Critique scènes: Solo funéraire

Audrey Lucie © Denis Gysen
Estelle Spoto
Estelle Spoto Journaliste

Dans la programmation du D Festival, la Balsamine accueille Audrey Lucie, solo féminin futuriste se jouant entre une plante verte et un dieu égyptien.

Elle porte un masque, comme nous tous depuis quelques temps. Ou plutôt un casque, de lutteuse, mais métallisé, brillant. Une tête en boule à facettes qui se dissimule en reflétant ce qui l’entoure. Avec son armure de Chevalière du Zodiaque, Audrey Lucie semble prête au combat, son dernier combat, celui qui l’oppose à la mort. Sa sortie de son corps. Mais cette lutte finale semble se heurter au poids du quotidien. Elle bugge dans le rai de lumière qui sépare la plante verte à arroser -bout dérisoire de nature factice en totale dépendance des bons soins des humains- et le fauteuil gonflable transparent où s’affaler.

Après le puissant trio féminin As a Mother of Fact, la chorégraphe Oriane Varak resserre le propos autour d’une seule interprète, Audrey Lucie Riesen, pour dresser un portrait lourd de questions existentielles, amplifiées par l’ère Covid. A l’absurde des répétitions journalières, à la manière dont la technologie s’est emparée des corps, se superpose la question de la finitude et de son acceptation (y compris les mirages transhumanistes d’éternité) à travers la présence d’un Anubis musicien, divinité maîtresse des nécropoles et protectrice des embaumeurs dans l’Égypte ancienne. Guillaume Le Boisselier, alias I Am The Minotaur, ne fait pas que promener à l’arrière-plan sa silhouette inquiétante de mi-homme mi-canidé, il fait pulser la musique électronique qui dicte son tempo au corps, de cela aussi prisonnier. Un condensé hypnotique de l’air du temps.

Audrey Lucie: du 1er au 5 février à la Balsamine à Bruxelles dans le cadre du D Festival, www.balsamine.be

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