Critique

[critique ciné] There Is No Evil (Le Diable n’existe pas): des hommes intègres

Nicolas Clément
Nicolas Clément Journaliste cinéma

Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof tisse un ensemble de quatre histoires noyautées autour du thème de la peine de mort.

Grand habitué des festivals internationaux, Mohammad Rasoulof a déjà présenté trois de ses longs métrages dans la section Un Certain Regard du festival de Cannes, dont il est à chaque fois reparti auréolé d’un prix. En 2017, son film Un homme intègre, implacable réquisitoire contre la corruption institutionnalisée doublé d’un vibrant plaidoyer pour la résistance et la transgression, est interdit dans son pays, l’Iran, où on le taxe de propagande contre le régime. Dans la foulée, on lui confisque son passeport et on lui interdit de quitter le territoire. Mais le cinéaste est également frappé d’une interdiction de tourner. Il lui faudra donc ruser pour réaliser un nouveau long métrage.

[critique ciné] There Is No Evil (Le Diable n'existe pas): des hommes intègres

Présenté en l’absence notable de Rasoulof à la Berlinale en 2020, où il remporte l’Ours d’or, Le Diable n’existe pas se décline à l’arrivée en quatre segments autonomes, qui s’apparentent à quatre contes abordant différemment une thématique commune: celle de la peine de mort en Iran. Dans le dossier de presse qui accompagne le film, le réalisateur raconte: « Je me suis aperçu que le meilleur moyen d’échapper à la censure serait de réaliser officiellement des « courts métrages ». En effet, plus un tournage est court, moins la censure s’y intéresse donc moins le risque est grand de se faire prendre. J’ai donc commencé à réfléchir à plusieurs histoires. Leur thématique commune s’est vite imposée à moi: la façon dont on assume la responsabilité de ses actes dans un contexte totalitaire. Résister aux injonctions totalitaires est une idée séduisante, mais elle a un coût. Cela entraîne le renoncement à de nombreux aspects de la vie et parfois la réprobation de vos semblables. J’ai voulu créer des personnages fiers d’avoir eu la force de désobéir, qui en assument les conséquences. Malgré tout ce qu’ils ont perdu, ils restent conformes à leur propre exigence morale. »

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Le pouvoir de dire non

Tous centrés autour d’hommes sommés de donner la mort à d’autres, les quatre segments du Diable n’existe pas travaillent donc la question de l’insubordination et de la liberté individuelle. Les deux premières histoires se déroulent dans des espaces clos, tandis que les deux suivantes se développent dans des espaces ouverts. Façon très schématique de basculer d’une stricte soumission aux ordres à la possibilité et au pouvoir de dire non. Passé le choc cinglant du final du premier segment, l’ensemble adresse à vrai dire assez peu subtilement ces questionnements moraux, assénant parfois avec de très gros sabots ses critiques à l’encontre d’un système broyeur de vies qui rend fou ou insensible. Privilégiant une approche très littérale et très frontale, Mohammad Rasoulof peine à éviter le côté lourdement démonstratif de ce genre de film à thème -et à thèse. En résulte un état des lieux sociétal sombre et amer, dont le nécessaire esprit de sédition se dilue dans l’omniprésente insistance du message à faire passer.

There Is No Evil (Le Diable n’existe pas)

Drame. De Mohammad Rasoulof. Avec Ehsan Mirhosseini, Kaveh Ahangar, Baran Rasoulof. 2h30. Sortie: 08/12. **(*)

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