Arrêt sur image (6/6): Beate Gütschow, ceci n’est pas un bâti

Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Chaque semaine, Focus lève le voile sur le travail de l’un des finalistes du prix photographique Pictet 2018. Cette semaine: Beate Gütschow.

Arrêt sur image (6/6): Beate Gütschow, ceci n'est pas un bâti
© Beate Gütschow, S#30, 2008. Series: S Series, 2004-09 Eric and Louise Franck Collection, London; BeateGütschow, VG Bild-KunstBo
Arrêt sur image (6/6): Beate Gütschow, ceci n'est pas un bâti
© Beate Gütschow, S#24, 2007. Series: S Series, 2004-09 Bernice and Christopher Franck Collection, Singapore; VG Bild-KunstBonn 2

De loin, on dirait du Bernd et Hilla Becher, cette tradition germanique de photographie documentaire à la fois glaçante et rigoureuse. Sauf que de près, quelque chose ne va pas, l’image ne « tient » pas. Beate Gütschow (Mayence, 1970) donne à voir des horizons de béton que nul ne peut identifier. Pour cause, ils n’existent pas, ils sont le produit de prises de vue collectées dans de nombreux pays et ensuite assemblées à l’aide d’un logiciel ad hoc. Cette démarche se comprend comme critique, elle s’en prend directement à l’architecture moderniste et à sa tentative de rationaliser le bâti. On le sait désormais, derrière la raison se cache toujours une ruse. Le béton, par exemple, matériau utopique par excellence, possède une face obscure: son principal composant le sable est la plupart du temps extrait illégalement, ce qui ne manque pas d’engendrer de terribles conséquences écologiques. Les photographies de S Series montrent cette réalité ainsi que la redoutable uniformisation du monde à l’oeuvre. Celle-là même qui s’avance sous le couvert du progrès.

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