisés par Tim Van Patten (The Sopranos, Boardwalk Empire) et Deniz Gamze Ergüven (le film Mustang), casting en béton emmené par l’attachant Matthew Rhys (The Americans), musique confiée aux bons soins du trompettiste de jazz Terence Blanchard… Seule véritable réserve: ce recours régulier, vu et revu, à des flash-back ouvrant sur un passé traumatique qui viennent lourdement expliciter les origines de la psychologie perturbée du protagoniste. Mais, assez brillamment dialogué, l’ensemble se distingue surtout par une vraie exigence d’écriture, teintée d’ironie du désespoir, qui évite en outre remarquablement le piège du virilisme à tous crins.

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Désormais disponible dans un impeccable coffret Blu-ray édité par Warner, la série s’y accompagne de nombreux suppléments, dont plusieurs impliquant Robert Downey Jr., qui devait à l’origine tenir le rôle-titre et officie en tant que producteur exécutif tout au long de cette première saison. La fin de celle-ci voit notamment la brève arrivée d’une nouvelle cliente potentielle dans le bureau de Mason qui est aussi un énorme clin d’oeil au tout premier roman d’Erle Stanley Gardner. De quoi parier sur une suite s’en inspirant allègrement? Tout porte à le croire. Galvanisée par son succès d’audience, HBO en tout cas ne s’est pas fait prier pour officialiser la mise en branle d’une deuxième saison.

Perry Mason (saison 1)

Une série HBO créée par Rolin Jones et Ron Fitzgerald. Avec Matthew Rhys, Juliet Rylance, Shea Whigham. Dist: Warner. ***(*)

Perry Mason, cuvée 2020: noir comme le souvenir

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