Critique

[critique ciné] Spencer: Kristen Stewart bluffante dans le biopic de Lady Di

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Cinq ans après avoir signé un éclatant antibiopic de Jackie Kennedy avec le sinueux Jackie, c’est à une autre icône du XXe siècle, Diana Spencer ou plutôt Lady Di, que s’intéresse Pablo Larraín dans Spencer.

La princesse de Galles, le réalisateur chilien l’évoque judicieusement à rebours des films biographiques classiques, ne s’étendant pas sur son destin ponctué de tragique manière une nuit de l’été 1997. À quoi il préfère s’en tenir à une capsule temporelle imaginaire: les trois jours de festivités de Noël programmées dans le domaine royal de Sandringham, alors que le mariage entre Diana (Kristen Stewart) et Charles (Jack Farthing) bat de l’aile, une trêve entre les époux étant décrétée dont elle n’a manifestement que faire. Et d’errer au volant de sa Porsche dans la campagne du Norfolk, aussi peu soucieuse du protocole que du qu’en-dira-t-on selon toute apparence, débarquant au rassemblement familial en retard -shocking-, avant de ne se plier qu’avec réticence aux nombreux rituels en vigueur, de la pesée aux tenues successives, pour bientôt décider d’envoyer valdinguer tout ce décorum hypocrite…

L’envers du conte de fées

Pablo Larraín raconte avoir voulu, avec Jackie puis Spencer, découvrir et révéler les personnalités intimes de femmes qui ont changé la face du XXe siècle. Après une Jackie Kennedy oscillant entre désarroi et assurance froide au lendemain de l’assassinat de JFK, voici donc Diana Spencer, prisonnière d’un destin exceptionnel mais en définitive étriqué, le réalisateur s’employant à dépeindre l’envers du conte de fées. Et les efforts de la princesse pour fuir, avec ses enfants, une prison dorée n’étant pas sans affecter sa santé mentale, chancelante, jusqu’à s’identifier à Anne Boleyn, l’épouse du roi Henri VIII. Fragile certes, mais mue par une détermination farouche…

Ce combat, Larraín le met en scène avec une maestria affirmée dès le magistral plan d’ouverture, orchestrant le ballet entre compagnie militaire et brigade de cuisine, la suite n’étant qu’élégance et raffinement -grinçant à l’occasion, comme lorsque, faisant suite à celle de la reine, une Rolls débarque les Corgis de Sa Majesté. Ou quand Charles se fait fort de rappeler à Diana dans la salle de billard les usages des Royals, au coeur d’un conte délectable et cruel qui n’est pas sans évoquer le cinéma d’un Yórgos Lánthimos. Kristen Stewart, pour sa part, se révèle bluffante, son interprétation allant au-delà d’un mimétisme stupéfiant pour épouser la vibration intérieure de son personnage. Mais s’il y a là une composition d’exception et la promesse, sans doute, d’une nomination aux Oscars, Spencer ne convainc pourtant pas totalement. L’ombre de l’extraordinaire Jackie, sans aucun doute, mais aussi un sentiment de superficialité intrinsèque que le film ne réussit pas à dissiper en dépit de ses qualités manifestes…

Biopic. De Pablo Larraín. Avec Kristen Stewart, Timothy Spall, Sally Hawkins. 1h57. Sortie: 15/12. ***(*)

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