Critique scènes: Un cri sorti de l’oubli

Skrik
Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Présenté à l’Ancre dans le cadre du festival carolo Kicks, Skrik mêle différents moyens d’expression pour glisser les spectateurs dans la tête d’une victime d’inceste. Éprouvant, malgré la distance des métaphores.

Certaines choses, on préférerait qu’elles n’existent pas. Et pour cette raison, on n’en parle pas. Mais ce n’est pas le silence qui les empêchera d’exister. Bien au contraire, c’est la libération de la parole qui peut faire espérer qu’un jour, elles n’existeront plus. Ainsi de l’inceste, au sujet duquel les témoignages ont récemment fait surface dans les flux que facilitent les réseaux sociaux, notamment sous le hashtag #MeTooInceste.

Aborder ce genre de sujet dans une salle de théâtre est bien sûr une entreprise délicate. On se souvient d’une représentation du Purgatorio de Romeo Castellucci interrompue pour évacuer un spectateur ayant perdu connaissance face à une scène il est vrai insoutenable. Pour sa part, Elisabeth Woronoff, ici metteuse en scène et interprète de Skrik aux côtés de cinq autres comédiens de nationalités, d’expériences et d’âges divers, prend toute une série de précautions pour adoucir tant que faire se peut la confrontation.

Skrik
Skrik© Kurt Van der Elst

Au départ de cette création bilingue (français et anglais), il y a une image forte, un tableau mondialement célèbre: Le Cri (en norvégien, « skrik »), du peintre Edvard Munch. Elisabeth Woronoff y voit le visage horrifié d’une victime d’inceste dont le souvenir refoulé (la mémoire traumatique) refait soudainement surface dans la conscience. Dans une démarche multidisciplinaire, elle y ajoute du mouvement, le dédoublement d’un personnage, un parallèle avec un lied de Schubert qu’elle interprète elle-même (Erlkönig, sur un poème de Goethe), une scénographie glacée et sonore et quelques accessoires ménagers hautement métaphoriques dans une composition flottant entre rêve et réalité. De quoi amortir le choc, qui reste tout de même violent. Les âmes sensibles sont prévenues…

Skrik: du 5 au 14 mai au Théâtre National à Bruxelles, www.theatrenational.be

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